Monorail haute vitesse pour filer dans le XXIe siècle

Monorail haute vitesse pour filer dans le XXIe siècle

8 août 2012 par 

Il faut une patience d’ange et n’avoir aucune autre solution à portée de main pour entreprendre de voyager au Québec en utilisant les transports collectifs. La desserte est mauvaise, la lenteur exaspérante et les horaires sont à l’avenant. Il serait temps de quitter le bricolage indigent.

Au moment où le gouvernement du Québec va consacrer des dizaines de milliards $ pour refaire les routes et les autoroutes, il serait plus que temps de réfléchir et de corriger ce qui est en passe de devenir un autre de ces rendez-vous manqués dont nous avons le secret. Certes, il faut améliorer l’état du réseau routier, il en va dans bien des cas de la sécurité la plus élémentaire. Mais il ne faut pas s’illusionner, les efforts qu’il faudra y mettre ne nous permettront pas de nous équiper convenablement pour inscrire le Québec dans les exigences du siècle à venir.

Pour une économie responsable

Alors que toutes les analyses sérieuses convergent pour nous dire que les prix du pétrole resteront à la hausse pour au moins le prochain quart de siècle, il est imprudent de continuer de miser sur le transport individuel consommant de l’énergie fossile. Pis encore, il est absurde pour nous de faire ce choix : pourquoi diable le Québec continuerait-il de payer une fortune pour importer du pétrole alors qu’il dispose d’énormes surplus d’électricité ? Chaque année, c’est environ 12 milliards $ que nous envoyons à l’étranger pour acheter du pétrole pendant qu’Hydro-Québec exporte à rabais notre électricité vers les États-Unis.

Certes, la voiture hybride ou la voiture électrique représentent des solutions individuelles intéressantes. Elles permettront sans doute d’améliorer le bilan carbone de leurs propriétaires, mais elles n’auront guère d’effet sur la transformation de notre économie. Le Québec ne fabriquant pas de voitures, l’augmentation du parc automobile signifie que nous continueront de laisser sortir des milliards pour créer des emplois dans l’industrie à l’étranger.

Pour participer à la lutte aux changements climatiques et améliorer son potentiel économique global, le Québec doit reconvertir son économie, changer de base énergétique. La beauté de la chose, c’est que nous sommes admirablement bien placés pour le faire. Déjà, la moitié de notre consommation provient de sources renouvelables, il reste la moitié du parcours à réaliser pour nous affranchir du pétrole. Nous avons une énorme capacité de production hydroélectrique, notre potentiel éolien est gigantesque – le plus grand gisement éolien d’Amérique du Nord, le deuxième au monde – sans parler de l’énergie solaire et de la géothermie.

Vers l’indépendance énergétique

Comme le transport représente près des trois quarts de notre consommation de pétrole, c’est dans ce secteur qu’il faut concentrer nos efforts. Et il faut le faire en changeant nos façons de voir. Il faut penser l’architecture de notre réseau de transport en fonction du transport collectif électrifié. C’est la voie royale pour atteindre notre indépendance énergétique. Notre industrie de fabrication de matériel de transport collectif est notre principal atout. En misant sur une approche intégrée qui viserait à combiner développement industriel, desserte de transport haute vitesse et occupation du territoire, nous pourrions réaliser une véritable révolution économique. La construction d’un réseau national de monorail haute vitesse nous permettrait de relier la métropole à chacune des capitales régionales.

Dans L’électrification du transport collectif : un pas vers l’indépendance énergétique du Québec1, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) a établi que la construction d’un tel réseau créerait jusqu’à 100 000 emplois dans l’économie du Québec. Reposant sur la technologie du moteur-roue haute performance, une invention québécoise de Pierre Couture, un tel réseau permettrait une intégration économique exceptionnelle de tout notre territoire. Montréal-Rimouski en 2 h 10 min, cela changerait complètement notre façon de vivre et de concevoir les échanges. C’est ce que permettrait cette technologie utilisant, au surplus, les emprises des routes existantes, ce qui éviterait les coûteuses et complexes démarches d’expropriation. À 40 pieds dans les airs, circulant sur un rail soutenu par des pylônes disposés comme des lampadaires, le monorail, parce qu’il roule sur pneus, épouse tous les reliefs, ce qui contribuerait à réduire les coûts d’implantation et les délais de construction.

Il en coûterait environ 12 milliards pour établir le réseau. C’est trois fois moins cher que pour le TGV et cela aurait le mérite de desservir tout le territoire du Québec, dotant ainsi les régions d’une infrastructure essentielle à leur essor économique. Ce serait aussi une affaire de justice fiscale : puisque tous les contribuables seraient appelés à le financer, le réseau servirait l’ensemble de la population et non pas seulement le corridor Québec-Montréal-Windsor. Il faudrait de cinq à sept ans pour compléter le réseau avec un  équipement adapté à notre climat et à notre structure de peuplement. Chaque wagon autopropulsé transportant 70 passagers et permettant des départs décalés, il serait possible de rentabiliser l’usage avec les bassins de population de nos capitales régionales.

La technologie du monorail est en expansion dans le monde – la Chine a entrepris la construction de 30 monorails urbains pour ses villes intermédiaires. Le Québec pourrait devenir un chef de file en misant sur la technologie du moteur-roue. Un réseau national de monorail haute vitesse deviendrait à la fois notre vitrine technologique, notre produit phare de haute technologie et un grand motif de fierté qui unirait toutes les régions. Et l’on ne parle même pas de l’occasion exceptionnelle qu’il nous fournirait de voir autrement nos paysages. C’est un grand projet mobilisateur.

La grande corvée transport est possible. Il faut surtout penser autrement et refuser de voir petit. Il faut de l’audace, il faut oser l’originalité et l’innovation. Il faut se faire confiance.

L’auteur est le directeur général de l’IRÉC. _______ 1. Le rapport est disponible sur le site web de l’IRÉC : www.irec.net.
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