Quelques résultats d’une recherche sur la santé mentale des Québécoises au mitan de la vie et à la ménopause

Mitan de la vie : une étape délicate à traverser

Quelques résultats d’une recherche sur la santé mentale des Québécoises au mitan de la vie et à la ménopause

4 mai 2010 par 

Le 23 mars 2009, un volumineux rapport de recherche était déposé à l’Agence de la santé et des services sociaux du Bas-Saint-Laurent. Son titre : Des femmes parlent de leur santé mentale au mitan de la vie et à la ménopause. Étude exploratoire de besoins chez 12 femmes de 45 à 54 ans du Bas-Saint-Laurent1. Aux fins de cette étude qualitative, douze femmes de 45 à 54 ans sur trois territoires du BSL (Rimouski, Kamouraska, Témiscouata) ont répondu à un questionnaire fouillé quant à leurs histoires de vie et ont été rencontrées dans une entrevue en profondeur.

Il est impossible de résumer ici l’ensemble des résultats de cette recherche tant ils sont nombreux, complexes et multidimensionnels. Nous n’en retenons que quelques-uns. Certains déboulonnent des mythes qui ont encore la vie dure. D’autres nous révèlent des liens méconnus entre mitan de la vie2, ménopause et santé mentale. D’autres enfin nous font mieux connaitre le groupe des femmes dans la quarantaine et la cinquantaine à travers leurs dimensions psychologiques et spirituelles. Il faut savoir que ces résultats sont transférables chez un groupe similaire aux femmes sondées, au Bas-Saint-Laurent ou ailleurs au Québec.

Pour la majorité des participantes de la recherche, la ménopause n’a pas été retenue dans la liste des changements du mitan qui ont été importants pour elles. Seule une faible minorité de participantes (2/12) témoignent que la ménopause a eu un impact (négatif) sur leur santé mentale, notamment par le fait d’avoir été vécue en même temps que d’autres changements importants de leur mitan. Il faut donc démystifier et relativiser l’importance de la ménopause pour la majorité des femmes au mitan, non seulement comme un événement prépondérant de cette étape de leur vie –et focalisant toute leur attention –, mais aussi au niveau de son impact négatif sur leur santé mentale. Le mitan de la vie est fait de multiples changements et il est réducteur de confondre cette étape majeure et multidimensionnelle de la vie des femmes à l’unique événement–ménopause. Il s’agit là d’une construction participant aux rapports sociaux de sexe.

Par ailleurs, ce que l’on appelle le « syndrome du nid vide » n’a pas été expérimenté par la majorité des participantes. Seule une moitié des femmes du groupe-cible ont trouvé que le départ des enfants avait représenté un événement difficile pour elles. Et même si le départ des enfants n’a pas été facile à vivre pour ces femmes, celles-ci témoignent que ce fut de manière temporaire et surtout que cette difficulté n’aurait pas été des plus importantes comparativement à d’autres situations difficiles de leur mitan. Il faut donc relativiser et démystifier aussi l’importance du fameux « syndrome du nid vide » sur la santé mentale pour TOUTES les femmes au mitan. Comme pour la ménopause, il s’agit d’une construction sociale révélatrice des rapports sociaux de sexe qui enferment les femmes dans leur fonction reproductrice et dans un rôle unique, la maternité, et qui les conditionnent au mal-être psychologique lorsque ceux-ci se transforment.

Enfin, il faut retenir que les besoins d’autonomisation et de responsabilisation par rapport à soi-même sont les clés de voûte de la santé mentale des femmes au mitan. C’est dans le processus d’autonomisation que les participantes de notre étude déclarent le plus d’apprentissages à effectuer pour satisfaire leurs besoins de santé psychologique et spirituelle. C’est au mitan, à la suite de difficultés psychologiques, que ces femmes affirment commencer l’apprentissage de l’autonomie relationnelle. C’est au mitan qu’elles ont appris à se mobiliser concrètement afin de s’occuper de leurs besoins propres, afin de vivre par et pour elles-mêmes et d’être davantage présentes à elles-mêmes. Elles doivent donc effectuer ce nouvel apprentissage tout en maintenant des liens affectifs avec un entourage généralement habitué à leur disponibilité totale et permanente, à leur absence de territoire privé de même qu’à leur silence sur leurs besoins personnels. D’ailleurs, ce silence sur ses besoins propres et cette perte du moi ou du je de l’identité se trouvent au cœur de la dépression des femmes, quel que soit l’âge. La démarche d’accompagnement en psychothérapie s’est ainsi révélée, pour plusieurs des participantes de la recherche, un outil essentiel de reconstruction. Il faut s’inquiéter du fait qu’elles demandent de l’aide professionnelle trop tardivement, comme elles nous l’ont dit3. Il s’avère primordial qu’elles disposent également d’espaces de parole – comme dans les groupes ou dans les Centres de femmes – où elles puissent échanger, dans un climat de confiance chaleureuse, sur les principales questions qui les préoccupent au mitan, notamment le relationnel conjugal et familial et certaines thématiques spirituelles comme celle du sens de la vie. Un autre de ces outils pour elles – qu’elles identifient clairement et fortement – est le fait d’avoir un emploi rémunéré. Il faut donc prendre sérieusement en compte le besoin de travailler à l’extérieur dans un emploi rémunéré pour les femmes dans la quarantaine et dans la cinquantaine et son impact majeur sur leur santé mentale.

