Protégeons l’espèce humaine, s.v.p.

Protégeons l’espèce humaine, s.v.p.

5 mai 2010 par 

Je suis un animal philosophe. Animal, c’est une évidence ; philosophe, c’est une tentative. Mais ce qui est sûr, c’est qu’en tant qu’animal autant que comme philosophe putatif, je suis partie prenante de la nature et de la vie.

Je suis athée aussi. Je ne fais ni de Dieu ni de la biodiversité une religion. L’évolution de la nature nous montre que l’espèce humaine a multiplié les divergences (je ne dirai pas seulement les adaptations, comme Darwin, qui ne suffisent pas à expliquer ce que nous sommes devenus), au point où nous parlons aujourd’hui d’anthropocène pour souligner le fait que notre activité a désormais un impact majeur sur notre planète, une signature plus marquante même que les changements géologiques, voire météorologiques, que nous inversons éventuellement. Ainsi, nous apprenons que, selon le cycle solaire et notre position sur l’ellipse que nous parcourons autour de notre étoile, nous serions en période de refroidissement, que nos émissions de gaz à effet de serre compensent au point de créer un réchauffement de notre planète.

Bien honnêtement, je ne me battrai pas pour sauver les moustiques, qui m’exaspèrent et qui tuent des millions d’humains. J’essaierai de sauver le croassement des grenouilles et le chant des oiseaux autrement. J’accepte parfaitement que notre espèce soit devenue une sorte de tête chercheuse de l’évolution naturelle et qu’elle contribue à sa direction. Sans ignorer le principe de prudence qui nous incite à nous méfier des effets pervers à long terme imprévisibles de nos initiatives (manipulations génétiques, OGM, grands barrages, etc.), je nous prends, nous, êtres humains, pour des créateurs fascinants. Aimer, célébrer la nature, comme je me surprends souvent à le faire, cela ne signifie pas nous aliéner dans une croyance irrationnelle. Ainsi, notre destin humain dépend pour beaucoup de notre capacité à instaurer une éthique planétaire, qui constitue l’une de nos valeurs ajoutées potentielles à la loi naturelle, ignorante du bien et du mal. C’est en cela, par exemple, que nous divergeons au sein de la nature.

La biodiversité semble constituer l’un des paramètres inhérents à la nature : elle invente constamment de nouvelles combinaisons génétiques, elle foisonne selon toutes sortes de scénarios les plus étonnants. Nous en sommes l’un des effets les plus spectaculaires. Contrairement à la tradition, je n’oppose pas nature et culture, ni nature et technologie. Notre humanisme est fondé sur le croisement de toutes ces interprétations de notre rapport au monde. Et lorsque nous la détruisons abusivement, nous voyons que la nature est capable d’une résilience incroyablement rapide, au point d’effacer toutes traces de nos créations aussi bien que de nos crimes contre nature en quelques décades ou quelques millénaires.

Ce qui est à mes yeux majeur dans notre comportement d’animal humain, c’est notre conscience des effets à long terme de nos actes et de nos responsabilités. Voilà une attitude que nous ne retrouvons pas dans la nature géologique, mais déjà chez beaucoup d’espèces vivantes, prévoyantes de l’hiver, de la sécheresse, du maintien de leurs réserves vivantes de nourriture. Plus notre pouvoir instrumental grandit, de façon exponentielle  depuis deux siècles, et encore davantage à l’âge du numérique, plus notre responsabilité devient cruciale. Mais il semble que notre cerveau n’évolue pas assez vite pour faire face à un tel défi. Depuis le néolithique, il ne paraît pas avoir beaucoup progressé et nous usons plus de notre nouveau pouvoir pour satisfaire notre instinct de puissance (cyberprométhée) que pour exercer notre sagesse. Il est désormais nécessaire que notre cerveau mute – ce ne sera pas la première fois dans notre évolution que nous connaîtrons une mutation majeure, depuis que nous sommes descendus des arbres et que nous nous sommes redressés pour marcher. Voilà donc une nouvelle divergence à l’horizon. Elle est nécessaire pour assurer la survie de notre espèce, qui est certainement menacée d’extinction aujourd’hui en raison de sa propre folie. Nous sommes un acteur clé et un symbole de la biodiversité. Ne détruisons pas l’espèce humaine… Quoi qu’en disent les gourous stupides de la postmodernité, nous avons encore besoin d’elle pour… vivre.

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