Une question d’accès à l’éducation supérieure et d’occupation dynamique du territoire

L’avenir de l’enseignement collégial en région

Une question d’accès à l’éducation supérieure et d’occupation dynamique du territoire

9 mars 2012 par 

Créé en 1967, le réseau des cégeps est un des acquis importants de la Révolution tranquille, un fleuron du système d’éducation québécois. Les 48 cégeps sont des établissements d’enseignement publics bien implantés dans toutes les régions du Québec qui ont toujours favorisé l’accessibilité à l’enseignement supérieur pour le plus grand nombre d’étudiantes et d’étudiants, et ce, dans une perspective d’occupation dynamique du territoire. La présence d’une institution collégiale en santé qui offre des programmes de formation diversifiés à Gaspé, à Rimouski, à Sept-Îles, à Shawinigan, à Saint-Félicien ou à Rouyn-Noranda, c’est l’assurance que nos jeunes aient accès, à peu de frais, dans leur propre région, à une éducation postsecondaire qui les mènera ensuite à l’université ou les préparera au marché du travail. Un cégep, c’est plus qu’une école, c’est un soutien essentiel au développement social, économique, technologique et culturel d’une région. Toujours au coeur des enjeux relatifs au développement régional et à l’occupation dynamique du territoire, un cégep, c’est un acteur incontournable dans le milieu.

De nombreux collèges publics du Québec vivent présentement des difficultés dont les causes dépassent largement leur champ d’action local. Certains collèges sont notamment aux prises avec des baisses d’effectifs étudiants récurrentes. Au Bas-Saint-Laurent, par exemple, on devrait assister à une baisse des effectifs au collégial de 26 % entre 2006 et 20191. Au Cégep de Gaspé, le nombre total d’élèves prévu en 2015 est de moins de 400. Dans un contexte de hausse des frais de scolarité et de compressions budgétaires, cette situation pourrait mettre en péril certains programmes d’études offerts en région et menacer l’avenir même de certains établissements, diminuant ainsi l’accessibilité aux études et amplifiant l’exode des jeunes vers les grands centres. Parallèlement, la population étudiante de certains cégeps urbains ne cesse de croître, au point où de nouveaux locaux doivent être aménagés si ces collèges ne veulent pas être contraints de refuser des élèves. Ce fut le cas cet automne sur l’île de Montréal où quelque 900 jeunes n’ont pu s’inscrire faute de place.

Depuis le début de l’automne, de concert avec les autres syndicats affiliés à la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), le Syndicat des enseignantes et des enseignants du Cégep de Rimouski (SEECR) travaille activement à sensibiliser les divers intervenants sociopolitiques régionaux et à obtenir leur soutien. Au terme de nos démarches, à la fin mars, nous aurons obtenu l’appui formel d’une vingtaine d’organisations influentes du milieu rimouskois et bas-laurentien. L’objectif poursuivi est de créer une mobilisation régionale et nationale obligeant le ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports (MELS) à mettre en place des solutions permettant le développement des cégeps en région et le maintien d’un véritable réseau collégial sur tout le territoire québécois.

Des pistes de solutions concrètes, structurantes et durables existent. Voici les mesures identifiées comme étant les plus porteuses : gérer l’offre de formation collégiale avec une vision nationale cohérente évitant notamment les programmes en concurrence ; implanter un mécanisme de centralisation des demandes d’admission qui permettra une meilleure répartition dans le réseau ; combler les places disponibles dans les programmes à faible effectif de certains collèges avant d’accorder de nouvelles autorisations de ces mêmes programmes dans d’autres collèges ; mettre en place des mesures incitatives, financières ou autres, pour favoriser la mobilité des étudiantes et des étudiants dans le réseau ; implanter des programmes exclusifs permettant aux collèges ciblés de se démarquer dans des champs spécifiques ; accorder la priorité aux programmes offerts en région au moment du recrutement d’étudiantes et d’étudiants étrangers ; valoriser la formation technique, entre autres par des campagnes nationales de promotion ; bonifier le programme d’aide financière aux études ; réviser certains éléments du mode de financement actuel du réseau collégial afin de tenir compte des réalités régionales.

Ce sont là des solutions relativement faciles à appliquer et somme toute assez peu coûteuses. Leur mise en oeuvre nécessite une intervention concertée qui suppose l’affirmation d’une volonté politique ferme de la part des autorités gouvernementales. Or, afin de faire preuve d’une telle volonté politique, les autorités ministérielles ont généralement besoin d’y être incitées et amenées par un ensemble de démarches orchestrées par le milieu. Dans les prochains mois, le SEECR interpellera la population. Nous avons besoin d’un appui clair, fort et durable de la part du milieu régional. C’est une lutte qui nous concerne tous.

Si rien n’est fait rapidement pour consolider le réseau des collèges publics, la situation deviendra dramatique quand de nombreux collèges auront à composer avec les baisses démographiques appréhendées. Lorsqu’un cégep du réseau s’affaiblit, ce sont tous les autres qui deviennent plus fragiles et plus vulnérables. L’avenir des cégeps en région, c’est l’avenir de tout le réseau collégial. La vitalité d’un cégep en région, c’est la vitalité de toute une région et c’est l’avenir des jeunes qui y vivent. Le gouvernement québécois doit agir, enfin, et démontrer qu’il a une conception cohérente du système d’éducation, une vision claire du développement régional et un réel désir d’appliquer le concept d’occupation dynamique du territoire.

L’auteur est coordonnateur du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski (SEECR).

1. Direction de la recherche, des statistiques et de l’information du MELS, Prévisions de l’effectif étudiant au collégial, mai 2010.

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