Actualité

Douce diatribe écoresponsable

Par Solenne Cadieux le 2011/07
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Douce diatribe écoresponsable

Par Solenne Cadieux le 2011/07

Lorsque j’ai reçu l’appel de textes pour ce numéro du Mouton NOIR (mon premier appel de textes à vie !), j’étais bien excitée. Puis, j’ai découvert le thème : la culture, les arts et les pratiques « éco ». J’ai tout de suite pensé à mes enfants qui pratiquent tous un instrument de musique. Je les conduis régulièrement au centre-ville : la plus vieille se rend au Conservatoire, les deux plus jeunes à l’École de musique, et mon deuxième, lui, se rend un peu plus haut en ville, à l’Académie de guitare. Là-bas, c’est plus tranquille. Mais au Centre culturel, qui abrite le Conservatoire, l’École de musique du Bas-Saint-Laurent et l’École de danse Quatre-temps, il y a de l’action ! J’y passe souvent de longues minutes à attendre qu’une de mes musiciennes ait terminé son cours. Qu’est-ce que j’y remarque ? Les danseuses de hip-hop et leurs mouvements fluides dans leurs pantalons de jogging ? Les danseuses classiques et leurs chignons parfaits ? Les musiciens qui tapent du pied au rythme de leur iPod en attendant papa ou maman ? Non. Tout cela, je le vois chaque jour et, en réalité, je ne le vois plus vraiment. Ce que je remarque et qui me choque, ce sont tous ces parents qui attendent leur enfant, leur avenir, notre avenir, et qui laissent le moteur de leur voiture tourner au ralenti pendant de très longues minutes. J’ai alors envie de sortir de ma voiture (dont le moteur est coupé !) et d’aller frapper dans leur vitre pour leur rappeler qu’il fait -10 oC dehors, qu’ils ont un manteau d’hiver et des bottes (ou qu’ils n’ont qu’à en acheter avec l’argent qu’ils économiseront en utilisant moins d’essence !) et qu’ils vont survivre s’ils coupent le chauffage. Qu’on est en 2011, que le message doit passer, non ? Qu’ils ne sont pas seuls au monde et qu’il n’y a pas que leur petite personne qui compte. Mais je ne le fais pas, je reste dans ma voiture et je rage.

Certains me disent que je m’en fais pour rien. Que ce n’est rien en comparaison à toutes ces usines qui crachent des tonnes de gaz polluant chaque jour, que c’est aux grandes entreprises à faire leur part. Que nous, pauvres petits citoyens, n’avons que peu d’impact. Que c’est aux compagnies à se fendre le derrière pour faire des voitures moins énergivores, moins polluantes. J’en ai assez de ce discours déresponsabilisant, déculpabilisant et lâche, mais je ne dis rien.

L’autre jour, j’étais au centre sportif (bon, je m’éloigne de la culture, mais pas de l’environnement !) et j’ai assisté, passive, à une discussion désarmante sur le compostage à Rimouski qui s’en vient pour… 2013 (Sherbrooke composte depuis 2007 et Drummondville s’y met cette année). Des marcheurs sur tapis roulant refusaient de faire leur part dans la réduction des déchets sous prétexte qu’ils veulent choisir eux-mêmes comment ils disposeront de leurs restants de table et de leurs rognures de pelouse. Pas question de gérer une autre poubelle dans la maison, encore moins un autre bac puant dehors : « De quoi je vais avoir l’air si j’ai de la visite le samedi soir, qu’on s’assoit dehors et que mon bac brun sent le maudit à cause de mes cochonneries de table ? Pas question qu’ils viennent me forcer à composter. Que j’les vois envoyer leur police des bacs, j’vais la renvoyer à grands coups de pieds dans l’c… J’vais la mettre dedans son maudit bac, moi ! La tête la première ! A va ben l’sentir que ça pue. » Et les autres d’éclater de rire.

Je ne m’attends pas à ce que 100 % de la population composte, mais tout de même ! Ils ont vu dans mon expression que je les trouvais complètement arriérés, mais je n’ai rien dit. Certains me le reprocheront. Ils auront raison. Mais j’ai eu ma leçon. Quelques fois, j’ai noté gentiment à des conducteurs qu’ils ne devraient pas laisser leur moteur tourner au ralenti. Il me semble pourtant avoir été très polie. J’ai mangé quelques poignées de bêtises à chaque occasion. Chaque fois où j’ai essayé de faire comprendre à des connaissances que le recyclage était important, j’ai essuyé une rebuffade. Les gens ne veulent pas entendre qu’ils n’en font pas assez. Leur désir de liberté est plus fort que moi. Est-il plus fort que nous ? J’essaie de mener la bataille autrement. Je fais ma part. Souvent plus. Et j’écris ce petit texte. Douce diatribe. Mais prêcher à des convertis ne fait pas progresser la cause.

J’y vais miette par miette. Je croise les doigts. J’espère que les médias vont enfin faire effet sur les masses. Je me réjouis quand d’autres parlent plus fort que moi et osent… Et je me décourage quand je constate que même les plus convaincus baissent les bras (tout comme moi). Il faudrait sans doute que les lofteurs et les académiciens fassent la promotion des actions écoresponsables pour que le message passe… Parfois, la fin justifie les moyens.

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