Existons-nous seulement dans le regard des autres ?

Existons-nous seulement dans le regard des autres ?

2 juillet 2010 par 

C’est la question à laquelle s’attarde l’auteure Marie Christine Bernard dans son dernier recueil, Sombre peuple, publié chez Hurtubise. À travers treize nouvelles (treize, « parce que ce chiffre fait peur pour rien »), elle montre qu’au fond, chaque individu est le marginal d’un autre.

La nouvelliste évoque les gros, les malades, les accros de la télé en leur peignant toujours quelque chose d’attachant, comme cet homme atteint du syndrome d’Asperger qui désire tant jouer à la princesse et se fait injustement accuser de viol ; cette femme à moitié sauvage qui s’éprend d’un esclave noir en fuite, ou encore ce philosophe hautain qui prend un plaisir fou à lire des romans à l’eau de rose...

Sombre peuple nous fait aussi prendre conscience de l’épaisseur du maquillage que nous mettons parfois pour plaire aux autres et de la rapidité avec laquelle nous les jugeons : « Elle devait se faire bourrer le crâne par la télé populaire avec ses modèles de prêt-à-vivre que proposaient les gourous modernes qui polluaient l’air du temps à grands jets de : mangez ceci, pas cela, pensez positif […] Du manger mou pour les cerveaux édentés. » (« Mots croisés », p. 17.)

Et cette marginalité, cette gratuité de jugement est l’affaire de tous les lieux et de toutes les époques dans l’ouvrage de Marie Christine Bernard. Elle propose d’ailleurs quelques clins d’œil à des personnages connus comme Louis-Seize (un homme meurt étrangement, le cou écrasé sous une fenêtre dans « Vie et mort de Louis-Seize Stone ») ; ou à la grenouille du conte « La princesse et la grenouille » en prenant soin toutefois de désamorcer le côté merveilleux du conte qui a bercé notre enfance : « Connaissez-vous l’histoire du crapaud métamorphosé en princesse ? Moi non plus. Je ne connais que celle du crapaud qui sera resté un crapaud. Je suis laide. » (« La crapote », p. 79)

Bref, Sombre peuple nous fait prendre conscience à quel point les humains, avides d’exister dans le regard des autres, accordent de l’importance à l’apparence et se servent trop souvent du malheur des autres pour « améliorer » leur cote de popularité. Mais cela n’est pas nouveau. C’est une histoire qui dure et qui dure, depuis nos premiers jours dans la cour d’école.

Notes:

Marie Christine Bernard a remporté le Prix le Prix France-Québec 2009 pour son roman Mademoiselle Personne. Marie Christine Bernard, Sombre peuple, Éditions Hurtubise, 2010, 200 pages
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