L’UQAR, « alma mater près du fleuve(1) » de Dany Laferrière

L’UQAR, « alma mater près du fleuve(1) » de Dany Laferrière

1 octobre 2010 par 

L’énigme du retour s’ouvre sur un coup de fil dans la nuit qui annonce au narrateur la mort de son père. Le lendemain matin, il prend la route « sans destination », suit le fleuve et « continue vers ce nord lumineux », dans ce « pays de glace », tandis que percent, à fleur de texte, des références au sud, des souvenirs de celui-ci. Se trouvent ainsi réunis en un même personnage le nord et le sud, façonnant une identité d’exilé, tendue entre l’ici et l’ailleurs, comme si le présent avait le pouvoir de contenir tout à la fois le passé et l’avenir.

Or, au moment où il a écrit son roman, Dany Laferrière ne savait vraisemblablement pas que la vie s’inspirerait de son imaginaire qui le menait dans le Bas-du-Fleuve et tisserait d’autres liens forts avec celui-ci.

Dans son très bel hommage3 prononcé à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique à l’écrivain le 29 août dernier, le recteur de l’UQAR, Michel Ringuet, s’est notamment réjoui de pouvoir proposer aux étudiants de l’université, en particulier à ceux inscrits au nouveau baccalauréat en lettres et création littéraire, Dany Laferrière en modèle. D’abord comme « maître de langue », maître d’un « français vibrant, vivant,
 plein de sève »; ensuite comme « maître d’irrévérence », « la littérature a[yant] ceci de particulier qu’elle est peut-être la seule forme de pensée radicalement libre »; enfin comme « maître d’écriture ».

Dany Laferrière, qui a d’ailleurs accepté d’être le parrain du nouveau baccalauréat en lettres et création littéraire, s’est prêté de bonne grâce aux rencontres qui ont ponctué les quelques jours qu’il a passés à Rimouski. Ainsi, les étudiants de la maîtrise et du doctorat en lettres ont pu découvrir sa poétique. Ceux du baccalauréat ont pu profiter, dans une rencontre de près de deux heures, de ses conseils à un jeune écrivain.

En entrevue au Mouton NOIR, la directrice du module, Christine Portelance, a d’ailleurs souligné la générosité de l’écrivain à qui elle a demandé, en guise de premier devoir de parrain, de signer des carnets d’écriture qui seraient remis aux nouveaux inscrits en début d’année universitaire : Dany Laferrière, qui ne fait rien à moitié, les a non seulement signés, mais il a aussi pris le temps de personnaliser chacune des inscriptions en y faisant un croquis.

À Paraloeil, la présentation du documentaire La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve de Pedro Ruiz, qui retrace le parcours de l’écrivain 25 ans après la publication de son premier roman Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, a fait salle comble et a été un moment fort de son séjour. Là encore, Dany Laferrière a tenu à assister à la représentation pour être près des gens, puis à discuter avec le public pendant presque une heure. Acceptant de répondre aux questions qui avaient trait au film, il a cependant refusé de répondre à celles, qu’il jugeait saugrenues ou non pertinentes, qui avaient trait, par exemple, aux élections en Haïti, une situation qui s’est reproduite en conférence de presse.

« J’ai toujours senti […] le bruit barbare qui est celui de l’opinion qu’on entend partout, à la radio, sur les blogues… que [dans] ce bruit incessant, fracassant […] il fallait de plus en plus baisser la voix. Que l’objet de la littérature, ce n’est pas d’apporter du bruit au bruit, c’est de baisser la voix et d’essayer d’aller au plus profond de soi, d’apporter une parole méditée, une parole pensée, une parole réfléchie, une parole même artistique dans le sens qu’elle peut circuler partout, sans frontières de temps comme d’espace.(2) »

Ces quelques mots tirés du discours de Dany Laferrière sont à l’image de l’écrivain, libre, irrévérencieux, généreux; bref, immense.

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Bibliographie

Tout bouge autour de moi, Montréal, Mémoire d’encrier, 2010. L’énigme du retour, Montréal, Boréal, Paris, Grasset et Fasquelle, 2009 (Prix Médicis). La fête des morts, Éditions de la Bagnole, 2008. Je suis un écrivain japonais, Montréal, Boréal, 2008. Je suis fou de Vava, Montréal, Éditions de la Bagnole, 2006. Vers le sud, Montréal, Boréal, 2006. Les années 1980 dans ma vieille Ford, Montréal, Mémoire d’encrier, 2005. Je suis fatigué, Outremont, Lanctôt Éditeur, 2001. Le cri des oiseaux fous, Outremont, Lanctôt Éditeur, 2000. Le charme des après-midi sans fin, Outremont, Lanctôt Éditeur, 1997. La chair du maître, Outremont, Lanctôt Éditeur, 1997. Pays sans chapeau, Outremont, Lanctôt Éditeur, 1996. Chronique de la dérive douce, Montréal, VLB Éditeur, 1994. Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit?, Montréal, VLB Éditeur, 1993. Le goût des jeunes filles, Montréal, VLB Éditeur, 1992. L’odeur du café, Montréal, VLB Éditeur, 1991. Éroshima, Montréal, VLB Éditeur, 1987. Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Montréal, VLB Éditeur, 1985.

__________ Notes : 1.    La vidéo du discours que Dany Laferrière a prononcé lors de la cérémonie de remise de son doctorat honorifique est disponible au www.uqar.ca/uqar-info et sur YouTube. 2.    Le texte intégral du discours du recteur, intitulé 
« Hommage à monsieur Dany Laferrière », est disponible au www.uqar.ca/uqar-info.
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