En bref

Arts visuels et médiatiques

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7 décembre 2010 par 

Une performeuse du Mexique à Caravansérail

Le 24 septembre, la performeuse Édith Médina a présenté sa performance Sans titre 18 au centre d’artistes Caravansérail dans le cadre des Rencontres internationales d’art performance (RIAP). Les spectateurs se rassemblent dans un petit espace à l’arrière de la salle d’exposition. Des chiffres noirs défilent sur un écran blanc, au rythme de bips sonores. La performeuse, vêtue de noire, est neutre. Son jeu très simple, avec du fil à broder noir, rappelle le travail millénaire des femmes. Le choix du noir donne une gravité à l’ensemble. Puis, la performeuse met en lien les spectateurs en leur tendant le fil. La pression sur le fil augmente. Lorsque la performeuse fait glisser le fil autour de son cou, la tension monte encore d’un cran et les chiffres sur l’écran blanc deviennent obsédants. Pendant la discussion qui suit la performance, l’artiste nous apprend qu’elle s’est inspirée des données de l’ONU, selon lesquelles une femme dans le monde est victime de violence à chaque 18 secondes. Cette explication apporte une autre lumière sur ce qui vient de se vivre.

La projection d’une vidéo d’art d’Ariane Lord, qui questionne les limites entre la performance et la vidéo d’art, donne à voir un autre aperçu de la pratique de la performance. L’artiste, qui dirige également le centre d’artiste Est-Nord-Est à Saint-Jean-Port-Joli, est connue pour son utilisation du corps dans ses différentes réalisations. La vidéo qu’elle présente nous montre un corps en mouvement qui remonte un escalier sur le dos. L’action se situe sur un sentier forestier. La forme étrange de cette remontée questionne le spectateur : le corps flotte-t-il dans l’air ? Est-il difforme ? La vidéo nous présente cette lente remontée de l’escalier à trois reprises, amenant le spectateur à tenter d’élucider le stratagème derrière les images. Si les spectateurs avaient assistés aux actions de cette performeuse dans l’escalier, ils auraient été marqués par les efforts physiques déployés, par la présence de l’artiste. Ici, l’effort est sublimé par la distance créée par la vidéo et par le traitement donné à l’image. La transmission s’en trouve transformée, dans une exploration qui aurait été impossible en temps réel.

Encre, biquette et autres croquis

Le 14 octobre, à 17 h, la 4e rue de Saint-Fabien était congestionnée : la galerie Caroline Jacques tenait un nouvel événement. La maison rouge aux volets biscornus est reconnaissable entre toutes : même de l’extérieur, elle semble danser. On y entre par un jardin-installation. Dedans, les rires rebondissent sur le plancher qui a la perspective houleuse. Pour cette exposition exclusivement de dessin, des centaines de papiers sont épinglés aux murs dans un agencement presque chorégraphique. Les dessins à l’encre de Louis Masson rappellent les traits nets des peintres asiatiques. Juste à côté, Stéphanie Lamothe utilise l’encre pour esquisser des forêts, des villes, séries de lignes verticales qui évoquent l’environnement. Sur un autre mur, Guy Jacques, dont la vie semble se dérouler sur un long rouleau de dessins, expose une correspondance fabuleuse et des dessins dont les couleurs vives se déploient en spirales. Olivier Blot, de son côté, dessine comme il réalise ses tableaux-sculptures, des êtres-animaux qui semblent sortis d’une fable débridée, une symbolique fascinante. Michel Hacala, le peintre basque invité par la MRC pour réaliser une fresque au Parc de l’aventure basque de Trois-Pistoles, est un résident de la maison depuis un mois et y est allé de quelques dessins aux lignes architecturales.

Tandis qu’à la cuisine le chef François, de la ferme C’est la Faute des biquettes, y va d’un panaché à l’agneau et d’une terrine aux abricots, les invités visitent les dessins au pastel de Luce Dumont, d’inspiration botanique, les nus au fusain de Caroline Jacques, de Dorys Tremblay et de Danielle Samson, chacune dans une interprétation très personnelle. Sur l’autre mur, on remarque les croquis préparatoires du sculpteur Roger Langevin, où les masses formelles qu’il a mises en espace de façon monumentale sont déjà tout à fait présentes. La fête, car s’en est une (oubliez les vernissages guindés et ennuyeux !), se poursuit, les discussions vont bon train et à ce rythme, le monde, demain matin, pourrait bien avoir une autre perspective ; il suffirait peut-être de quelques traits de crayon.

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