La Coalition Saint-Laurent est lancée

Entrevue avec Danielle Giroux

La Coalition Saint-Laurent est lancée

7 décembre 2010 par 

Dans la foulée de la mobilisation sur le dossier des hydrocarbures en milieu marin, Attention FragÎle, la Fondation David Suzuki, Nature Québec et la SNAP Québec ont lancé cette semaine la Coalition Saint-Laurent qui demande un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans l’ensemble du golfe du Saint-Laurent. Le Mouton NOIR a rencontré Danielle Giroux, porte-parole de la Coalition, pour nous la présenter.

Geneviève Génier Carrier – Quelle est la position de la Coalition Saint-Laurent sur l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent ?

Danielle Giroux – La Coalition a adopté une position rassembleuse et très simple : nous demandons un moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz et du pétrole dans l’ensemble du Saint-Laurent. L’objectif est de rassembler les cinq provinces autour de cette revendication commune. Cette coalition s’adresse à tout le monde, c’est à dire tant aux élus, aux pêcheurs, aux organismes environnementaux, qu’aux simples citoyens. Les gens sont invités à adhérer à la Coalition au nom de leur organisme ou de façon individuelle. [...] Nous entretenons des liens étroits avec la SOS Gulf of St-Lawrence Coalition, dans les Maritimes qui fait du très bon travail. Dans une lettre adressée à l’Office extracôtier Terre-Neuve-Canada à la vieille de la tenue de levés sismiques à Old Harry, en septembre dernier, une cinquantaine de signataires ont demandé un moratoire dans l’ensemble du Golfe, et ce, pour des inquiétudes similaires aux nôtres. La coalition a réagi parce que les levés sismiques allaient avoir lieu sans que les communautés côtières soient consultées, dans un milieu qui abritait plusieurs espèces, dont des espèces en péril et des mammifères marins, pendant la période de reproduction et sans tenir compte des mises en garde des scientifiques qui ont dit que malgré les mesures d’atténuation proposées, ce n’était pas suffisant pour rendre les levés sismiques sécuritaires. [...]

G. G. C. – Quels sont les risques associés aux levés sismiques exploratoires ?

D. G. – Parmi les risques identifiés, on parle des risques pour les mammifères marins. Ils sont dépendants des sons pour communiquer, se déplacer, se nourrir, se reproduire. Il faut comprendre que les levés sismiques sont des sons extrêmement puissants qui voyagent sur une très grande distance sous l’eau, et qui sont répétés, par exemple, à toutes les 15 secondes, jour et nuit, pendant plusieurs jours. Les mammifères marins pourraient être portés à fuir la zone (évitement). Dans le cas de petites populations, et dans des périodes cruciales comme celle de la reproduction, ça pourrait avoir un impact sur la survie même de l’espèce. Les impacts peuvent aller jusqu’à la mort. [...]

Pour ce qui est des poissons, des crustacés, des mollusques, il y a lieu de penser qu’il y a aussi des impacts, mais il y a un manque de données scientifiques. [...] Pour nous, les mesures d’atténuation proposées du côté de Old Harry sont nettement insuffisantes. [...]

G. G. C. – Que pensez-vous des demandes du gouvernement québécois pour la création d’un Office extracôtier Québec-Canada ?

D. G. – Nos élus semblent très enthousiastes à la perspective d’une entente entre le Québec et le Canada pour départager les ressources naturelles et permettre la création d’un Office extracôtier Québec-Canada, et éventuellement de pouvoir procéder à de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures. Car pour l’instant, ce qui retarde le Québec, c’est le fait que cette entente n’existe pas.

Pour nous, la création d’un Office extracôtier Québec-Canada, c’est la porte qui s’ouvre vers l’industrie. On dit attention, faisons les choses dans le bon ordre. L’urgence, c’est le moratoire et ensuite, s’il doit y avoir création d’un office, il faudra se demander si sa constitution permet une gestion intégrée du Golfe. Permet-elle de protéger les ressources ? Permet-elle aux gens d’être consultés convenablement ? On est porté à croire que non. [...] les Offices extracôtiers maintiennent le morcellement du Golfe. Il y en a un à Terre-Neuve, un en Nouvelle-Écosse et bientôt un au Québec, et ce sont des entités administratives au final qui décident de l’avenir du Golfe, parce que ce sont elles qui accordent des permis, ce sont elles qui font des études environnementales... on peut aussi bien parler de conflit d’intérêts. L’objectif des offices est vraiment de favoriser le développer les hydrocarbures. On a vu comment ça s’est passé du côté de Terre-Neuve, l’Office a appliqué les règles. Selon la loi, il n’était pas tenu de consulter les populations pour des levés sismiques, et c’est ce qu’ils ont fait. Ils n’ont pas consulté les gens, ils ont procédé aux levés sismiques, ils ne sont pas allés voir ce qu’en pensait les voisins à quelques kilomètres de là. […]

