Douze scènes d’apocalypse de Raphaël Arsenault

Rencontre

Douze scènes d’apocalypse de Raphaël Arsenault

15 mars 2011 par 

Dans le cadre des douzièmes Rencontres de musique spontanée, l’Orchestre des jeunes du Québec maritime (OJQM), sous la direction de James Darling, présentera Douze scènes d’apocalypse pour orchestre de jeunes de Raphaël Arsenault le 23 mars prochain à la Salle Desjardins-Telus. Le Mouton NOIR a rencontré le compositeur.

Mouton NOIR Douze scènes d’apocalypse est une oeuvre pour orchestre symphonique qui comporte une part d’improvisation. Qu’est-ce qui a motivé le projet ?

Raphaël Arsenault – En tant que violoniste, j’ai grandi dans le monde de la musique classique et je connais bien l’univers des orchestres symphoniques. Maintenant, je me concentre plutôt sur des projets d’improvisation et d’électro. La clé du projet, c’était comment créer un pont entre les deux univers afin d’initier les jeunes de l’OJQM à la musique libre. [...]

Il y a comme une sorte de libération à faire de la musique improvisée, ainsi qu’une responsabilisation du musicien. Tu es vraiment responsable de ce que tu joues parce qu’il n’y a personne pour te guider, ni de langage comme tel pour te dire quoi faire. [...]

Chaque mouvement de Douze scènes d’apocalypse a son caractère propre, ses manières d’improviser. C’est très structuré afin d’amener l’élève à passer de son habitude de lecture à une expérimentation de façon pédagogique. Il est certain que pour un orchestre de jeunes, il faut y aller avec parcimonie afin de respecter les contraintes de direction, de cohésion de l’orchestre, etc. C’était surtout ça le défi. [...]

M. N. – Le titre de l’œuvre suggère aussi une réflexion de fond. Quelle est-elle ?

R. A. – J’ai toujours été attiré par l’apocalypse dans ses saveurs, dans ses couleurs, dans sa beauté immanente. Et que les jeunes portent le flambeau de la critique, j’ai toujours trouvé cela intéressant. À la base de Douze scènes d’apocalypse, il y avait l’idée de faire une critique sociale de notre mode vie, puis ça c’est muté en un propos plus personnel, expressif, et c’est devenu quelque chose de beaucoup plus simple, une opportunité pour les jeunes d’expérimenter la musique libre à travers une œuvre sensible. […]

M. N. – Quels sont les défis de l’écriture dans une œuvre mixte comme celle-ci ?

R. A. – Ce qui est difficile dans composer une œuvre pour orchestre, c’est de rapprocher la création à travers quelque chose qui est hyper mental, hyper abstrait, la composition écrite. C’est vraiment un long voyage à travers les brumes. Lorsque nous avons composé Cycle de rêves avec le groupe Phär, nous avions un feedback instantané sur ce qu’on faisait. Là, j’écris des notes, et je n’ai pas beaucoup de retour. L’ordinateur m’aide un peu en me jouant des trucs très synthétiques, mais pour tout ce qui est de l’improvisation, l’ordinateur ne peut pas le faire. […]

L’élément essentiel dans la musique libre, spontanée, c’est l’anéantissent du langage. C’est un peu comme lorsque tu communiques avec des gens ne partageant pas la même langue. Tu communiques quelque chose, mais de façon beaucoup plus sensible. Il y a un haut degré de raffinement dans cette musique. En faisant la tournée canadienne, je m’attendais à découvrir différents langages d’improvisation, et je me suis rendu compte qu’on parlait tous le même. C’est bon signe, c’est qu’il n’y a pas de langage mental qui s’impose. La liberté, ce n’est pas d’ailleurs de ne pas utiliser le langage, c’est de choisir. Faire de la musique libre, c’est prendre contact avec le moment présent en musique.

Raphaël Arsenault est boursier du Fonds relève du Bas-Saint-Laurent pour les arts et les lettres. Une version longue de l’entrevue sera disponible en ligne très bientôt. À voir Douze scènes d’apocalypse de Raphaël Arsenault/OJQM Mercredi 23 mars 2011, 19 h 30, Salle Desjardins-Telus, Rimouski
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