Actualité

Jean-François Pinault et Liv Larsen adoptent et développent une culture de l’alimentation vivante

Par Mathieu Parent le 2012/03
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Jean-François Pinault et Liv Larsen adoptent et développent une culture de l’alimentation vivante

Par Mathieu Parent le 2012/03

Le monde a faim. Point de départ d’un questionnement essentiel posé à l’existence ou point de chute où la bête doit trouver ses fruits? La faim troue la chair, tel un désir revenant de correspondances étrangères. Les fruits sont tranchés, sentis, bus et brulés: quelle nappe nous retient d’en planter les noyaux dans quelque jardin sans manteau, d’une terre à la fois mer et mère devenant espace d’autres natures, milieu de naissance d’autres cultures. Qu’aurait-on à faire autrement?

Pour certains hommes de science, expérience (empirie) résonne avec conquête et engagement. Pour Jean-François Pinault, chimiste et enseignant à l’université et au collégial, tout comme pour Liv Larsen, la science de l’alimentation et les pratiques agricoles afférentes sont une passion. Adeptes des principes associés au concept d’alimentation vivante, une culture alimentaire inspirée par les conclusions des travaux du Dr Edward Howell, ils cultivent plusieurs projets et savoirs. Selon eux, les aliments cueillis et mangés au bon moment, dans de bonnes conditions, contiennent des enzymes qui participent à la digestion des molécules nutritives durant les processus métaboliques du corps. Elles facilitent le travail de l’organisme et le nourrissent mieux.

Aujourd’hui, Liv prépare des craquelins épicés faits de graines de lin broyées, de tomates séchées, de céleri, de graines de tournesol et d’oignons. Le tout est transformé en une pâte étendue puis placée dans un déshydrateur. La déshydratation, la germination et la fermentation sont des processus clés des pratiques de l’alimentation vivante. Les craquelins de Liv constituent un tonifiant délice plein de douceur, non sans rappeler la ferveur et l’enthousiasme de celle-ci pour la vision progressiste de la culture alimentaire qu’elle et Jean-François portent.

Les recherches sur lesquelles s’appuient Liv et Jean-François soutiennent que la plupart des aliments cuits au-delà de 47,8 oC perdent énormément de qualités nutritives. La cuisson de plusieurs aliments à des températures élevées générerait également de nouvelles compositions moléculaires dont certaines seraient dangereuses et contraignantes pour l’organisme. En plus de limiter les dépenses superflues d’énergie, l’habitude d’une « fine» cuisine crudivore permettrait aussi d’éviter les risques d’intoxication associés à la surconsommation de mauvais aliments. Liv et Jean-François ont consacré beaucoup d’efforts à développer une telle cuisine en l’adoptant et l’adaptant au quotidien. Elle est, selon eux, plus économique et permettrait d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Semblable « culture» de l’alimentation peut en effet être en bonne partie autoproduite, et ce, même dans des espaces restreints et avec peu de moyens. Elle offre un excellent ratio production/dépenses pour le métabolisme du corps humain comme pour l’épargne personnelle.

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Même au cœur de l’hiver québécois, l’appartement de Jean-François est parsemé de plusieurs espaces de culture. Ceux-ci sont éclairés par des lampes reproduisant la lumière du soleil. Vêtu de son sarrau blanc, il explique qu’il produit à partir de gaines crues une part très importante des aliments qu’il préfère: des germes de pois, de blé, de tournesol, de lin, de lentilles, de haricots, de doliques, etc. Plusieurs de ces cultures génèreront des « superaliments» dont la production est simple. Parmi ceux-ci, plusieurs jeunes pousses qui contiennent des taux très élevés de nutriments que bien souvent leurs fruits matures du marché ne peuvent égaler. Par exemple, un kilo de blé fournit quatre kilos de blé germé et nourrit quarante personnes.

Pour Liv et Jean-François, autoproduire sa nourriture est une question de bien-être physique et d’engagement sociopolitique et culturel. Leur pratique constitue certainement une voie originale d’économie sociale et familiale. Valorisant la biodiversité sur le territoire et dans les cuisines, elle a de quoi séduire les humanistes écolos. Elle est une alternative sérieuse aux mauvaises activités agricoles et aux dérives des pratiques médicales trop souvent complices des intérêts de l’industrie pharmacologique. « La meilleure personne pour nous soigner, c’est d’abord soi-même», soutient Jean-François Pinault. Il ne fait pas de doute que la culture de l’alimentation vivante offre moyens et voies à une pareille conquête.

L’engagement pour l’alimentation vivante dépasse le strict intérêt individuel. Ces deux « gardiens» de la terre, voire d’une culture alimentaire, ont de nombreux projets. Jean-François souhaite poursuivre ses recherches et se montre intéressé à partager ses connaissances. Les échanges de savoirs sont en effet utiles pour mieux comprendre comment apprécier une alimentation de produits crus (crudivore), apprendre les techniques et les bénéfices de la germination, et s’initier aux concepts et aux pratiques de l’alimentation vivante.

Jean-François et Liv insistent sur l’importance de l’accessibilité des pratiques et des produits propres à l’alimentation vivante. « Il faut rompre les conditionnements voulant que ce qui est bon et pas cher se trouve seulement à l’épicerie», souligne Liv. Ils souhaitent d’ailleurs ouvrir un lieu pour développer des produits, réaliser des rencontres et des échanges, faire goûter aux fruits de leur pratique et partager leur vision et expérience avec d’autres.

Il faut se tourner vers la nature et la connaître pour mieux l’apprécier. Selon les méthodes traditionnelles des agriculteurs, comme pour Liv et Jean-François, il est possible de faire soi-même des sélections de semences convenant au terreau de diverses natures et oikos pratique. On évite ainsi les effets pervers des cultures génétiquement modifiées qui appauvrissent les natures de la culture. « Dans le monde, il y a plusieurs semences qui sont menacées et qui ont des qualités intéressantes», mentionne Jean-François

L’humain peut seconder le nature qui l’accompagne et se manifeste dans son environnement plutôt que de la contraindre et de la combattre. Une réponse vieille comme le monde, qui va dans le sens de la vision d’autosuffisance de Jean-François et de Liv. « Si le climat devient mauvais, j’ai des réserves», affirme le chimiste avec la candeur de l’homme de science et le calme d’un habile expérimentateur. « Certains processus de germination ne nécessitent pas de lumière.» Un autre avantage de l’alimentation vivante: il est possible de bien manger dans des conditions difficiles.

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L’alimentation vivante est peut-être à l’avant-garde de la culture, courtisant de fabuleux rivages, jaillissant de friches splendidement entremêlées. À ce sujet, on vous suggère de lire Énergie vitale du Dr Brian Clement, aux éditions Marcel Broquet, paru en 2009. Sans Liv et Jean-François, le large fou des lumières resterait probablement sur sa faim. Ils surviennent dans ce jeune siècle comme des phares de l’étrange beauté du monde. Ces deux artisans d’un nouvel ancien monde nous invitent à faire cultures, donnant aux ombres du foyer toutes les voûtes utiles à la croissance du pays intérieur.

Pour ceux qui vivotent au sinistre marché du sans nom et de l’agrobusiness où United fruit berce Molson, l’alimentation vivante retourne le voyage à l’Orient. La démarche de Liv et Jean-François est pertinente, sinon absolument nécessaire. Sa valeur ne tient pas d’un effet de conjoncture.

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