S'abandonner au chaos

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S'abandonner au chaos

Slam
11 novembre 2011 par 

Ma cousine Marilyn a disparu en février 2008

Mon ami Max s’est fait frapper en sortant d’un café le 29 décembre dernier

Traumatisme crânien sévère

Mon ami Karrick a percuté trois voitures, son char a explosé

C’est arrivé le 21 mai

À Columbine, à la Polytechnique, pis fouille-moi où la prochaine fois

Y’a des tueurs fous qui prennent des guns pis qui tirent dans l’tas

J’ai renversé mon verre de jus d’orange su l’chien à matin

Les grandes marées arrachent la rive

Y’a du bois mort partout sur les terrains

Mes tuyaux ont gelé pis j’ai été obligée de passer le séchoir dessus

Haïti, le tremblement de terre

Les oiseux morts tombent du ciel par milliers

Les tsunamis, les ouragans, le nucléaire

Tu m’appelais le cheval fou

La sauvage

La fée…

La chèvre de monsieur Seguin

Le p’tit chaperon rouge

C’est la même histoire

« Sors pas du sentier, saute pas la clôture sinon le Loup va te manger ! »

On met des règles

On s’fait des normes

Parce qu’on a peur du Loup

On pense qu’en entourant le réel de limites

Ça va l’empêcher de les franchir pour nous dévorer

Si on est fidèles on va s’aimer toute notre vie

Bullshit

Si j’dépasse pas 90 kilomètres heure, je f’rai pas d’accident d’char

Bullshit

Si j’suis le sentier le Loup me mangera pas

Bullshit

Les Loups, ça aime ça aussi les sentiers, parce que c’est ben tapé, c’est moins fatigant de marcher dedans !

Tu m’appelais le cheval fou

La sauvage

La fée…

Parce que j’suis pas capable de penser dans des boîtes

Parce que je remets toujours en doute les idées reçues

Anarchiste malgré moi

C’est mon utopie. C’est la seule que j’ai trouvée

J’ai besoin d’utopie, sans ça j’vas crever

Ce qui fige est une menace

C’est l’mouvement qui empêche les choses de stagner pis de pourrir

Avec nos règles pis nos lois on étouffe, on empêche, on oppresse

On cherche à attraper le sens pour pouvoir le garder

Ce faisant on le tue

Parce que le sens est libre

Le sens se définit par sa liberté

Bébé Doc est revenu à Haïti

Mais y’a eu le printemps arabe aussi

La grande sœur de Marilyn a eu une fille au mois de mai

J’ai pris une bière avec Max la semaine passée

Y’a des soleils qui meurent, y’a des volcans qui naissent

La Corée du Nord, l’Irak, l’Afghanistan

La semaine prochaine j’vas vider l’jardin

J’vas faire des conserves pour l’hiver prochain

Avez-vous déjà perdu le contrôle en char ?

Connaissez-vous ce moment où on lâche tout en attendant la suite ?

Maintenant, là tout de suite, j’peux rien faire !

Mon char va peut-être reprendre sa ligne droite

Mon char va peut-être percuter le banc de neige, le poteau, ou la vanne qui arrive

Mais il n’y a rien que je puisse faire, là tout de suite, que d’attendre

Je n’ai pas le contrôle, j’ai perdu le contrôle, j’me laisse aller !

Mais si j’survis à ça, j’vas m’accrocher

Au printemps prochain, j’vas faire des s’mis

Si j’rencontre un homme, j’vas l’aimer pour lui

J’vas poser des cabanes

J’vas nourrir les oiseaux

Pis à toué jours de ma vie

Ben j’vas dire merci

C’est ça s’abandonner au chaos.

Stéphanie Pelletier est agente de développement pour le Théâtre L’Exil. Improvisatrice, auteure et slammeuse, elle cumule les implications dans le milieu culturel.

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