Forum interprovincial sur les hydrocarbures : penser « golfe »

Forum interprovincial sur les hydrocarbures : penser « golfe »

3 mai 2011 par 

Les 8 et 9 avril derniers, de nombreux intervenants en provenance des provinces maritimes et du Québec se sont réunis aux Îles-de-la-Madeleine pour participer au forum Exploration et exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent : préoccupations des communautés côtières organisé par la municipalité des Îles. L’objectif était de réunir les communautés côtières du golfe touchées par le dossier des hydrocarbures afin de favoriser la concertation et les échanges interprovinciaux et intersectoriels, ainsi que de se doter de l’information nécessaire en vue d’établir des orientations et recommandations communes.

Au cours de la dernière année, la question du développement de l’industrie des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent a mobilisé l’espace public. L’accident pétrolier de BP dans le golfe du Mexique, la tenue des évaluations environnementales stratégiques (EES) pour l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, la fin du moratoire sur la portion québécoise du golfe, ainsi que l’insistance de Corridor Resources pour effectuer un premier forage exploratoire avant 2012 afin de conserver ses droits sur le gisement de Old Harry expliquent en grande partie ce regain d’intérêt.

La première journée du forum a été consacrée aux différentes conférences accessibles au public. Si le forum avait reçu un accueil mitigé de plusieurs militants, entre autres en raison de la présence de représentants de Corridor Resources et de l’Office extracôtier de Terre-Neuve, la diversité des positions défendues par les conférenciers a permis de rétablir la balance. Peter Sinclair, de la Memorial University of Newfoundland, a entre autres présenté différents cas de figure où les communautés ont été aux prises avec des projets de développement pétrolier, concluant que celles-ci avaient peu à gagner et beaucoup à perdre. Gail Fraser, de la York University, a par ailleurs sensibilisé l’assemblée aux risques pour les oiseaux et à la difficulté d’avoir accès aux données des compagnies pétrolières afin de parfaire les études environnementales.

Plusieurs personnes ont participé à une vigile extérieure afin de marquer la présence citoyenne et faire connaître leurs appréhensions quant à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe aux intervenants réunis au centre récréatif de L’Étang-du-Nord. Des jeunes de la communauté anglophone de Grosse-île ont d’ailleurs saisi l’occasion pour affirmer leur opposition à tout développement pétrolier dans le golfe et sur le site de Old Harry.

Le samedi a été consacré à la tenue d’une conférence sur le moratoire du banc Georges en Nouvelle-Écosse et d’une série d’ateliers mettant en présence des intervenants en provenance des différentes communautés côtières du golfe et secteurs d’activités. Parmi les enjeux soulevés, l’on retrouve entre autres la protection des fonds de pêche et des ressources halieutiques, le manque de données quant aux impacts et aux risques réels, la position conflictuelle des Offices extracôtiers juges et parties dans l’examen environnemental des forages et l’allocation des permis, l’insuffisance du fonds compensatoire de 30 millions $ prévu en cas de déversement, ainsi qu’une volonté de plusieurs intervenants de développer les énergies renouvelables et de réduire la dépendance au pétrole. La présentation en plénière des comptes rendus d’ateliers a mis à jour l’inquiétude des participants quant aux nombreuses zones grises et incertitudes liées au projet de Old Harry et au développement de la filière des hydrocarbures dans le golfe. Un intervenant a d’ailleurs lancé le mot d’ordre en appelant à penser « golfe ».

La rencontre s’est conclue par l’adoption d’une position commune des communautés côtières pour demander la mise en place d’une commission d’examen fédérale par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale afin d’approfondir les impacts des projets de forage. Danielle Giroux, porte-parole de la Coalition Saint-Laurent, s’est dite satisfaite de la position adoptée : « Tout le monde s’entend sur le fait que nous avons besoin d’un temps d’arrêt, ce qui répond à l’objectif premier du moratoire. Nous demandons une commission élargie, avec une étude environnementale portant sur l’ensemble du golfe du Saint-Laurent, un processus qui inclut des consultations des communautés des cinq provinces limitrophes. […] C’est actuellement le moyen légal que nous avons pour avoir de l’emprise dans le dossier et nous avons de bonnes chances de l’obtenir. L’implantation de l’industrie des hydrocarbures dans le golfe remplit les deux conditions prévues par la loi, soit la présence d’enjeux environnementaux importants et la préoccupation des communautés. L’office pourrait rapidement recommander au gouvernement fédéral de référer en commission. »

Si les participants au forum sont ressortis forts d’une nouvelle solidarité et d’une meilleure compréhension des enjeux, les suites de la rencontre reposent en partie sur la capacité à sensibiliser les élus, ainsi qu’à informer et à mobiliser les populations des provinces limitrophes au golfe.

Les comptes rendus des conférences et des ateliers sont disponibles sur le site de la municipalité des Îles-de-la-Madeleine au www.muniles.ca/forumhydrocarbures_francais.html.

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