La grasse olympique

La grasse olympique

16 octobre 2012 par 

« Il y a très très énormément jadis, disait Sol, alias Marc Favreau, les œufs limpides sont nés dans la Grèce. » Faut-il faire remarquer que la démocratie et les élections partagent les mêmes origines antiques ? Est-ce pourquoi la politique, et plus particulièrement la récente campagne électorale, donne lieu à de telles entreprises de graissage de pattes ? Tout compte fait, l’association entre les olympiques et McDonald’s, commanditaire officiel des Jeux, n’est pas si incongrue qu’il n’y parait de prime abord. Ne voyez-vous pas comme nous un argumentaire en forme de rondelle d’oignon : Grèce=Olympiques=McDo=graisse ? Si, contre toute attente, les artères de Londres sont restées dégagées lors des derniers Jeux, ce ne sera pas le cas des artères de ceux et celles qui y auront assisté…

En réalité, la commercialisation des Jeux olympiques ne fait que rapprocher les univers, déjà convergents, des Jeux et des élections. Aux quatre ans, conformément à la Charte olympique et aux traditions parlementaires canadiennes, les grosses huiles nous convient aux urnes – celle, sacrée, dans laquelle on place la flamme olympique lors de la cérémonie d’illumination ; celle, en carton, dans laquelle on dépose son bulletin de vote marqué d’une croix. Athlètes et politiciens sortent alors de l’anonymat et de la torpeur dans lesquels ils s’étaient réfugiés durant les trois ou quatre années précédentes. Expression de la division sociale du travail qui règne dans les sociétés modernes, les uns se mettent à nous promettre de beaux Jeux, les autres du pain pour tout le monde. Retenons d’ailleurs le mot-clé : promesse. Malgré l’avalanche d’espoir qui a dévalé les pentes de l’Olympe jusque dans les quartiers pauvres de Londres, qui est assez naïf pour croire encore au miracle économique des Jeux olympiques ? Pour les Montréalais, névrosés après l’épisode du stade Taillibert des olympiades de 1976, ça fait un bail que les illusions se sont envolées en volutes de fumée cancérigène. Par ailleurs, reste-t-il quelqu’un d’assez naïf pour penser voir un jour la couleur des retombées économiques du Plan Nord que Jean Charest nous fait miroiter ? Y a-t-il assez d’or, d’argent et de bronze dans notre sous-sol pour remplir nos goussets et bomber notre orgueil national ? Si on se fie à la récolte de nos athlètes lors des derniers Jeux, la demande locale pour le plus précieux de ces métaux sera faible. Une seule médaille d’or, en trampoline.... On soupçonne une stratégie nationale : faire « bondir » le prix de l’or et accroître les exportations vers les États-Unis et la Chine notamment !

Aux Olympiques, trois médailles récompensent les champions. Aux élections, c’est plutôt le règne du Seigneur des anneaux : une majorité parlementaire pour les gouverner tous ! Les seconds obtiennent le douteux privilège de ronger leur frein sur les bancs de l’opposition ; les troisièmes congédient leur chef, s’entredéchirent et se battent pour pouvoir en placer une de temps en temps au parlement. À moins évidemment de s’appeler Québec solidaire ou Option nationale et d’avouer dès le départ, comme l’équipe jamaïcaine de bobsleigh aux olympiades d’hiver, que l’important, c’est de participer… La campagne de Québec solidaire, d’ailleurs, a parfois donné l’impression de piétiner un peu : Amir Khadir a eu des ennuis avec un ancien Bloc de départ !

Les Jeux et la politique ont chacun leur mal interne : le dopage et la corruption. À ce sujet, quelqu’un peut-il suggérer à Jacques Duchesneau de former une nouvelle escouade « pipi dans le pot » chargée de faire passer des tests d’urine à nos politiciens afin de détecter les pots-de-vin et les abus de cocktails de financement en compagnie de membres de la mafia ?

Les deux événements ont aussi leurs slogans creux. D’ailleurs, celui des Olympiques de Londres aurait très bien pu convenir au Parti libéral du Québec : Inspirer une génération, n’est-ce pas ce que Jean Charest a réussi à accomplir bien malgré lui au printemps dernier ?

L’omniprésence des médias constitue une autre ressemblance. Toutefois, en dépit du cirque médiatique, il reste aux Olympiques un fond d’authenticité. Des athlètes qui se sont entraînés dur pendant quatre ans nous livrent une performance de quelques minutes, voire de quelques secondes. Et on assiste en direct aux résultats de cette préparation acharnée, bons ou mauvais. Pleurs de joie et déception en haute définition : de l’authenticité à l’état pur. La campagne électorale, en comparaison, n’est autre chose qu’une mascarade qui consiste à marcher sur la fine poutre du mensonge, à s’escrimer dans le vide en veston ou tailleur assorti avec le décor du studio, à faire des pirouettes dans un environnement artificiel, comme François Legault qui promet des baisses d’impôt à la classe moyenne dans une épicerie. Authenticité : 0/10. Crédibilité : 2/10. Sens artistique : 10/10.

Terminons là où tout a commencé, en Grèce. Pour nous avoir légué les Jeux olympiques et la démocratie, ce berceau de la civilisation occidentale ne récolte ces jours-ci que des ruines. Et ça, elle en avait déjà…

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