ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ : UNE INCURSION AU CŒUR DES ÎLES

THÉATRE

ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ : UNE INCURSION AU CŒUR DES ÎLES

13 août 2012 par 

Après Pierre-Luc à Isaac à Jos, présenté par le Théâtre les gens d’en bas à l’été 2008, le Rimouskois d’adoption Cédric Landry nous revient cet été avec le deuxième volet de sa trilogie maritime, Raphaël à Ti-Jean. Mise en scène par Eudore Belzile, la pièce réunira sur les planches du Théâtre du Bic les comédiens Yves Bélanger, de retour dans le rôle de l’aide-pêcheur Raphaël, Hubert Proulx, Catherine Allard et Frédéric Blanchette.

Sur une île au large du continent – on suppose qu’il s’agit des Îles-de-la-Madeleine, même si l’histoire ne le dit pas –, Raphaël, Sylvain et Isabelle se trouvent réunis après le décès de leur mère. C’est un retour au bercail pour Isabelle qui a quitté l’île deux ans plus tôt, se sentant, comme Pierre-Luc dans le premier volet de la trilogie, prisonnière d’un monde suspendu entre tradition et modernité. Avec Raphaël, l’aîné de la famille, elle tentera d’aider Sylvain, aux prises avec de graves problèmes de drogue à la suite d’un événement tragique que tout le monde connaît, mais dont personne ne veut parler. Galette, le dealer local, demande à être payé. C’est toute la question de l’héritage familial et de la survie de la communauté qui se posera alors à la fratrie, la maison des parents valant son pesant d’or pour les gens du continent prêts à payer de fortes sommes pour venir prendre leur retraite sur l’île...

À propos de l’œuvre de Cédric Landry, Eudore Belzile parle à juste titre d’une « trilogie insulaire sur la ruralité postmoderne », les personnages étant confrontés à des problèmes éminemment actuels dans un monde encore lié à la tradition. On retrouve dans Raphaël à Ti-Jean les thèmes de prédilection du jeune dramaturge : l’attachement à la famille et à la communauté, la lente disparition de moyens de subsistance plus traditionnels, comme la pêche, et les problèmes qui en résultent, l’envahissement de l’île par des intérêts étrangers, sans oublier ce désir de liberté qui pousse les jeunes à s’exiler. Le théâtre de Cédric Landry est un peu à l’image du personnage de Sylvain, qui, plus que tout autre, incarne la difficulté de vivre au sein d’une communauté insulaire que les problèmes de la modernité ont rejointe : « Y’a des bateaux qui coulent pis qu’on retrouve jamais. Le sais-tu pourquoi ? Parce qu’y vient un moment où leur poids est équivalent à la poussée de l’eau. Le bateau est pas assez lourd pour caler au fond, mais y’est pas assez léger pour flotter, on dit qu’y reste entre deux eaux. Ton frère, c’est là qu’y se trouve. Son instinct l’empêche de couler au fond, mais en même temps, y’a pas la volonté de remonter à la surface », dira Galette à Raphaël.

C’est à la fois à une réflexion politique, sociale et existentielle que le dramaturge nous convie, tout en s’effaçant derrière ses personnages qu’il cherche à restituer dans leur simplicité et leur vérité premières. Selon Eudore Belzile, Cédric Landry « aime ses personnages jusqu’à la rédemption ». Car il en faut de l’amour et du courage pour accepter de les sacrifier, comme Pierre-Luc et son père Isaac qu’il faisait disparaître à la fin de la première pièce. C’est cette humilité face aux personnages qui expliquerait en partie le fort retentissement qu’a connu Pierre-Luc à Isaac à Jos tant auprès du public que de la critique et qu’on retrouve dans Raphaël à Ti-Jean. « Il y a une vérité très simple dans les pièces de Cédric et c’est ça qui touche beaucoup le public. Il touche le public parce qu’il parle des gens qui sont dans la salle finalement. […] Avec Pierre-Luc à Isaac à Jos, j’ai rarement vu une adéquation semblable entre la salle et la scène. Parce que Cédric parle des gens simples, c’est-à-dire des gens qu’on ne voit pas souvent représentés au théâtre », d’affirmer le metteur en scène, qui a cherché à transposer dans le jeu des comédiens la même vérité qu’on retrouve dans le texte.

Cédric Landry est actuellement en résidence au Théâtre du Bic afin d’écrire le dernier volet de sa trilogie, Ti-Luc, un jeune Madelinot sorti de son île. L’action devrait en effet se dérouler sur le continent, probablement à Montréal, quoiqu’il soit encore trop tôt pour le dire avec certitude, le dramaturge étant en début d’écriture. D’ici là, on peut aller voir Raphaël à Ti-Jean, qui sera à l’affiche du 3 juillet au 18 août au Théâtre du Bic. Eudore Belzile parle « d’une œuvre du cœur brillamment construite ». On ne peut que lui souhaiter le même succès qu’en 2008 ainsi qu’à toute son équipe.

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