Lendemain d’élections : des réformes s’imposent

Lendemain d’élections : des réformes s’imposent

16 octobre 2012 par 

Le printemps dernier, afin de faire diversion aux nombreuses allégations de corruptions et pour contrer l’usure de neuf ans de pouvoir, le gouvernement de Jean Charest a sciemment laissé pourrir le dossier des frais de scolarité et n’a eu aucun scrupule à attiser les tensions en diabolisant les leaders étudiants auprès de l’opinion publique. De fait, les libéraux se sont savamment servis du réveil de notre jeunesse comme tremplin pour plonger le Québec dans des élections générales en dépit d’un taux d’insatisfaction record à leur endroit. Tablant sur l’inexpérience de la CAQ et sur l’absence d’enthousiasme autour de la candidature de la chef péquiste (dont on a dit des semaines durant qu’elle ne « passait pas »), le PLQ a joué son va-tout avant d’être éclaboussé par la commission Charbonneau. Avec une défaite qui a toutes les allures d’une victoire morale, on peut aujourd’hui affirmer que Jean Charest et son parti ont gagné leur pari haut la main.

Au sortir du printemps québécois, les attentes étaient élevées pour ce rendez-vous électoral estival. Or, les milliers de citoyens qui s’étaient mobilisés au cours des derniers mois pour faire entendre leur mécontentement face aux abus de nos élites en ont eu bien peu à se mettre sous la dent. Les trois principaux partis partageant plus ou moins la même idéologie de centre-droite, les grands débats suscités par le mouvement « Occupons » et le « printemps érable » ont vite été évacués au profit des sempiternelles questions d’économie, de dette et de santé. Rien sur la pauvreté, sur les écarts socio-économiques grandissants, sur les abus du 1 %. Rien non plus – ou si peu – sur les régions, la culture, la langue, l’environnement, le vieillissement de la population et l’immigration (mis à part les énormités énoncées par le maire Jean Tremblay). Au moment où le clivage politique au Québec semble se déplacer progressivement de la question nationale vers un débat gauche/droite, les « grands partis » nous ont servi une campagne électorale à saveur de référendums et de caribous, le PQ tentant de rallier ses troupes et donnant ainsi des munitions au PLQ et à la CAQ pour attiser les peurs et brandir le spectre de l’instabilité.

N’eût été Françoise David et sa performance au débat des chefs (qui a redonné à cet exercice toute sa noblesse et son utilité), il aurait été difficile de deviner que ces élections ont été déclenchées sur un fond de conflit social d’une ampleur qui rappelle celle de la Révolution tranquille. L’arrivée d’Option nationale et la bonne campagne de Québec solidaire ont eu l’effet d’un vent de fraîcheur sur le discours électoral. Plusieurs électeurs de gauche ont senti qu’enfin, une alternative crédible s’offrait à eux. Dans ce contexte, la prise d’otage de l’électorat progressiste par les appels incessants à voter stratégique nous a semblé particulièrement pernicieuse et susceptible d’exacerber encore davantage le cynisme des électeurs.

Des réformes nécessaires

Il y a bien sûr lieu de se réjouir du départ des libéraux après neuf ans de scandales, de controverses et de gouvernance à la solde des élites financières. L’arrivée d’un gouvernement souverainiste et l’ascension d’une femme à la tête de l’État constituent également des pas importants pour le Québec. Il en faudra toutefois davantage si nous voulons maintenir le taux de participation à un niveau acceptable et rétablir le lien de confiance avec toute une frange désillusionnée de la population. À défaut d’avoir les coudées franches pour agir dans un contexte de gouvernement minoritaire, la première ministre a néanmoins le devoir de mettre la table pour une série de réformes qui nous apparaissent désormais incontournables. À la lumière de l’ébullition et de l’éveil qu’a connus le Québec récemment, nous irons jusqu’à dire qu’il en va de la survie même du contrat social entre gouvernants et gouvernés.

D’abord, comme la commission Charbonneau risque d’en faire la preuve au cours des prochains mois, la possibilité de briguer le poste de premier ministre ad vitam aeternam finit forcément par poser des problèmes de transparence et d’éthique. Il n’est pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver des exemples de pays dans lesquels le chef d’État est limité à un nombre fixe de mandats (la France et les États-Unis, par exemple) ; c’est une mesure qui tombe sous le sens. Il importe ensuite de réformer notre mode de scrutin, un système dont la désuétude a été exposée au grand jour lors de la campagne. L’ajout d’un élément de proportionnel à notre fonctionnement actuel permettrait à chaque vote exprimé de compter. Cela éviterait les situations où, comme à Rimouski, les résultats sont pratiquement connus à l’avance et où l’absence d’une lutte réelle mène inéluctablement à l’affaiblissement du débat démocratique. Par ailleurs, des élections à date fixe éviteraient l’instrumentalisation aberrante du calendrier électoral à des fins partisanes, comme ce fut le cas cet été.

Au-delà des seules élections, il urge de développer des nouveaux mécanismes de participation afin d’élargir le concept de citoyenneté et d’insuffler aux électeurs un sentiment d’appartenance envers leurs institutions démocratiques. À cet effet, le référendum d’initiative populaire que propose le PQ nous semble novateur et prometteur. À terme, le concept d’assemblée constituante est aussi une voie à considérer afin d’institutionnaliser un contrepoids citoyen à l’Assemblée nationale. Enfin, comme la commission Charbonneau le démontrera sans doute également, le financement des partis politiques doit être essentiellement public si nous souhaitons être dirigés par des hommes et des femmes qui ont la possibilité de se mettre d’abord et avant tout au service du bien commun.

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