L'aménagement forestier au secours de la politique

L'aménagement forestier au secours de la politique

11 novembre 2011 par 

Mes 25 années d’expérience sur le terrain avec les travailleurs et les propriétaires forestiers m’incitent à proposer une opinion personnelle sur l’aménagement des forêts privées, qui peut aussi être considérée institutionnelle puisque mes convictions personnelles s’accordent parfaitement avec la mission de l’entreprise où je travaille.

La présente consultation sur la stratégie d’aménagement durable s’ajoute à toutes celles qui l’ont précédée. Toujours pleines de bonnes intentions et porteuses d’espoir.

Dernièrement, un des rares journalistes préoccupés par les questions forestières québécoises s’informait de la situation de l’aménagement forestier. Après ma description des faits, il répondit : « Mais c’est une situation identique chaque année; où est la nouvelle? Les problèmes liés à l’aménagement sont récurrents depuis plus de 25 ans : budgets annuels et insuffisants votés en milieu de saison, non-reconnaissance des entreprises, paperasse lourde et inutile, etc. Quelle incompétence! »

Mais non. Contrairement à l’idée la plus répandue, il faut une grande compétence politique pour freiner le développement de la forêt privée sans le dire ouvertement. Malgré la volonté très majoritairement favorable à l’aménagement de nos forêts, il reste toujours un indescriptible blocage politique. Pourtant, pourtant...

À l’automne 2010, un grand sondage Léger Marketing soulevait les huit idées fortes des Québécois : « Les gens exigent aussi que le gouvernement investisse dans le développement durable en harmonisant économie et environnement. Ils exigent qu’il développe davantage l’économie, qu’il favorise une plus grande productivité, qu’il implante plus d’entreprises en région, qu’il forme mieux les employés et qu’il améliore leurs conditions de travail. »

Pourtant, d’après ce sondage, ce qui rend heureux les Québécois, c’est en tout premier choix la nature et les grands espaces alors que, paradoxalement, seulement 1 % des répondants croient que le Québec est en avance pour la protection de l’environnement. À la question Pour bâtir le Québec que vous souhaitez pour 2020, quels éléments pourraient empêcher d’atteindre votre vision du Québec?, les réponses ont d’abord été le manque de leadership (20 %), puis le manque de volonté politique (19 %).

Mais pourquoi y aurait-il encore un manque de volonté politique dans l’aménagement des forêts privées?

Analysons la question sous divers angles.

Environnement

La certification internationale FSC a été accordée avec un nombre record minimal de corrections à faire dans les forêts privées du Bas-Saint-Laurent. Selon plusieurs environnementalistes régionaux, l’image négative et les problèmes actuels en foresterie ne viennent pas de la forêt privée.

Écologie

Les modes de coupe, autant par leurs dimensions (moyenne de 1,4 ha) – et majoritairement par coupe partielle – que par leur distribution dans le paysage, correspondent déjà beaucoup à la définition d’aménagement écosystémique que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) veut implanter.

Économie

Les très rares études du gouvernement sur la rentabilité des investissements sylvicoles se sont montrées positives. Et nous connaissons tous la chanson des avantages économiques de la forêt privée tels que meilleurs sites, situés près des travailleurs et des usines, etc. De plus, c’est le gouvernement qui fixe les prix des travaux sylvicoles en se basant sur des études indépendantes (et en soustrayant 20 % de ce coût réel en forêt privée!). Jamais de dépassement des coûts anticipés. Les budgets alloués et facturés sont réalisés avec preuves jusqu’au dernier cent. Le programme d’aide à la forêt privée est équitable, transparent, honnête, sans corruption.

Développement du territoire, ruralité

Comme le souligne Jean-François Draperi dans la RECMA, « c’est le système coopératif qui apparaît comme le mieux placé pour garantir le rattachement de l’économie au territoire; les coopératives sont initiées par des acteurs locaux, elles dépendent de leur engagement volontaire et solidaire; leur capital, indivisible, inaliénable, n’est pas délocalisable ».

Les groupements forestiers sont des entreprises collectives qui ont démontré largement leur capacité à distribuer les richesses, à mieux résister aux crises, à créer des emplois en région, etc.

Éducation

D’après un sondage du MRNF, ce sont les travailleurs forestiers qui sont les plus crédibles en matière de foresterie au Québec. L’éducation et l’engagement envers de saines pratiques d’aménagement forestier sont à la base des relations entre les groupements forestiers, les propriétaires et les travailleurs. Le personnel des groupements forestiers a l’expertise et la confiance nécessaire pour vulgariser les principes des traitements sylvicoles à recommander à une clientèle très diversifiée.

Social

Alors que le développement des énergies hydroélectrique, fossile ou même éolienne soulève des mécontentements, des inquiétudes, des retards et des coûts incroyables, qui s’opposent ici au développement d’un aménagement forestier durable, il y a bien sûr des visions différentes, mais une quasi-unanimité à développer cette ressource de façon responsable et durable.

Le sondage Léger mentionnait que la priorité pour créer de la richesse pour les dix prochaines années au Québec était de développer de nouvelles sources d’énergie renouvelables (éolien, biomasse, solaire). Les Québécois ont confiance en l’avenir du Québec parce qu’il y a beaucoup de talent et de gens créatifs et innovateurs (premier choix) et qu’il regorge de ressources naturelles (troisième choix). À la question Ce qui m’encourage le plus, 26 % des répondants ont choisi il y a encore des visionnaires / des gens intègres. Et ce sont les groupes communautaires (premier choix) qui devraient exercer plus de pouvoir en 2020 qu’actuellement dans la société québécoise.

Pour faire face à la crise de la main-d’œuvre, il faut améliorer les conditions de travail pour retenir les travailleurs (meilleurs salaires, horaires variables, etc.) (60 % des répondants) et bonifier la formation en milieu de travail (23 %).

*  *  *

Ce que veulent les Québécois est fortement en accord avec un véritable développement de la forêt privée et est pourtant politiquement payant. Les partis politiques ont sous les yeux un dossier gagnant devant leurs électeurs.

Qu’est-ce qu’on attend donc pour donner toute la reconnaissance, la marge de manœuvre, les responsabilités aux entreprises collectives qui ont l’expertise, la capacité de décider pour un bienfait collectif et durable? Une revalorisation publique de l’économie sociale?

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