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Rencontre avec la première nation Muisca

Par Thibaud Mony le 2012/06
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Rencontre avec la première nation Muisca

Par Thibaud Mony le 2012/06

Lundi dernier, nous sommes allés à Bosa, le quartier qui borde l’ouest de la ville de Bogotá, pour rencontrer la première nation Muisca. Pour s’y rendre, nous avons pris le Transmilenio, un service d’autobus comparable à celui du RTC à Québec, mais plus rapide puisque les véhicules roulent sur des voies qui leur sont propres.

En allant vers l’ouest de la ville, le paysage se transforme, les murs de béton caractéristiques des grandes villes laissent place à des petits immeubles et des maisons de briques, de bois et de tôle. La population, à Bosa, est plus pauvre. La rivière qui traverse le quartier est remplie des boues polluées des industries qui donnent à l’eau une couleur gris foncé, presque noire. Une odeur de poubelle et de produits chimiques en émane. Des vaches en liberté broutent paisiblement le gazon en bordure de la rivière.

La nation muisca vit à l’écart des rues, dans des allées étroites où les plantes poussent un peu partout, rappelant un peu la campagne. La petite tribu possède un champ qui lui permet de faire pousser ses légumes selon ses techniques ancestrales: sans produit chimique, ni pesticide.

Nous rejoignons des agriculteurs urbains de la grande ville de Bogotá qui sont venus, comme nous, apprendre des Muiscas et partager leur expérience en agriculture. En guise d’accueil, des bols de Chicha, alcool de maïs fermenté, passent de main en main, se vidant tranquillement tandis que chacun prend une gorgée avant de faire tourner. Ici, le partage est de mise. Les femmes muisca préparent le repas pendant que le chef et les « prêtres », dans le temple, préparent la cérémonie de purification.

Le rio Tunjuelo traverse le quartier de Bosa

On vient nous chercher. Le prêtre demande aux femmes de détacher leurs cheveux et nous entrons dans le temple à reculons et en silence. Avant d’entrer, il nous purifie à l’aide d’une poudre qui produit une fumée blanche. Le temple est une simple hutte en terre cuite et en paille et l’intérieur est tout aussi simple : un feu brûle au centre et autour, des tabourets et des bancs pour que nous puissions nous asseoir. Dans un coin, le chef muisca et un autre prêtre mâchent la coca en frottant un bâton de bois sur une courge, dont la peau a été enlevée. De temps en temps, ils plongent le bâton dans leur bouche, le mâchouillent un peu, puis le trempent dans le centre troué de la courge et recommencent à frotter. C’est pour se concentrer et se purifier l’esprit, nous expliquent-ils. Pendant que nous entrons, le deuxième prêtre joue du tambour et d’une longue flûte. Dans le temple, tout le monde est assis en cercle, car nous sommes tous égaux, la seule force supérieure à nous étant le cosmos.

Suite à la cérémonie de purification, le chef muisca nous raconte l’histoire de sa nation. Puis tour à tour, nous nous présentons et nous partageons nos expériences, notre vision du monde actuel, la raison de notre venue chez les Muiscas. La discussion dure 3 heures et nous ressortons de là sereins, calmes, mais en pleine réflexion.

Les Muiscas étaient en Colombie bien avant l’arrivée des Espagnols et occupaient déjà les terres fertiles de la Cundinamarca, le plateau de Bogotá. Leur croyance est très proche de celle des Amérindiens du Québec et ils nous rappellent d’ailleurs que chaque roche et chaque être vivant a une âme et que nous devons la respecter. Malheureusement, nous racontent-ils, les peuples civilisés d’aujourd’hui ont perdu cette spiritualité et c’est ce qui les empêche de faire les bons choix.

Avec la colonisation, les Muiscas furent persécutés. Au 20e siècle et au 21e siècle, avec l’expansion de Bogotá, leur territoire fut grugé petit à petit pour faire place à la ville. Il ne leur reste que quelques hectares de milieux humides en bordure de Bosa, qu’ils tentent de garder tant bien que mal, puisqu’ils n’ont aucun papier pour prouver qu’ils en sont propriétaires. Et les compagnies immobilières voraces étudient ces terrains avec envie. Pendant que les Muiscas font faire des actes de propriété, les compagnies plantent du gazon, sans permis, pour assécher les milieux humides et ainsi préparer l’arrivée de la grande ville sur ces territoires vierges.

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Le projet Reporters Nord-Sud de la consommation responsable est un projet du CIBLES, le Carrefour international pour l’engagement social, et a été rendu possible grâce à l’appui, entre autres, du Fond régional d’investissement jeunesse,  des Offices internationaux du Québec pour les jeunes et de la Fondation Village Monde.


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