dernier numéro

VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

À l’heure sénégalaise

À l’heure sénégalaise

8 février 2011 par 

Dakar, 8 février 2011.

0 h 30. Au rythme des basses envoûtantes du chanteur sénégalais Awadi, nous nous envolons vers le pays de Morphée.

5 h. Chaque jour, c’est le même choc. Les prières, qui résonnent comme des chants à nos oreilles d’impies, envahissent tout le quartier. Pour nos voisins, la journée commence; pour nous, c’est seulement le premier « snooze » du cadran.

8 h 30. Première journée au Forum. Après la négociation habituelle avec le chauffeur de taxi (1500 CFA, pas 5000!), arrivée à l’Université Cheikh Anta Diop avec ses 60 000 étudiants et ses 60 000 participants (comptés un par un). Nous voyons les chemises des étudiants qui sèchent à travers les carreaux des fenêtres. Les chambres des étudiants, conçues pour deux, habitées par dix, sont le symbole de la condition aberrante des étudiants sénégalais.

9 h. Recherche de la salle de l’atelier sous le soleil qui chauffe.

9 h 30. Toujours à la recherche de la salle de l’atelier sous le soleil qui brûle.

10 h. Recherche INTENSE de la salle de l’atelier sous le soleil ardent.

10 h 30. Dans ce chaos organisé, enfin une âme charitable de la Teranga nous escorte à la porte de notre atelier. Nous rentrons dans cette salle universitaire. Au fond à droite, une horloge aux aiguilles fixes indique midi. L’heure figée ne dérange pas les oiseaux qui gazouillent dans le coin gauche de la classe. Sur le tableau d’ardoise qui a vu passer bien des générations, nous pouvons lire : « Les artistes comme agents de la démocratie et du développement. »

Dans une société où la recherche quotidienne de l’argent nécessaire pour les besoins primaires prend une place centrale dans la vie des gens, la culture peut apparaître comme une question secondaire. Pourtant, ce qui frappe rapidement le voyageur au Sénégal, c’est l’omniprésence de la musique, de la danse et des autres arts. Dès notre arrivée dans la capitale africaine de la musique urbaine, nous partons à la recherche des 3 000 rappeurs de Dakar. Les jeunes des banlieues défavorisées, fascinés par le rap occidental et ses artifices, veulent tous être le prochain Akon ou Booba. Avec 70 % de la population ayant moins de 30 ans, jumelé à un taux de chômage de 40 %, la musique ou le sport apparaissent souvent comme les seules échappatoires. Amadou Fall Ba, un des conférenciers de l’atelier, a créé la première école de DJ africaine, accessible à tous, qui permet aux jeunes de se professionnaliser. Chaque année, il organise à Dakar un grand concert de hip-hop amateur qui sert de tremplin pour la relève. Mais le manque de fonds étatiques place le Festa 2H – festival dans une situation précaire. Amadou Fall Ba se méfie des subventions publiques ou privées qui sont souvent accompagnées de tentatives de contrôle du travail de l’artiste. Comme le dit le proverbe sénégalais : « Si quelqu’un vous prête ses yeux, il va vous dire où vous devez regarder dans le ciel. » C’est pourquoi il cherche à créer un fonds de soutien international des artistes de hip-hop qui permettrait aux artistes d’échapper au contrôle de leur travail.

13 h. Sous les couches de crème solaire, nous nous dirigeons vers la halte nourriture. Foie ou bœuf mariné accompagné de frites, le tout inséré dans un pain sous-marin, nous sustente l’appétit. La sonorité des tam-tams et de la musique locale accompagne nos dialogues informels au fil des rencontres. La place de la participation citoyenne dans nos sociétés est au cœur de plusieurs de nos conversations. Le peuple peut-il réellement décider?

18 h. Notre réflexion sur la société civile prend de plus en plus de place dans nos esprits. Nous prolongerons notre raisonnement sous les lumières tamisées d’un Maki, le tout accompagné d’une Gazelle, la bière locale.

À demain pour la suite, Inch Allah. _______ Notre projet est soutenu par l’OJIQ et le FSPE de l’UQAR.
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