Radisson : le coureur des bois devenu commerçant

Radisson : le coureur des bois devenu commerçant

10 décembre 2012 par 

Après cinq ans de travail sur la série Radisson, Jean-Sébastien Bérubé présente le quatrième et dernier tome de cette épopée, dans lequel Radisson, accompagné de son partenaire Des Groseilliers, atteint la mythique baie d’Hudson pour tenter d’y faire fortune dans le commerce des fourrures.

Depuis le début de cette série, les lecteurs ont pu découvrir le jeune et courageux Radisson se faisant capturer, torturer et adopter par les Iroquois (tome 1). De retour auprès des siens après son évasion, il accompagne le père jésuite Ragueneau en mission d’évangélisation à Gannentaha en Iroquoisie, rencontrant moult embûches (tome 2). Puis, avec son beau-frère Des Groseilliers, il explore les Grands Lacs et crée des alliances avec plusieurs nations (tome 3).

Le projet de Bérubé devait à l’origine se déployer en cinq tomes, reprenant la division proposée par Pierre-Esprit Radisson dans sa célèbre autobiographie. En raison de démêlés avec l’éditeur, le projet a été réduit à quatre tomes, ce qui explique la densité de la dernière parution qui relate presque 50 ans de la vie de Radisson (1662-1710). Cet épisode raconte ses expéditions dans la baie d’Hudson alors qu’il finira par servir la couronne anglaise.

Jean-Sébastien Bérubé se dit fasciné par le courage de Radisson et par sa complexité : « Radisson est un personnage contradictoire, c’est de la matière pour un auteur. C’est un homme libre qui n’a pas d’allégeance, il est plutôt opportuniste et il se moque de la royauté. J’aime les moments où il entre en conflit avec le gouverneur ou avec les jésuites. J’ai souvent essayé de me mettre dans sa peau, d’imaginer l’intensité de son expérience, par exemple pour la scène de la torture et lors de son procès chez les Iroquois [tome 1]. Mais mon but n’était pas de juger le personnage, je voulais simplement illustrer le récit que Radisson fait de ses voyages. »

Malgré cette volonté de suivre l’autobiographie de Radisson, Bérubé n’a pas inclus dans sa série le troisième récit de Radisson : un voyage aux lacs Michigan et Supérieur auquel l’aventurier n’aurait tout simplement pas participé. Pour narrer ce voyage, Radisson se serait glissé dans la peau du Français qui a véritablement accompagné Des Groseilliers. Martin Fournier, spécialiste de la Nouvelle-France, explique cet artifice : « Radisson et Des Groseilliers […] devaient insister sur la compétence et la cohésion de leur équipe, de leur duo, et maximiser leur expérience et leurs succès communs. Ils augmentaient ainsi leurs chances de trouver du financement pour leur projet1 ».

Si on a été touché dans le tome 1 de la série par l’affection de Radisson envers les Iroquois (contrairement à plusieurs prisonniers, il s’attache à ses ravisseurs et à sa famille adoptive), on peut être déçu de sa cupidité pendant ses derniers voyages, au cours desquels il se sert de ses bonnes relations avec les Amérindiens et de son grand pouvoir de persuasion pour leur soutirer un maximum de fourrures. Martin Fournier note ce trait chez le personnage : « Le virage de Radisson sur la question amérindienne est donc considérable, passant d’une sympathie nonchalante à une exploitation réfléchie.2 »

Mais qu’on aime ou non le personnage de Radisson, le travail de Bérubé a l’avantage de nous faire découvrir une autre époque et d’autres mœurs. D’ailleurs, pour construire ce projet au graphisme riche, à part plusieurs lectures obligatoires, l’auteur a entre autres visité Wendake (pour la reconstitution des maisons longues) et a eu accès à des photos de la reconstitution de la mission des jésuites à Sainte-Marie d’Onondaga dans l’État de New York.

Bérubé est très heureux de cette aventure. « J’ai beaucoup appris sur la culture amérindienne, j’ai développé un attachement au peuple autochtone et suis plus sensible aux enjeux actuels. Les Iroquois au XVIIe siècle étaient des guerriers très fiers. Quatre cents ans plus tard, on est à des années-lumière de ça. En fait, la Confédération iroquoise a été le premier gouvernement démocratique en Amérique du Nord et le gouvernement américain a été calqué sur ce modèle. J’étais loin d’imaginer tout ce que j’allais apprendre. »

Jean-Sébastien Bérubé travaille maintenant sur un roman graphique : un récit de voyage initiatique qui se déroulera au Népal et au Tibet.

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1. Martin Fournier, « Le voyage de Radisson et Des Groseilliers au lac Supérieur, 1659-1660 : un événement marquant dans la consolidation des relations franco-amérindiennes », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 52, n˚ 2, 1998, p. 165.

2. Martin Fournier, Pierre-Esprit Radisson 1636-1710, Septentrion, 2001, p. 284.

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