Champ libre

C’est encore vous et moi

Par Sarah Servant le 2011/11
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C’est encore vous et moi

Par Sarah Servant le 2011/11

En septembre 2009, quelques semaines avant la parution du roman Paradis, clef en main, le suicide de Nelly Arcan surprend et bouleverse. En septembre 2011, la sortie du livre Burqa de chair, comportant cinq récits dont L’enfant dans le miroir, Le speed dating, Se tuer peut nuire à la santé et deux nouvelles inédites intitulées La Robe et La Honte, vient raviver la curiosité du public et l’engouement pour l’auteure critiquée et louangée. Nancy Huston, qui signe la préface du livre, fait le portrait de Nelly Arcan : une femme mal dans sa chair, follement intelligente et dont le style d’écriture est « unique, immédiatement reconnaissable, lapidaire, désopilant ».

Les lecteurs intrigués par l’agitation médiatique autour de la nouvelle La Honte, qui relate l’entrevue de l’auteure à Tout le monde en parle en 2008, risquent d’être déboussolés devant les mots de l’auteure et les maux de la narratrice. À la suite de cette célèbre entrevue, Nelly Arcan déplorait l’intérêt porté à son corps plutôt qu’à ses écrits. Cette tension qu’entretenait l’auteure renaît dans Burqa de Chair, ouvrage posthume fortement axé sur le thème de sa mort plutôt que sur sa pratique littéraire.

Les textes apparaissant dans ce recueil de nouvelles convergent vers les envies suicidaires de la narratrice qui prennent naissance à partir d’éléments fictifs et réels. Nelly Arcan avait souvent parlé de cette étroite frontière entre fiction et réalité : « Ce que j’écris, ce n’est pas seulement ma vie… je ne me dévoile pas tant que cela. Ma vie à moi, je la garde pour moi. »

Bien qu’elle soit difficile, la lecture de Burqa de chair ne peut être que bénéfique ; elle brasse les idées et propose un regard nouveau sur la femme. Les nouvelles sont d’une profondeur déstabilisante, d’un style lourd mais brillant où la puissance des réflexions et la vulnérabilité de la narratrice forment une dichotomie omniprésente. Ce livre devrait être lu pour la puissance du lyrisme, l’intelligence de l’auteure et le mal-être fou qui y est extrêmement bien présenté.

Certes, Nelly Arcan reste la même écrivaine impeccable et troublante. La dernière phrase du recueil rappelle l’importance de l’entourage et du soutien : « Il ne faut pas oublier que les barrières les plus solides contre la détresse des gens qui nous sont chers, c’est encore vous et moi. » Burqa de chair est un livre délicieux, surtout si l’on ne cherche pas à y voir l’explication du suicide de l’auteure, mais bien la beauté de son œuvre.

Nelly Arcand, Burqa de chair, Seuil, 2011, 168 p.

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