Collages (I)

Collages (I)

9 mars 2012 par 

Quand on apprend la première conjugaison, celle qui est exemplifiée par le verbe aimer, on n’a pas la moindre idée que ce verbe est aussi, au second degré, une indication sur le fait d’aimer apprendre, d’aimer comprendre (que cela fonctionne ainsi). On ne soupçonne pas encore que le premier groupe (en -er) est celui qui est non seulement le plus productif, mais aussi le plus simple.

Mais que se passe-t-il avec ce verbe en -er qu’est aller ? On dit « j’allais à l’école », « je vais (et non j’alle) à l’école », « j’irai (et non j’allerai) à l’école ». Le verbe aller, aussi courant qu’il est irrégulier, est bien un des verbes les plus étonnants de la langue française.

On reconnaîtra, en effet, dans ambulare (devenu alare) le point de départ de l’imparfait, dans vadere, du présent, et dans ire, du futur des formes verbales des trois propositions précédentes. On n’a qu’à consulter le moindre recueil de modèles de conjugaisons pour constater que ce verbe n’est pas, malgré les apparences, un verbe du premier groupe, mais du troisième groupe, et que, collage de trois verbes latins qui sont des synonymes, il est seul dans sa catégorie !

* * *

Qui n’a pas vu et entendu la publicité de Tou.tv – collage mis au point, c’est le cas de le dire, de telle façon que le « tout » ici en jeu ne peut être constitué que s’il est accolé à ce média – dont la phrase-clé est « je suis le héros » ? Dans sa version complète, il était clair que cette proposition signifiait autant, étant donnée la banque d’émissions proposées, « je suis [du verbe suivre] le héros dans ses aventures, que cette émission soit une suite d’épisodes ou non, que je pourrai revoir à volonté » que, étant donnée ma capacité à « composer un menu » et à « entrer dans l’écran », « je suis [du verbe être] le héros de cette aventure télévisuelle qui est ainsi devenue la mienne ». Par ce collage de deux verbes français qui sont des homonymes, le téléspectateur d’aujourd’hui (depuis janvier 2010) est comme la Fille d’aujourd’hui (paroles et musique : Guy Béart, 1962) : « Je suis [du verbe être] fille d’aujourd’hui / Tout va vite et moi je suis [du verbe suivre]. »

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