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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

«Homme libre toujours tu chériras la mer!»(1)

«Homme libre toujours tu chériras la mer!»(1)

5 mai 2010 par 

Depuis la nuit des temps, l’homme vénère et chérit la mer. La crainte et le respect sont les sentiments qu’il ressent à son égard. Il a besoin d’elle et de ses ressources.

« Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes »

Sous ce semblant d’espace infini, l’homme part à la recherche de réponses à ce « territoire du vide ». Sa curiosité le pousse à sonder le fond des océans, afin de repousser la barrière de l’inconnu.

« Et cependant voilà des siècles innombrables Que vous vous combattez sans pitié ni remord »

Malgré son impétuosité, la mer est source d’abondance depuis des siècles. L’homme y a prélevé de quoi se nourrir sans modération, en pensant que ses ressources étaient infinies. Il y a déversé son mode de vie, en pensant à ce grand réservoir où tout disparaît.

« Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! »

De par les océans, de par les mers, les pôles sont un des milieux où la vie doit se battre, avec toute sa volonté pour survivre. Malgré la profusion de produits de la mer que les pôles fournissent, ce n’est qu’avec courage que l’homme a pu s’adapter à ces milieux extrêmes. Les Amérindiens furent les premiers à habiter ces terres difficiles que sont les côtes du Saint-Laurent. Entre les baleines, les poissons, les crabes et les vers, le Saint-Laurent recèle suffisamment de diversité biologique pour agrémenter légendes et mythes. Le conte de Sedna, une jeune Inuit aux yeux bridés, raconte la naissance des animaux aquatiques. De ses doigts coupés par la hache de son père naquirent baleines, ours, phoques, saumons, etc. Sedna, devenue déesse de la mer, surveille farouchement les trésors marins les entourant. Les angoisses sont symbolisées par la création d’esprits maléfiques.

De cette peur de l’inconnu, l’homme occidental a développé un imaginaire fabuleux et mythologique. De ce bord de l’Atlantique, deux monstres marins sont principalement présents. Les pêcheurs ainsi que les grands voyageurs ont rapporté l’existence du grand serpent de mer et de la sciegouine. Le grand serpent de mer a été aperçu à travers tous les océans : otarie géante, cheval marin, ceinture de Vénus, multibosses, scolopendre aquatique, superloutre, varan géant, toutes ces espèces réelles ou fantasmagoriques sont les réponses que les cryptozoologistes ont trouvées à sa présence planétaire. La scigouine a, quant à elle, été aperçue du côté des îles Mingan. Sur tout le dessus du corps, ce poisson est couvert de dents. Il est capable de scier le bois comme le fer. Les peurs représentées ainsi nous paraissent loufoques et hors de toute conscience scientifique, mais rappelons que la photographie n’existait pas et que la parole avait valeur de preuve surtout pour les pêcheurs.

Au XVIIIe et XIXe siècle, les expéditions se multiplient : le Challenger, le La Pérouse, le Pourquoi Pas, etc. Les bateaux se retrouvent occupés par d’éminents scientifiques partis à la recherche de diversités exotiques. Les naturalistes font preuves d’un souci du détail et d’objectivité dans leurs dessins, mais dans la compréhension de la biologie, une certaine candeur demeure. La nouveauté est comparée au terrestre connu. L’anémone du littoral est une ortie ; elle pique et n’est pas comestible. L’oursin, avec ses piquants, est un hérisson de mer ; plusieurs espèces sont recensées dont l’oursin dit la mère des hérissons parce qu’il est le plus grand de tous. Petit à petit, les découvertes et les avancées technologiques révèlent le microscopique étrange et le profond monstrueux. L’homme n’a plus qu’à puiser son imaginaire dans les bizarreries de Dame Nature ; il suffit d’aller jeter un coup d’oeil du côté du Saint-Laurent pour en observer.

Le Saint-Laurent recèle d’un monde extrêmement diversifié. De la zone de balancement des marées aux grandes profondeurs, d’un milieu d’eau douce à une eau océanique, la diversité des milieux offre des possibilités innombrables de combinaisons biologiques. Un total de 2 200 espèces benthiques (vivant sur ou dans le fond), de 133 espèces de poissons et de 19 espèces de cétacés a été recensé.

Cet univers de beauté silencieuse est menacé. Après avoir tant profité de lui, l’homme voit sa beauté disparaître en murmurant. Il l’observe alors d’autant plus près…

Notes: 1.    Les vers cités dans ce texte sont tirés du poème « L’homme et la mer » de Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal. L’auteure est étudiante à la maitrise en océanographie au laboratoire d’écologie benthique de l’ISMER à l’UQAR. Avec la participation de Gwenaëlle Chaillou.
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