G. G. C. – Selon vous, que doivent faire les provinces dans ce dossier ?

D. G. – Tout d’abord, il va falloir que les provinces réussissent à mettre en place une entité de concertation pour travailler ensemble et voir à l’avenir du Golfe. Il ne faut plus travailler en vase clos, province par province. Il y a aussi un examen à faire au niveau des lois parce que le cadre législatif a été revu à la baisse au cours des dernières années afin d’accélérer les procédures pour l’obtention des permis. [...] Il faut aussi approfondir nos connaissances quant aux impacts et aux risques liés à l’exploitation des hydrocarbures dans le Golfe. Il y a tellement de choses qu’on ne sait pas encore, entre autres sur l’état des ressources. […] C’est un exercice qui doit être fait rapidement, mais qui prend aussi du temps, voire des années. Et de l’autre côté, il y a l’urgence de mettre la première plate-forme avant 2012 pour Terre-Neuve. […] Il faut aussi penser qu’il y a peut-être des zones qui doivent être carrément exclues de ce type de développement, pour tel ou tel raison. Et peut-être que le Golfe en fait partie. Donc avant d’aller de l’avant, il faut prendre le temps de faire des études d’impacts approfondies. […]

G. G. C. – Quel est le rôle des citoyens et des communautés ?

D. G. – Les citoyens doivent être très pro-actifs. Et je sais que ce n’est pas facile, ce n’est pas à la portée de tout le monde. C’est un dossier ardu […]. Mais on voit que ça intéresse vraiment les gens. La mobilisation qui se met en place regroupe des personnes qui défendent de toutes sortes de position. Rappelons que la Coalition n’est pas pour ou contre les projets d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures. Nous invitons les gens de toutes les tendances à se rassembler autour d’une préoccupation de prudence. […] On peut être en faveur du moratoire sur les hydrocarbures en réponse à différentes préoccupations. Il y en a qui demande un moratoire parce qu’ils n’en veulent pas du tout. D’autres veulent être assurés qu’ils seront dédommagés en cas de déversement. Je pense à un pêcheur qui veut être assuré que s’il y a un accident pétrolier, ça ne touchera pas son fond de pêche. […]

G. G. C. – Quel est le plan d’action de la Coalition ?

D. G. – C’est très délicat, car il nous faut suivre l’actualité [...]. Par exemple, il y a une motion qui vient de passer à l’Assemblée nationale pour demander à Terre-Neuve, à l’Office extracôtier et à Ottawa qu’aucun nouveau permis ne soit octroyé pour toute activité d’exploration ou d’exploitation du côté de Terre-Neuve dans leur limite d’eau avant la fin des EES. [...]

Si on regarde à court terme, notre premier défi est l’atteinte du moratoire, parce que s’il n’y a pas de moratoire, Terre-Neuve va forer. Il faut aussi informer les gens, car le dossier est complexe et il y a de la désinformation. Prenons aux Îles, plusieurs sont mêlés, et pour cause, entre le forage terrestre, le forage marin et les gaz de schiste. Les enjeux ne sont pas les mêmes, les risques ne sont pas les mêmes, le cadre législatif n’est pas le même, mais il y a une confusion énorme. [...] En prévision de la tenue des consultations publiques des EES, comment faire pour encourager la population à y participer ? [...] On veut aussi travailler au niveau des gouvernements, faire pression et aussi s’insérer dans les processus de révision du cadre légal. [...]

Nous invitons les gens à visiter notre site web qui sera en ligne dès le 5 novembre et à adhérer à la Coalition Saint-Laurent. La force vient du nombre. Et j’ai confiance qu’on peut être assez nombreux, si on se regroupe, pour influencer nos gouvernements.

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