Le goût du succès ordinaire

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Le goût du succès ordinaire

10 décembre 2012 par 

Après les excellents Nancy croit qu’on lui prépare une fête et Martine à la plage, Simon Boulerice revient à la charge avec Danser a capella, publié aux Éditions de Ta mère. Il s’agit d’un recueil de sept monologues mettant en scène de jeunes hommes et femmes à la recherche du succès ordinaire. Une quête de désir, d’amour, d’attention et d’admiration, et ce, sans pudeur ni honte.

Parmi ces « je » qui témoignent de leurs maladresses, on retrouve un jeune homme qui pleure des larmes de sang à l’écoute des trémolos de Mariah Carey dans une chanson de Noël, une fille qui se rend aveugle pour avoir une chance de passer à l’émission Parcelles de Soleil ainsi qu’une patineuse artistique qui cherche son heure de gloire lors de la présentation d’une crèche vivante dans un aréna de Montréal.

Ce qui revient couramment chez l’écrivain et jeune homme de théâtre Simon Boulerice, c’est cette espèce de banalité comique qui pave la vie de ses personnages. Leur espoir d’être reconnus, d’apparaître sous les feux de la rampe – que ce soit par l’interprétation douteuse d’un succès de Stevie Wonder ou par la réalisation d’un triple-boucle-piqué – devient une ode au pathétisme. Triste sort qui ne trouve son plein rayonnement qu’avec l’omniprésence du kitsch chez les personnages. Placés pour la plupart dans un flou sexuel les rapprochant de la féminité, on voit les personnages s’émouvoir eux-mêmes, à défaut d’émouvoir leur public, dans un excès de sensiblerie qui arrache un sourire à coup sûr. Sans parler du choix plus qu’évocateur de faire précéder chacun des monologues d’un dessin quelque peu approximatif rappelant nos premières expériences artistiques sur le logiciel Paint. De toute beauté.

Danser a capella, c’est le lancinant décalage entre soi et le reste du monde, malgré son vif désir d’y briller de tous ses feux. Un bon moment passé dans l’imaginaire de Simon Boulerice, alors que ses personnages tentent de réaliser la performance de leur vie, en public ou seul dans une cage d’escalier. Une performance réussie ou ratée, mais quoi qu’il en soit, un acte de bravoure à petite échelle, un moyen de purger l’angoisse et d’arborer, au moins une fois, la confiance d’une superstar.

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