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Autopsie d’un plan d’action

Par Solenne Cadieux le 2012/01
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Autopsie d’un plan d’action

Par Solenne Cadieux le 2012/01

Charles Taylor est un philosophe montréalais reconnu à travers le monde. En 1964, il disait déjà, dans la revue Cité Libre1, que la pensée globalisante présente au Québec, cette idée que la souveraineté est la solution à tous nos maux, nuisait à son développement, qu’il était primordial de se concentrer sur les problèmes criants demandant des solutions rapides. Quarante-sept ans plus tard, le message du fédéraliste aurait-il été entendu ? Si on lui posait la question, François Legault répondrait sans doute « on verra », sa marotte depuis le dévoilement de ses objectifs politiques.

Un parti de solutions

2011 a vu naître un nouveau parti politique : la Coalition Avenir Québec (CAQ). François Legault, son chef, affirme, probablement au grand plaisir de Taylor, qu’il est temps de laisser de côté les guéguerres constitutionnelles pour se concentrer sur les vrais problèmes du Québec. Taylor serait-il heureux de la suite des idées de Legault ? On verra.

Dix ans. C’est le temps que se donne Legault pour redresser le Québec. Lors de la publication de son manifeste, en février 2011, il jurait n’avoir besoin que de cinq ans. Depuis, la nécessité d’un double mandat semble s’être imposée.

Le nouveau parti de François Legault n’est ni fédéraliste ni souverainiste, il est nationaliste. Il n’est ni de droite ni de gauche, il est universel, comme le démontre son logo qui présente toutes les couleurs, et ce, dans le but avoué de toucher l’ensemble de la population, toutes nationalités et idéologies confondues. Peut-on vraiment améliorer les choses en politique sans se positionner et en voulant plaire à tout le monde ? On verra.

Les meilleurs au monde

Les enseignants seront heureux de voir leur salaire augmenté de 20 % par la CAQ. Le seront-ils d’apprendre qu’on les évaluera régulièrement et que la réussite de leurs élèves sera garante de la pérennité de leur carrière ? Legault se fait rassurant, le congédiement n’est pas l’objectif visé, mais bien le soutien des enseignants en difficulté. N’est-ce pas là une autre façon de diriger les meilleurs enseignants vers les milieux favorisés ? On verra.

Les directions d’école et les enseignants auront davantage de responsabilités. Les ressources pour les enfants en difficulté seront mieux réparties (on ne parle pas d’augmentation), les milieux défavorisés pris en charge afin de réduire le décrochage et les structures administratives du milieu de l’enseignement allégées pour favoriser les services aux élèves. Legault prévoit améliorer la formation des maîtres par l’innovation et l’arrivée de chercheurs de pointe. D’où viendront ces chercheurs-sauveurs et comment les attirerons-nous ? On verra.

Par ces transformations et par l’abolition des commissions scolaires, Legault ne vise rien de moins que le meilleur système scolaire au monde. Utopiste ? On verra.

À chaque citoyen son médecin

Par l’abolition des agences de santé et de services sociaux, la CAQ veut alléger le système administratif et orienter les ressources vers les patients. Les autres services de première ligne devront être plus efficaces. Les salaires et le financement seront revus en fonction de la qualité des soins offerts. Les médecins de famille, pas plus nombreux, suivront davantage de patients, soutenus par une équipe d’infirmières (c’est déjà souvent le cas), afin que chaque citoyen ait son médecin de famille. Des mesures seront prises pour réduire les coûts des médicaments afin d’assurer la pérennité du régime d’assurance publique. La CAQ prévoit faire mieux avec moins. Possible ? On verra.

Ou comment devenir riche en dix ans

Selon Legault, le Québec perd le contrôle de son économie. Pour le retrouver, il faut améliorer le système d’éducation et de formation de la main-d’œuvre, développer la culture entrepreneuriale via la famille, l’école, l’État et la société en mettant de l’avant des modèles de réussite inspirants. Montréal deviendra la locomotive du Québec et les régions, les wagons où chaque ressource sera exploitée à son maximum. Il faut aussi rembourser la dette du Québec en y consacrant non plus 25 %, mais bien 100 % des nouvelles redevances sur les ressources naturelles acquises par la prise de contrôle de ces ressources grâce à la nouvelle attitude entrepreneuriale des Québécois. Essoufflés ? Ce n’est pas terminé. Hydro-Québec prévoit 6 000 départs à la retraite d’ici 2018. Ces 6 000 travailleurs « inutiles » ne seront pas remplacés. C’est une réduction d’effectifs de 30 % d’ici 2018.

Programme parfait ?

Dans son plan d’action, la coalition ne dit rien sur l’environnement, les familles, l’impôt, les places en garderie, les ainés, etc. N’oublions pas que le parti ne se donne que dix ans. Le programme est déjà très chargé. Les sondages le montrent, les Québécois n’en peuvent plus des libéraux et ne veulent pas davantage des péquistes de Pauline. Ce qu’ils veulent ? Du changement, ce que leur fait miroiter Legault avec ses promesses imprécises. La CAQ sera-t-elle le premier parti à tenir parole ? On verra. Et on regardera en silence. Parce que François Legault a affirmé qu’il ferait tout cela sans tenir compte des sondages. Québécois, élisez-nous et fermez-la. « Popa s’occupe de tout ! »

1. Charles Taylor, « La révolution futile ou Les avatars de la pensée globale », Cité Libre, no 69, août-septembre 1964.

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