Le cinémascope de Vehlmann et Duchazeau

Le cinémascope de Vehlmann et Duchazeau

2 juillet 2010 par 

Voici un album de bande dessinée en noir et blanc renfermant sept histoires passionnantes ayant pour décor le Paris du début du XXe siècle. Les auteurs ont tenté d’insuffler à leurs récits la magie des petits films de Méliès, l’inventeur du cinéma moderne, qui réalisa plus de 500 courts métrages, qu’il considérait comme des attractions foraines.

Parmi ces histoires animées de l’esprit de Méliès, il y a celle d’Hercule qui est amoureux d’une trapéziste, celle d’un pauvre type envoyé sur la lune par des rats pour vérifier si elle est bien un gros fromage, et le récit absolument terrifiant d’une dompteuse à barbe. On ne peut oublier celle d’Houdini, qui donne son numéro pour les noyés de la Seine, et, évidemment, l’histoire du Diable amoureux, qui est vraiment méchant, une vraie peau de vache. Cette brillante distribution s’ouvre avec le cinéaste Méliès, qui loupe la bonne parole de l’étoile Polaire parce que sa caméra fait « rrrrrr »… Déjà, ce roulement de caméra déclenche la magie et la féerie de chacun des récits.

Il faut dire que le dessin de Duchazeau y est pour beaucoup. Il se veut précis, sympathique, nettement expressif et, par moments, il se révèle vaporeux, brouillon, toujours puissant et brillant. Plumes, crayons, pinceaux, fusains, complices des traits au noir et des nuances de gris, permettent toute une palette d’atmosphères.

Ce n’est pas la première collaboration de Fabien Vehlmann et de Frantz Duchazeau. Également dans la collection Long Courrier est paru en 2006 Les Cinq Conteurs de Bagdad, lui aussi un recueil d’histoires qui frappent l’imaginaire. Le tandem a en outre réalisé La nuit de l’Inca, une histoire en deux tomes racontant les aventures d’un berger manchot qui aidera à ramener le soleil disparu du ciel du peuple inca. Quant à Vehlmann, il est à mon sens le plus intéressant des scénaristes actuels. Je citerai Le Marquis d’Anaon avec ses cinq tomes parus et l’extraordinaire Jolies Ténèbres, un chef-d’œuvre qui renouvelle le genre merveilleux. Son style unique, entremêlant réalisme, fantastique et merveilleux, est le signe d’une avancée de la BD dans une forme de narration avant-gardiste, fidèle aux canons de la narration et dans un registre qui à mon sens est l’écho de notre époque…

Vehlmann et Duchazeau, Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès, collection Long Courrier, Éditions Dargaud, 2010, 72 pages

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