Sur la place publique

Sur la place publique

11 novembre 2011 par 

Je vais rejoindre les brûlants compagnons dont la lutte partage et rompt le pain du sort commun

– Gaston Miron

Voilà, enfin ! La colère canalisée. L’indignation et le mouvement. « Les » mouvements. Spontanés. Hors des murs de la sourde rage individuelle et résignée. Chez nous, au nord. Après ce si vertigineux printemps arabe des pays lointains. Sur la place publique. Les indignés. Dans ma tête, les mots de notre grand poète national Gaston Miron battant la mesure ! Aujourd’hui sur la place publique qui murmure / j’entends la bête tourner dans nos pas / j’entends surgir dans le grand inconscient résineux / les tourbillons des abattis de nos colè0res. Sortir, maintenant ! Pour que tous les indignés se retrouvent, se voient, s’entendent. Que se nouent les fils de la pluralité des luttes en une large étoffe solidaire.

Parce que luttes il y a, et que les raisons de lutter sont légions. Luttes environnementales, luttes sociales, économiques, démocratiques. Planétaires tout autant que nationales, les colères et les foyers de résistance se multiplient, franchissent l’aphasie des frontières, se donnent en exemple et non plus en spectacle. Pendant que les peuples du Moyen-Orient enjambent les tyrannies dans cette longue marche vers la démocratie, l’Occident résonne de milliers de voix qui s’élèvent afin de briser la dictature des grands financiers de ce monde. L’image est puissante. Le peuple grec en première ligne. Berceau de la démocratie… Et puis l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, les États-Unis. Et… le Québec ?

Renverser l’Histoire

Chez nous, des secousses sociales se ressentent aux quatre coins de la province. Mobilisations contre l’exploitation du gaz de schiste et l’exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent. Mobilisation contre le harnachement de nouvelles rivières, contre les coupures en santé, en éducation. Contre la hausse des frais de scolarité. On reprend la lutte pour préserver notre langue et notre culture nationale. Le mouvement syndical semble enfin sortir de sa torpeur des dernières années. « La dignité du peuple avant le profit », clament les indignés rassemblés dans la zone libre d’Occupons Montréal. Les fronts sont multiples, l’objectif est le même : redonner au peuple sa place dans l’histoire.

Apprivoiser le vertige

Les prochaines semaines et les prochains mois seront donc déterminants pour la suite du mouvement. Le défi est important, stimulant ! Les groupes en lutte doivent enfin se reconnaître. Mutuellement. Ce n’est pas simple, mais pas infaisable. Les énergies doivent être consacrées à tisser les alliances les plus larges et les plus souples possibles. Dans le respect des pratiques, des moyens d’action, des idéologies de chacun des groupes. La spontanéité du mouvement peut assurément donner le vertige. Nos organisations structurées et hiérarchisées sont parfois décontenancées face à une telle liberté. Il faut apprivoiser ce vertige. S’en faire complice. S’en servir pour mener l’offensive. Nos adversaires connaissent tout de nos mobilisations traditionnelles. Contrôlées et contrôlantes. On doit donc les surprendre. Le mouvement syndical, tout comme les mouvements sociaux, les groupes environnementaux ou les mouvements nationaux doivent accepter de participer à cette nouvelle forme d’offensive sociale. « L’on ne se bat pas en effet pour avoir raison théoriquement “sur toute la ligne”, mais pour vaincre l’oppression et l’exploitation sur tous les fronts », disait Pierre Vallières.

Mais jusqu’où aller ? Dénoncer, revendiquer, pétitionner, occuper ? Déclencher une grève sociale ? Toutes et tous dans la rue. Ensemble. Aller là où réside la victoire. Sans compromis. Nos adversaires marchent à découvert. Ne s’en cachent plus. Privatiser le bien commun. Offrir au marché l’ensemble de nos ressources naturelles. Disloquer nos acquis sociaux. Dilapider nos institutions démocratiques et économiques. Empoisonner l’environnement s’il le faut. Le prix à payer. C’est simple finalement. Permettre aux gens d’affaires de faire des affaires avec nos affaires. A-t-on vraiment le désir de laisser ces sbires de la haute finance nous vendre sans réagir ?

Aujourd’hui, sur la place publique, c’est au peuple québécois à avoir droit au chapitre. N’en déplaise aux serviteurs de l’argent. Au cours des prochaines semaines, des prochains mois, nous aurons individuellement et collectivement à choisir la voie à emprunter. Pour moi, la route est claire. L’horizon dégagé. Le parcours engagé. Je m’accorde au pas indélébile de Miron : je suis sur la place publique avec les miens. Et vous ?

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