dernier numéro

Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

L’alouette en colère…

L’alouette en colère…

23 janvier 2012 par 

Cela fait plus de 20 ans que Félix Leclerc, ce grand poète, a quitté la scène. C’était le 8/8/88, les amateurs de la numérologie ont été servis. Quant à nous, nous préférons nous en tenir à la force des mots qu’il nous chantait. Il ne suffit pas seulement de les entendre, faut-il encore les écouter. Il est étonnant de voir comment sa poésie est toujours porteuse de sens malgré ces années.

Dans son ode L’alouette, il hurle qu’il a un fils enragé, révolté, humilié… Ce fils a toujours de bonnes raisons de l’être. Comment ne pas l’être lorsqu’on lit en première page du Devoir de ce 14 décembre 2011 que notre illuminé premier ministre canadien a déclaré « que le traité ratifié par 192 pays sur 194 contenait des “cibles stupides” » ? C’est tout de même curieux, cela ressemble étrangement à ce soldat qui est le seul à avoir le bon pas et les 192 autres seraient stupides. Comment ne pas être enragé, révolté, humilié devant une telle vision des choses. Faut-il encore qu’il y ait vision, et s’il y en a une, nous ne la partageons pas. Nous dirions qu’une telle attitude contribue à assassiner l’avenir de cette planète qui est déjà très handicapée par l’irresponsabilité des grandes corporations et de leurs laquais que sont nos élus. Nous n’avons plus le temps de penser l’immédiat…

Il y a de quoi être enragé, révolté, humilié lorsqu’on rajoute la volonté centralisatrice du gouvernement Harper qui, ayant la majorité parlementaire, se donne le droit de détruire les données sur les armes d’épaule alors que les citoyens des provinces ont contribué, par leurs impôts, à payer pour ce registre. Les autres provinces comprendront-elles un jour que selon la lettre et l’esprit de notre union, à l’origine, nous étions une confédération où les pouvoirs appartenaient aux provinces ? Nous n’avons jamais voté pour être sous le joug d’une fédération centralisatrice avec un despote éclairé…

Le poète nous dit qu’il a un fils dépouillé comme le fut son père porteur d’eau, scieur de bois, locataire et chômeur dans son propre pays… Qu’y a-t-il de différent entre la politique sous Duplessis qui donna le fer de la Côte-Nord à nos voisins du sud et le Plan Nord du premier ministre Charest ? Le ministre des Finances ânonne que les redevances passeront de 12 à 16 % ; mais de quoi ? Nous imaginons facilement que ce serait sur les profits déclarés. Il faut bien être aux finances pour ne pas savoir que les grandes corporations ont des fiscalistes qui transfèrent les profits dans leurs filiales qui, par hasard, ont des adresses dans des paradis fiscaux. Arrivera-t-il le temps où nous aurons le courage d’être autre chose que des porteurs d’eau, et que c’est en partenariat que nous négocierons ? C’est ce que nous aurions dû faire dans le secteur éolien où l’on a déroulé le tapis rouge au privé. Nous n’avions pas l’expertise et la capacité financière, bramait-on. Mais nous avons eu la capacité de perdre quelque 40 milliards dans le papier commercial avec la Caisse de dépôt qui devait être là pour notre développement. Et là, Hydro-Québec nous apprend qu’il demandera à la Commission de l’énergie une augmentation des tarifs parce que le prix qu’il paie en provenance du secteur éolien, entre autres, a augmenté. Nous leur donnons notre vent pour payer plus cher notre électricité. Belle mentalité de colonisés…

J’ai un fils écrasé par les temples à finances, nous dit-il… De combien de rapports d’agences gouvernementales ou récemment de l’OCDE avons-nous besoin pour nous convaincre que le pouvoir d’achat de la classe moyenne a stagné depuis les 30 dernières années et que l’écart entre les mieux nantis et les autres se creuse – le Canada ne faisant pas très bonne figure ? Et l’on entend encore les ministres des Finances des deux paliers nous laisser croire que la croissance économique assurera une meilleure répartition de la richesse. Combien de temps encore devrons-nous croire au Père Noël ? Les faits nous montrent que l’automatisme du marché, à lui seul, ne peut et ne pourra pas assurer une justice sociale redistributive. Ce fils écrasé, ce sont aussi nos États qui tremblent sous le joug « goulagdien » des agences de notation qui par leurs cotes font augmenter indûment leur endettement. Et les pantins que sont nos dirigeants, lèvres molles, balbutient que l’on pourrait, possiblement/éventuellement, taxer les transactions financières. Ces pleutres sont complices de cette oligarchie financière qui fait clopiner au pas ces marionnettes que l’on nomme premier ministre ou président.

Et le poète de conclure : Et moi, je sens en moi… s’installer la colère… Il serait en colère notre Félix de voir ce fourbi de bien pensants. Mais il serait fier d’assister à la naissance d’une responsabilisation citoyenne qui a réussi à faire reculer le gouvernement Charest sur la question des gaz de schiste et à obliger une vraie commission d’enquête sur le scandale de la construction, fier de tous ceux qui sur cette planète se sont indignés de la cupidité de nos dirigeants, de voir ces manifestations à Moscou et ce printemps arabe.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe