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Donc je suis!

Par Charles Hudon-Leduc le 2012/06
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Donc je suis!

Par Charles Hudon-Leduc le 2012/06

Je suis Québécois, Québécoise, étudiant et retraité, enfant et aîné, je suis une réalité ancrée dans la société qui m’a vu naître, une présence en suspens dans l’âme d’un pays irréel. Je suis une peur qui pénètre socialement l’histoire, individuellement l’espoir. Une peur qui s’évapore en consommations marchandes de bonheur à rabais tellement je suis incapable de me vivre sans sombrer dans le manque. Je suis une peur que l’on comble et recomble. Ainsi, on s’évite ma rencontre.

Je suis patriote en rébellion, partageant le peu de balles que j’ai à mes frères afin qu’ils puissent, à leur tour, tirer leur espoir, le temps d’en vivre la courte trajectoire. Je suis souverainiste de ce fameux soir, gravé de ces mots saignants qui avaient l’honneur de nous prier, la tête haute, de faire notre prochain pas. Parce qu’Il nous avait, «bien compris», nous nous sommes dits, ensemble, «à la prochaine fois». Je suis indépendantiste de ce triste sort où la peine et l’injustice a tenu des propos haineux et racistes. Ce soir-là, je suis devenu amertume et indignation. Il n’y avait plus de trajectoire pour mes balles, pas plus qu’il n’y avait de prochaine fois pour mes prières. Ce soir-là, j’ai perdu l’espoir qui permet à l’indignation d’être gardien de la dignité humaine, j’ai perdu le sens de mon identité, et je suis allé me coucher, sans histoires.

J’ai hiberné, protégeant du mieux que je le pouvais, ma parole. Je suis devenu silence économique d’une crise sourde. Mes muscles se sont ankylosés d’images, partout ailleurs, je pouvais voir plus terrible que chez moi. Ici, je ne suis pas mal. Ce n’est pas grave. Je peux dormir sur mes deux oreilles.

Un bruit strident m’a cependant réveillé. Nulle part et partout, un bruit sans frontière me maintient maintenant en éveil. Je suis Arabe en fleur, luttant pour que vive la part vivante de mon humanité. Je porte un espoir de démocratie. Je fais trembler la corruption partout dans le monde, parce que j’ose la regarder dans mon pays. Je lève, à bout de bras, ce voile lourd de ressemblances aveuglantes avec l’occident. Voilà bien longtemps que l’on ne s’était pas senti frères.

Désormais, je suis mondial, indigné et fier de l’être. Je suis occupé à être de plus en plus conscient. Occupé à me relier, à me partager, à  me connecter avec espoir parce que je me vois partout être actif, parce que je me vois partout oser agir à partir de l’envie de vivre mieux. J’ai envie, je désire être de ce monde qui se transforme, faire ma juste part et risquer de ne pas savoir comment faire. Mais je sais. Je suis cette intuition profondément ancrée dans ma mémoire humaine, ce savoir intimement cultivé au cœur de mon âme. Je suis cette intelligence uniquement possible dans la rencontre de l’autre.

Je suis Québécois dans le monde, étudiant et retraité, enfant et aîné, je suis une réalité ancrée dans la société qui m’a vu naître, un espoir suspendu aux lèvres de la conscience humaine.

Hier, 25 avril 2012, je suis devenu lacrymogène, béton poivré de brutalité policière. Je suis devenu peur de la foule affolée, percée, dispersée, constituée de la population tout azimut rassemblée afin de parler dans l’espace public. J’ai usé mon espoir sur la froideur des boucliers et des matraques pour que le regard du monde voie la totalité de notre gouvernement. J’ai sacrifié la pureté de mes intentions afin que nous osions vivre ensemble, non pas dans la peur de la répression qui nous silence, mais dans l’espoir qui nous relie.

Aujourd’hui, 26 avril 2012, je suis un Québec différent de la veille. J’ai pris conscience que je porte un voile bien plus subtil et malicieux que la burqa. J’ai pris conscience que mes rêves ne viennent pas du ciel parlement, non, mais de la rue citoyenne.

Je suis tanné de ma longue, trop longue fuite. Je veux prendre les responsabilités qui me reviennent lorsque mon gouvernement refuse de prendre les siennes. Je suis une société qui prend conscience du volant qu’elle tient dans ses mains. Par amour pour la conscience et la dignité humaine, je demande que le gouvernement libéral actuel démissionne afin que la démocratie puisse être entendue. Je demande, par amour pour la liberté d’expression que la question des droits de scolarité fasse l’objet d’un référendum.

Désormais, je suis politique, plus que jamais historique : «Qui ne sait pas tirer des leçons de 3000 ans d’histoire vit au jour le jour.» disait Goethe. Je suis conscience de mon passé, espoir dans mon futur, et indigné de mon présent. Je suis connexion mondiale de la réalité sociale… Je suis le choix éthique de ne jamais, au grand jamais, agir en deçà de mon niveau de conscience, en deçà de mon humanité. Je m’indigne dans l’espoir, donc je suis!

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