Dossier mystère

Dossier mystère

2 juillet 2010 par 

Voilà plusieurs dizaines d’années, Saïd Abu-Nahs dit avoir rencontré un extra-terrestre dans les catacombes de Saint-Jean-d’Acre. En 1976, plusieurs personnes sont coincées dans un immense embouteillage à Haïfa : selon des sources locales et internationales, l’embouteillage aurait été causé par une apparition extra-terrestre en plein midi. En 1996, deux OVNIS sont filmés lors de leur écrasement en Israël. Le mouvement raëlien veut aménager une base d’atterrissage à Jérusalem d’ici 2035. En 2009, un Israélien se rend au poste de police disant avoir reçu un message extra-terrestre qu’il doit transmettre aux autorités. Des extra-terrestres en Terre sainte ? Dossier mystère…

Envoyée spéciale du Mouton NOIR, je tente de déceler la présence extra-terrestre à travers les traces laissées à même le sol du Moyen-Orient. Rencontres du troisième type, extra-territorialité, voire aliénation, rien n’est exclu afin de mettre au jour quelques propositions sur la délicate question du rapport étranger au territoire.

Planter son drapeau

J’ai commencé mon enquête en demandant aux gens s’ils avaient connaissance d’une présence extra-terrestre sur le territoire. Je fus surprise d’entendre de toutes parts qu’ici, c’est rempli d’extra-terrestres, et qu’il suffit de regarder autour de soi pour en voir les manifestations. Comme les extra-lunaires ont planté un drapeau lorsqu’ils ont posé le pied sur le sol du satellite, il semble que les extra-terrestres font de même ici : ils plantent des drapeaux. Les drapeaux, comme les autres symboles nationaux, deviennent nécessaires pour unir les gens autour d’une histoire et d’une revendication commune. Or, cela implique de se délester de l’expérience intime pour s’élever vers le collectif.

Terre en vue

La question territoriale se trouve au coeur des nationalismes du conflit, mais ces derniers éloignent les habitants de la terre : l’espace est mis à distance par un ensemble de symboles. Plusieurs initiatives à fondement idéologique travaillent sur l’appropriation de l’espace (promenades en nature organisées par des organismes militants, valorisation du travail de la terre, toponymie, etc.), et le symbolisme lié à la terre est très fort (cartes icône, végétaux sacrés, monuments louangeant la conquête/déplorant la perte, etc.) Les représentations de l’espace sont omniprésentes ; il semble alors que la terre soit en vue parce que, précisément, personne n’est dessus.

Une ligne de temps

Fin XIXe : Naissance du sionisme en tant que mouvement politique visant l’établissement d’un État-Nation pour le peuple juif. [Mobilisation sioniste et immigration juive en Palestine.]

1916 : Accord franco-britannique divisant le Moyen-Orient en zones d’influence coloniales.

1917 : Déclaration de Balfour (britannique) supportant la création d’un « foyer national pour le peuple juif en Palestine ».

1920 : La Palestine tombe sous mandat britannique (établi par la Société des Nations (SDN)) [Immigration juive continue, tensions grandissantes entre la population palestinienne et les immigrants juifs, luttes armées localisées, etc.]

1947 : Les Britanniques perdent le contrôle et lèguent le problème à la SDN qui vote un plan de partage de la Palestine. [Début des hostilités qui mènent à l’expulsion et à la dépossession de 800 000 Palestiniens. Ceux-ci deviennent réfugiés à l’extérieur et à l’intérieur de la Palestine mandataire.]

1948 : L’État d’Israël est créé. Ses frontières seront les lignes d’armistice de 1949 qui tracent les contours de la Bande de Gaza (alors annexée à l’Égypte) et de la Cisjordanie (annexée à la Jordanie). [Essor du nationalisme palestinien chez les réfugiés.]

1967 : Israël conquiert la Cisjordanie et la Bande de Gaza (et le Sinaï égyptien – remis en 1979, et le Golan syrien – annexé en 1981), plaçant ses habitants sous une occupation militaire répressive.

1987 : Première Intifada (soulèvement populaire palestinien contre l’occupant).

1993 : Début d’une série d’accords (Oslo) visant l’établissement d’un État palestinien. [Échec d’Oslo pour plusieurs raisons : désaccords sur des sujets primordiaux, maintien de l’armée d’occupation, intensification de la colonisation israélienne des territoires occupés, etc.]

2000 : Deuxième Intifada

Le conflit : la quête de l’espace

Il est souvent tenu pour acquis qu’une nation est établie sur un territoire, la plupart des mouvements nationaux prenant naissance sur terre en fonction de l’identification nationale de ses habitants. Or, tout l’enjeu du conflit israélo-palestinien repose sur la question territoriale : qui l’habitera ? qui l’aménagera ?

Les deux nationalismes ont pris leur élan dans des conditions d’extra-territorialité ; c’est-à-dire que le sionisme, comme mouvement de masse, a pris ses racines en Europe, alors que le nationalisme palestinien s’est développé à travers l’exil, à travers la dépossession de la terre, au sein des masses réfugiées.

Le conflit peut être résumé comme la confrontation de deux aspirations nationales pour un même territoire : l’une sioniste, supportée par les grandes puissances, et l’autre palestinienne, frustrée par la mise en place d’un système répressif et ségrégationniste.

La perpétuation du conflit peut témoigner que l’identité du territoire n’est pas établie, et donc que les aspirations nationales qui le contemplent ne peuvent poser le pied à terre.

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