Communication du Haut-Pays : idées tendancieuses

Communication du Haut-Pays : idées tendancieuses

14 décembre 2010 par 

Pourquoi communiquer, ou plutôt pour qui ? Je m’adresse à qui et dans quel but ? Pour convaincre, amuser, divertir, informer, émouvoir, témoigner ? Il serait de bon aloi de vous prévenir de mes intentions afin que vous puissiez consommer en toute quiétude cet article d’apparence inoffensif. Je devrais vous dire ce que je fais, d’où je viens, où je vis. Suis-je un chercheur, un fonctionnaire, un élu, un technicien, un travailleur forestier ? Malheureusement, je ne le dirai pas, du moins pour l’instant. Mais sachez tout de même que ce texte est tendancieux.

La compétence du rural et la connaissance empirique, est-ce un mythe ou une réalité ? Ce qu’il importe de soulever, c’est que lorsque l’on investit dans le milieu rural, la plupart du temps les ruraux ne peuvent y participer. Pourquoi ? Parce que de multiples réglementations imposées sont mur à mur à l’échelle québécoise (ou canadienne). Pourquoi ? Parce que la disparité entre les compétences juridiques, intellectuelles et empiriques est significative et que le pouvoir qui leur est associé ne favorise pas le rural tant sur le plan décisionnel qu’économique.

Les nombreuses réglementations privent les populations locales du pouvoir d’intervention. En limitant ce pouvoir, on réduit les zones d’initiatives, ce qui nous amène à éliminer les sources de valorisation individuelle et collective.

Lors de corvées, dans une action concertée et solidaire, on était fier du coût, du temps et de la qualité du projet. Aujourd’hui, chaque étape d’un projet doit être validé et le travail doit être exécuté  selon un ensemble de normes dont la complexité fait en sorte que les populations locales sont exclues du chantier de leur avenir.

Alors, qu’advient-il du sentiment d’appartenance ? De quoi puis-je être fier maintenant ? Notre territoire d’intervention diminue en proportion avec l’augmentation de politiques, d’études, d’analyses, d’interdits, de réglementations, de juridictions et de lois de toutes sortes. À quand l’obligation d’avoir un permis pour acheter un marteau ? Où en est le sentiment de dignité de la population rurale brimée dans sa capacité d’intervention ?

Mais enfin…

Nous avons besoin d’appuis pour vous propulser vers l’avant. Plusieurs projets ont émergé au fil des quarante dernières années dans le milieu rural. Des projets qui valorisaient la ressource ligneuse, ainsi que la main-d’œuvre avec des usines de couture, d’ébénisterie et de transformation alimentaire. Certains de ces projets, la plupart portés par l’entrepreunariat collectif, ont survécu et d’autres se sont éteints comme tout autre projet, qu’il soit urbain ou privé.

Mais revenons à l’appui. Il est indéniable que le rural ne saura survivre sans l’appui tangible de l’urbain. Un exemple des plus actuels est celui du Centre de mise en valeur des Opérations Dignité à Esprit-Saint. Depuis plus de quatre ans, nous nous sommes investis à mettre en place un lieu d’accueil, d’interprétation et d’intervention. Or, si le concept séduit et le produit fascine, la fréquentation du site est réduite à sa plus simple expression. Si l’on ne peut faire échouer un sous-marin ou faire dérailler un train, peut-être devra-t-on organiser des prises d’otages ?

Trèves d’illusions, nous cherchons toujours à arrimer cette sympathie urbaine envers les enjeux du territoire habité et de l’aménagement intégré de toutes les ressources forestières. Pour les lecteurs urbains, vous aurez saisi l’invitation de venir à Esprit-Saint. Mais hormis ces valeureux lecteurs du Mouton NOIR, nous avons compris qu’il fallait s’afficher, se faire connaître, investir dans la promotion quoi ! Élémentaire, croyez-vous tout candidement. Permettez-moi une anecdote révélatrice du défi quotidien relatif au territoire habité. Savez-vous qu’il faudrait verser au ministère du Transport un montant de 8 000 $ pour annoncer le Centre d’interprétation des Opérations Dignité à l’intersection de l’autoroute 20 et de la 232, le même montant pour l’intersection de la 185 et de la 232 à Cabano plus 50 $ par pancarte pour indiquer la direction et le nombre de kilomètres à parcourir pour atteindre Esprit-Saint à partir de Cabano et de Rimouski ? Pendant que vous vous amusez à faire le calcul de cet investissement inaccessible quoique essentiel, notre question est : Pourquoi les animaux sont-ils autorisés à être sur les pancartes alors que nous ne le pouvons pas ? Suggestion : nous pourrions introduire des affiches clignotantes titrées ainsi : Ralentissez ! Préservez la vie de vos ruraux.

Flash promo

Ciel, mais nous en sommes à parler du Centre de mise en valeur des Opérations Dignité. Et bien sachez qu’un spectacle multimédia – avec personnages de lumière, sonorisation et mise en lumière directionnelle sur 1800 – vous permettra de saisir ce qui a été vécu dans les années 70 par la population de l’Est du Québec lors de ce mouvement unique dans toute l’histoire de la ruralité du Québec.

Mais encore…

Basé sur des informations historiques objectives, le montage du spectacle favorise de façon subjective le partage d’une expérience de démocratie populaire participative exceptionnelle. Nous avons évité la simple énumération des acteurs du mouvement et l’évolution strictement chronologique des événements au profit de la compréhension de cette expérience.  L’objectif machiavélique de notre intervention est, d’une part, de contribuer à l’éveil social et à la conscience de l’histoire régionale et, d’autre part, de susciter la prise de parole et l’occupation du territoire.

À partir du 15 août 1971, Opérations Dignité II regroupait plus de 25 villages du Haut-Pays et des prises de décisions collectives répondaient aux besoins et désirs de la population. Cette impulsion, ce mouvement est-il encore possible aujourd’hui ? Doit-on y croire ?

Chose certaine, la forme ne sera pas la même. La diffusion de l’information s’est modifiée depuis. Le contrôle de l’information de masse s’est structuré. Il y a les médias sociaux, la fragmentation de la population selon l’âge, le sexe et les origines – de souche ou d’adoption – qui peuvent être subis comme des embûches ou vécus comme des zones d’appels vers des lieux communs. Des lieux non plus définis par les dogmes religieux ou extrémistes, mais portés par un espoir d’ouverture, de connaissance, de respect, d’amour et de dignité.

Je vous avais prévenu que ce texte serait tendancieux.

Richard Lemay est directeur du Centre de mise en valeur des Opérations Dignité à Esprit-Saint.
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