Le b.a.-ba de la démocratie

Le b.a.-ba de la démocratie

23 juin 2012 par 

L’encyclopédie Universalis nous dit que la démocratie est d’abord une valeur qui repose sur « l’inaliénable vocation des êtres humains à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif1 ».

Une valeur, c’est comme un cœur à deux poussées : d’une part, l’indignation, le sentiment que quelque chose ne va pas; d’autre part, l’espérance, la confiance en un monde meilleur.

Le siège des valeurs, nous dit la psychosociologie, c’est la conscience.

Bref, la démocratie est comme le sang dans les veines et, sans l’indignation et l’espérance (il lui faut toujours les deux), elle meurt. Les consciences sont démocratiques dans la mesure où elles participent à un mouvement social plus grand qui a la dimension d’un peuple ou d’une planète.

Le mouvement social de la démocratie dans l’histoire commence par le rapatriement de l’autorité vers l’intérieur. L’autorité n’est ni dans l’Église, ni dans l’État, ni dans l’économie, elle est à l’intérieur de soi. La liberté de conscience, c’est la pierre angulaire.

Dans l’histoire de la pensée, il aura fallu un très grand effort pour fonder la liberté de conscience. L’être humain repose sur ce fondement : si je laisse l’extérieur étouffer mes valeurs, j’avorte de moi-même et je n’apporte rien aux autres.

On dira que si tout le monde fait à sa tête, c’est le chaos. Il ne s’agit pas de faire à sa tête, mais d’agir selon sa conscience. Rien n’est moins facile.

Une personne qui est devenue une autorité pour soi acquiert souvent des qualités humaines et relationnelles telles que l’écoute, la compétence, l’honnêteté, la cohérence, le souci du bien commun. Ses qualités augmentent son autorité morale. Plus l’autorité morale d’une personne est vive, plus sa parole et ses actes ont de l’influence. D’une façon similaire, une institution peut aussi croître en autorité morale. L’autorité morale se gagne lentement, c’est un lien de confiance. Elle se perd facilement. Une tricherie peut la tuer d’un seul coup.

Plus l’autorité morale est vive, moins il est nécessaire d’utiliser la force, car c’est par des actes de confiance et de conscience que les gens agissent et se solidarisent. L’utilisation de la force vient d’une faiblesse dans l’autorité morale.

La démocratie repose sur des actes de confiance entre des consciences libres et des autorités morales (des représentants et des institutions).

Par ailleurs, la démocratie n’arrive pas au monde sur un drap blanc. Un monde est là. Et ce monde vit sur le mode des rapports de force2 : les uns tentent d’exploiter ou de flouer les autres. La force travaille contre la conscience. Il y a trois types de force : les armes (la dissuasion en général), l’argent (la rétribution) et la manipulation.

La question, la voici : comment la conscience en marche peut-elle cultiver la démocratie sur le terrain des rapports de force sans tomber elle-même dans le jeu de ces rapports de force?

Lorsque, après bien des luttes, un peuple se donne une constitution démocratique, il tente simplement de résoudre ce paradoxe. Il vise la moindre violence, il vise à réduire la part des rapports de force, il franchit simplement le pas qu’il peut franchir au-dessus des rapports de force. Les consciences individuelles ou collectives ont réussi à faire un petit pas. Il faudra maintenant faire avancer la constitution vers un peu plus de justice. Une grande affaire.

Il y a de multiples constitutions dites « démocratiques » dont la visée est de rendre possible le mouvement social de la démocratie vers le plus de justice qu’elle peut arracher aux rapports de force tout en évitant les crises trop violentes. Mais les principes sont sensiblement les mêmes.

En voici quelques-uns.

L’éducation de tous pour que chacun soit le moins manipulable possible.

La libre expression : le devoir d’exprimer son indignation et ses espérances.

La liberté d’association : la possibilité de se regrouper pour mieux penser et mieux faire avancer une idée de justice.

Le droit de grève (pour éviter les dérapages violents).

La déconcentration et la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire, religieux, économique, médiatique).

Le droit à l’information la plus juste possible.

L’inclusion de tous les êtres humains et donc, la lutte contre l’exclusion.

La justice sociale, car il n’est jamais possible d’assurer la paix sociale lorsque des personnes sont maltraitées économiquement ou autrement.

Le respect de la nature et de ses ressources, car sinon, le bien-être des uns se gagne au détriment des autres.

Une société démocratique de droit s’assure qu’aucune loi ne contrevienne à ces principes. Mais une démocratie peut sans cesse reculer. On doit même dire que les rapports de force cherchent sans cesse à utiliser les appareils démocratiques pour faire reculer la démocratie.

La meilleure façon pour un mouvement social de détruire son autorité morale : imiter ceux qui le combattent, utiliser la force contre la force.

On n’a pas idée du courage et de la détermination morale qu’il faut pour faire avancer « le monde des rapports de force » sur le chemin de la démocratie et du respect de l’environnement.

Peut-on se recueillir un instant à la mémoire de celles et de ceux qui ont fait avancer notre démocratie toujours chancelante!

À l’heure où les démocraties nationales sont sous la tutelle des pouvoirs économiques internationaux, à l’heure où il serait nécessaire de bâtir une démocratie internationale, il ne faudrait pas perdre ce que nous avons acquis.

1. Georges Burdeau, « Démocratie », Encyclopaedia Universalis, 2005.

2. J’ai longuement analysé ces rapports de force dans Le pouvoir ou la vie, Fides, 2008.

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