Le rapport se termine avec des indications concrètes sur les approches et les interventions spécifiques à privilégier au Québec – en regard de la santé mentale des femmes d’âge moyen – avec des recommandations qui s’adressent au réseau gouvernemental de la santé, au réseau communautaire et aux groupes de femmes.

Le mitan de vie s’avère une étape délicate, voire douloureuse à traverser pour un grand nombre de Québécoises. Selon les témoignages des participantes, le mitan représente même la période la plus difficile de leur vie. Les statistiques gouvernementales font état de taux alarmants de détresse psychologique, de dépression et de suicide chez les Québécoises d’âge moyen. Des chercheurs du MSSS (Ross et François, 2007) nous apprennent que dans l’ensemble de la population féminine québécoise, ce sont les femmes de 40 à 49 ans qui sont les plus nombreuses à se suicider.

Les résultats de cette recherche justifient amplement la nécessité de mettre en place une action préventive particulière pour faire face à la problématique spécifique de la santé mentale chez une population de femmes qui va en augmentant. En 2010, ce sont des milliers de Québécoises qui sont arrivées au mitan de la vie et qui requièrent des approches et des services mieux adaptés à leurs besoins.

Notes: 1.    Marjolaine Péloquin est l’auteure de cette recherche. Historienne et andragogue de formation, elle est engagée dans le mouvement des femmes québécois depuis plus de 40 ans. En 2007, elle a publié le livre En prison pour la cause des femmes. La conquête du banc des jurés aux Éditions du remue-ménage. 2.    Le mitan de la vie se situe entre plus ou moins 40 ans et plus ou moins 65 ans selon les auteurs. 3.    Il est courant d’entendre que les femmes ont plus de facilité à demander de l’aide professionnelle au niveau de leur santé mentale. Cette assertion  est démentie par une majorité des participantes de notre étude.

Pour la majorité des femmes au mitan de la vie et en bonne santé, la ménopause ne provoque pas de conséquences négatives sur leur santé mentale. Ce qui est relié à la dépression des participantes durant la période ménopausique, c’est : -    leurs conditions de vie avant et pendant le mitan (notamment la pauvreté et la violence) ; -    les rôles et les responsabilités que les femmes assument tout au long de leur vie et particulièrement au mitan, avec la prise en charge de proches ; -    les changements propres au mitan et plus particulièrement au mitan des femmes : -    les changements événementiels et physiques propres au mitan des femmes et en particulier le CUMUL de situations difficiles et d’événements stressants dans une période de temps relativement courte ; -    les changements psychologiques propres au mitan des femmes : l’impact des six enjeux psychologiques du mitan et de certaines conditions psychologiques particulières sur les patterns développementaux spécifiques aux femmes et à leurs expériences. Le mitan de la vie est une période majeure de transition qui se caractérise par des enjeux psychologiques spécifiques, communs aux deux sexes. Voici les enjeux « universels » qui expliquent – avec les événements de vie – la poussée de croissance du mitan : un nouvel éclairage sur son temps individuel ; une prise de conscience de la finitude de sa vie et de sa propre mort ; une prise de conscience des limites de son corps ; un mouvement de retour sur soi ; un réaménagement de son identité personnelle et sociale comme femme et homme du mitan ; une nouvelle lecture du sens de sa vie et une réorganisation de sa structure de vie. Mais pour comprendre comment ces enjeux psychologiques peuvent s’avérer particulièrement lourds pour les femmes, il faut voir qu’ils sont vécus à travers certains changements événementiels caractéristiques du mitan féminin, changements qui se révèlent en fait des situations extrêmement stressantes qui se conjuguent souvent à des conditions de vie difficiles, propres aux femmes. Pour la majorité des 12 participantes de la recherche, la presque totalité des changements événementiels du mitan ont représenté des situations difficiles ! Or, elles nous disent aussi que c’est plus précisément le CUMUL de ces changements/situations difficiles dans un laps de temps assez court qui a provoqué leurs difficultés de santé mentale au mitan. Voici les situations difficiles principalement vécues qui ont eu un impact majeur sur leur santé mentale : la mort de proches aimé(e)s ; la prise en charge de proches malades et/ou âgé(e)s ; une diminution de revenus et la pauvreté ; des difficultés relationnelles avec les enfants devenus adolescents et surtout dans leur couple ; et enfin les problèmes de santé psychologique et surtout physique.

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