Champ libre

PARAPLUIES, ANNABEL, EN L’ABSENCE DE CLASSEMENT FINAL

Par Guillaume Simard le 2012/08
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PARAPLUIES, ANNABEL, EN L’ABSENCE DE CLASSEMENT FINAL

Par Guillaume Simard le 2012/08

Le jour où Matteo a disparu

Christine Eddie, qui nous avait offert en 2007 Les carnets de Douglas, revient avec autant de sensibilité et de justesse en signant Parapluies, son deuxième roman publié chez Alto.

L’auteure présente une œuvre aux personnages entièrement féminins, sans aucune présence masculine. L’histoire se forge autour de la vie de Béatrice, une traductrice quadragénaire en couple depuis une quinzaine d’années avec Matteo, professeur de littérature. Mais ce dernier s’est volatilisé sans laisser de traces. Depuis 34 jours, la protagoniste vit ainsi au cœur d’une véritable averse d’incertitudes et de profonds questionnements. Toutefois, ce n’est pas sur la recherche de Matteo, mais bien sur la recherche identitaire de Béatrice que se concentre l’histoire. Nous suivons cette femme qui tente d’échapper aux remous par tous les moyens. Plusieurs personnages viennent se greffer à l’histoire : la mère de Matteo, voisine du couple, qui tombe soudainement malade, suivie de Daphnée Sanschagrin, l’assistante du professeur, sans oublier l’intrusion de Catherine, mère célibataire et étudiante au doctorat en littérature. Bref, la couverture du livre, qui arbore quatre poupées russes, prend rapidement tout son sens.

C’est à la fois par le mélange des histoires et des générations que le roman bâtit sa force. Apportés par une émotion palpable et un humour raffiné, les thèmes de la disparition, de la vieillesse et de la quête identitaire résonnent à l’intérieur des lecteurs et de leur imaginaire, qui sont tout aussi captivés par l’intrigue et les relations labyrinthiques.

Appelez-moi Wayne ou Annabel

KATHLEEN WINTER, ANNABEL, BORÉAL, 2012, 472 P.

Après avoir publié une nouvelle portant le même nom, c’est un roman intitulé Annabel que Kathleen Winter propose depuis peu sur les tablettes des librairies francophones. Publiée chez Boréal, l’œuvre de l’auteure anglo-canadienne, aujourd’hui Montréalaise, surprend à la fois par son style et par son sujet, peu exploité, presque tabou.

L’auteure nous offre une réflexion sur l’hermaphrodisme, situation qui toucherait un nouveau-né sur 83 000. Elle aborde le sujet avec douceur. Dès les premières lignes, Winter semble vouloir introduire son personnage dans la plus pure des normalités : « Wayne Blake est né au début du mois de mars, aux premiers signes du dégel printanier […]. Comme la plupart des enfants de cet endroit nés en 1968, il a vu le jour entouré de femmes. » Avec une narration passant d’un point de vue à un autre, les idées et les visions se multiplient et s’entrecroisent. Le lecteur a droit à un véritable choc d’identités, permettant une réflexion à la fois vaste et peaufinée sur le sujet. Le roman est aussi un profond questionnement sur la qualité de vie des personnes hermaphrodites : comment vivre alors que l’on ne sait pas qui nous sommes réellement ? En quoi cette situation peut-elle affecter les relations sociales ?

Ce premier roman met de l’avant la plume juste et délicate de Winter. Au fil des pages, le lecteur est transporté au Labrador, lieu où se déroule l’histoire. Une œuvre qui puise dans la nature environnementale, puis dans la nature humaine, surprenante et fascinante.

Les nouvelles du sport

TRISTAN GARCIA, EN L’ABSENCE DE CLASSEMENT FINAL, GALLIMARD, 2012, 203 P.

À l’aube des Jeux olympiques de Londres, où le sport sera sur toutes les lèvres, Tristan Garcia propose, chez Gallimard, En l’absence de classement final, un recueil de 30 courtes nouvelles, toutes consacrées à une discipline sportive. Il s’agit d’une première expérience de nouvelliste pour ce professeur de philosophie, mais une troisième publication dans la prestigieuse maison d’édition française.

Du saut en longueur, en passant par le golf, le volley-ball ou même la console Wii, le sport est exploré de fond en comble dans ce recueil de 203 pages. Parfois monotones, les nouvelles ne sont pas uniquement une immersion dans le monde sportif. Elles sont aussi une réflexion sur les mouvements du corps humain et sur l’individualisation de plus en plus présente dans nos sociétés. Le jeune auteur nous offre des portraits d’hommes et de femmes ayant consacré leur vie à l’entraînement, mais pour qui le rêve du podium ne s’est pas nécessairement concrétisé. Il s’agit aussi d’une comparaison entre les compétitions sportives et la mondialisation, une métaphore intéressante qui méritait son œuvre.

L’écriture de Garcia, souple et légère, est cependant prisonnière d’une suite de textes qui peuvent devenir lourds à certains moments. Philosophie par-dessus philosophie, portrait par-dessus portrait, l’enchaînement des nouvelles entraîne parfois le lecteur à décrocher. D’ailleurs, la quatrième de couverture nous prévient que l’œuvre est « un puzzle qui ne représente rien, sinon la carte approximative du monde actuel ». Toutefois, les passionnés de sport et les curieux de philosophie y trouveront certainement un intérêt.

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