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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Otelnuk : sortie de l’étude de Watts, Griffis and McOuat

PLAN NORD

Otelnuk : sortie de l’étude de Watts, Griffis and McOuat

16 octobre 2012 par 

Les minières américaine et chinoise Adriana Resources et WISCO s’apprêtent à exploiter le plus gros gisement de minerai de fer du Canada, situé aux abords du lac Otelnuk, au Nunavik. À mi-chemin entre Schefferville et Kuujjuaq, le projet touche trois communautés autochtones, soit les Inuits de Kuujjuaq, les Naskapis de Kawawachikamach et les Innus de Matimakosh-Lac John, sans oublier la communauté très métissée de Schefferville.

Jusqu’à présent, aucune étude d’impact environnemental ni aucune audience publique n’ont été menées auprès des populations locales. Une étude économique préparée par la firme d’ingénieurs et géologues-conseils Watts, Griffis and McOuat a cependant été dévoilée le 3 août dernier1.

Découvert en 1948, le gisement de fer du lac Otelnuk est connu du milieu géoscientifique et minier depuis près de 65 ans. Plus d’une cinquantaine d’études ont été réalisées depuis. Ainsi, les travaux de Watts, Griffis and McOuat, débutés en 2005, ont simplement permis d’actualiser les données récoltées lors de précédentes études et de démontrer que le projet d’Adriana Resources et de WISCO a aujourd’hui un potentiel de rentabilité nettement supérieur à celui qu’il avait dans les années 1970.

Le budget d’Otelnuk

Dans son rapport, la firme Watts, Griffis and McOuat a présenté un budget de développement pour l’année 2012-2013. Selon elle, la propriété acquise au coût de 426 dollars nécessitera, de la part d’Adriana Resources et de WISCO, des investissements totaux de 46 millions de dollars en 2012-2013. Toutefois, les investissements totaux sur 20 ans sont évalués à 13 milliards de dollars. De plus, les deux compagnies prévoient aménager un barrage sur la chute de 15 m de la rivière Swampy Bay, dont les coûts ne sont pas indiqués dans l’étude.

La firme-conseil n’a pas soumis de budget pour les investissements gouvernementaux. Toutefois, les investissements les plus importants seront partagés entre Hydro-Québec, pour le raccordement à la centrale Laforge 2, située à l’extrémité est du complexe La Grande (520 millions de dollars), le gouvernement fédéral, pour le prolongement du chemin de fer de Schefferville à Otelnuk ou pour la construction d’un nouveau chemin de fer de Sept-Îles à Otelnuk (2 650 millions de dollars), et le gouvernement provincial, pour l’agrandissement du quai de Pointe-Noire du port de Sept-Îles (entre 9 et 600 millions de dollars).

Le gouvernement de Jean Charest aspirait également à construire un port en eaux profondes à Kuujjuaq (57 millions de dollars) ainsi qu’à prolonger la route Transtaiga jusqu’à Kuujjuaq (33 millions de dollars). D’autres investissements liés au Plan Nord étaient aussi prévus par le gouvernement sortant.

Plutôt qu’une évaluation approximative des coûts, il serait intéressant que les diverses instances gouvernementales impliquées dans le projet présentent un budget en bonne et due forme afin de tenir compte des dépenses – en oubliant les revenus – liées à l’exploitation du gisement de minerai de fer du lac Otelnuk. Un tel exercice permettrait de comparer les investissements des contribuables à ceux d’Adriana Resources et de WISCO, et d’évaluer la rentabilité et la viabilité du projet pour l’ensemble des Québécois et des Québécoises.

Risques d’impacts environnementaux : l’eau menacée

D’après la firme Watts, Griffis and McOuat, les principaux impacts environnementaux pourraient être des changements importants sur le plan hydrologique, tels que la disparition de cours et de plans d’eau, la contamination du sol et des eaux souterraines ainsi que la diminution des eaux souterraines près de ce qu’on appelle la fosse. Il pourrait également y avoir des effets sur la qualité et la disponibilité des eaux de surface.

Tant au niveau fédéral que provincial, il n’existe à l’heure actuelle aucune donnée sur la qualité de l’eau dans cette région, pas plus qu’il n’existe de données sur la dépendance des communautés aux bassins versants qui les desservent, tels que la rivière Swampy Bay, qui coule vers Schefferville, Matimakosh-Lac John et Kawawachikamach, ou encore les rivières Caniapiscau et Koksoak, qui coulent vers Kuujjuaq.

Considérant l’impact connu du minerai de fer sur la qualité de l’eau, il importe que ce facteur soit pris en considération dans l’aménagement de la mine du lac Otelnuk, et ce, afin que les rejets d’eau chargés en particules d’oxyde de fer n’aient pas ou n’aient que très peu d’impacts sur les communautés locales.

Risques d’impacts sociaux : les cultures autochtones menacées

L’étude de Watts, Griffis and McOuat a également tenu compte des impacts sociaux que pourraient avoir ce projet sur les quatre communautés locales. Les modifications de terrain et de paysage, les modifications dans l’utilisation des ressources par Adriana Resources et WISCO, les bouleversements de la faune et de la flore ainsi que les perturbations des sites historiques et archéologiques des communautés autochtones auront assurément des impacts directs sur celles-ci.

La firme conseil a recommandé l’adoption de mesures pour, d’une part, assurer la protection des réserves et des parcs nationaux avoisinants – il n’y a présentement aucun parc dans cette région et seulement quatre territoires sont réservés pour fin de parc – et, d’autre part, pour assurer l’accès des communautés autochtones aux emplois et aux dérivés économiques issus de l’exploitation de la mine, une tâche qui relève principalement du gouvernement, qui tarde pourtant à encadrer le projet adéquatement.

Une seule étude, beaucoup de risques et très peu d’encadrement

L’étude de Watts, Griffis and McOuat a été très bien accueillie puisqu’elle a permis d’accéder à une information de qualité sur les impacts potentiels reliés à l’exploitation de la mine du lac Otelnuk. Toutefois, elle démontre très clairement les lacunes dans la gouvernance du projet et le manque flagrant de documentation et de consultation autour de celui-ci.

Pour l’instant, les minières Adriana Resources et WISCO ont carte blanche, et elles ne sont pas les seules.

1. Watts, Griffis and McOuat, Technical Report and Updated Mineral Resource Estimate for the Lac Otelnuk Iron Property Labrador trough – Northeastern Québec for Lac Otelnuk Mining LTD, 2012.

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