Gentilly-2, Pointe Lepreau et le 
Traité sur la non-prolifération 
des armes nucléaires

Gentilly-2, Pointe Lepreau et le 
Traité sur la non-prolifération 
des armes nucléaires

4 mai 2010 par 

Lors d’une entrevue réalisée le 18 mars à l’émission de Christiane Charette sur la Première chaine de Radio-Canada, l’imminente rencontre internationale à propos du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) a été abordée par le professeur de sciences politiques Michel Fortmann de l’UQAM. Lors de cette entrevue, le professeur a précisé que lors des discussions sur le TNP qui auront lieu en mai prochain, tous les pays utilisateurs de la technologie nucléaire seront invités à y participer. Il a également précisé qu’à l’ordre du jour de cette rencontre sera abordée la nécessité de sécuriser tous les matériaux « fissiles » (susceptibles de subir une fission nucléaire) que l’on peut retrouver sur les sites nucléaires, militaires et civils.

Les implications du TNP sur l’éventuelle réfection ou déclassement des réacteurs nucléaires G-2 et Pointe Lepreau

En plus de mettre en évidence les liens potentiels entre l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins civiles et militaires, la nécessaire sécurisation de tous les matériaux « fissiles » confirme que de nouvelles normes internationales en réglementent désormais la possession et que les promoteurs du nucléaire devront en prendre bonne note. Cela implique que les adhérents à la filière nucléaire devront désormais investir des sommes importantes pour sécuriser l’ensemble de leurs sites. Les réacteurs nucléaires civils ainsi que toutes les infrastructures de gestion intérimaire et permanente des déchets radioactifs devront se conformer à ces nouvelles normes de sûreté et de sécurité. Au Québec et dans le monde, cela aura pour effet d’augmenter substantiellement la facture de tous les nouveaux projets de construction, de réfection et de déclassement des réacteurs nucléaires civils utilisés tant pour la production d’électricité que pour la recherche ou la production d’isotopes à des fins médicales. Le gouvernement du Québec et Hydro-Québec ne pourront pas éviter les nouvelles règles du jeu que le climat d’insécurité international relatif à l’utilisation de la technologie nucléaire exige. Ces faits confirment la thèse développée par le Mouvement Sortons le Québec du Nucléaire (MSQN) qui soutient depuis quelques années déjà que l’application des nouvelles normes internationales en matière de sécurité et de sûreté nucléaire créera beaucoup de travail sur les sites nucléaires y compris dans les scénarios de déclassement de réacteurs. Il est temps que les autorités civiles (ex : M. Richard, maire de Bécancour), les représentants de l’État (ex : Mme Normandeau) et la FTQ cessent de brandir la menace des pertes d’emplois dans le cas où le Québec privilégierait le déclassement de la centrale nucléaire de G-2 à sa réfection. De plus, il est maintenant évident que les coûts associés à la réfection de G-2 et de Pointe Lepreau devront inévitablement être revus à la hausse. En effet, selon les nouvelles normes internationales, non seulement la réfection des réacteurs G-2 et Pointe Lepreau devra  inclure les dépenses associées à ce nouveau contexte, mais l’évaluation indépendante des coûts afférents à la gestion intérimaire et permanente de toutes les infrastructures de confinement de leurs déchets radioactifs, combustible irradié et autres, devra également être réévaluée à la hausse. Hydro-Québec et Mme Normandeau ne peuvent plus prétendre que le projet de réfection de G-2 se chiffrera à 1,9 milliard de dollars. Les travailleurs de la FTQ n’ont plus à s’inquiéter d’une perte de leurs emplois dans le cas d’un abandon du projet de réfection/reconstruction du réacteur de G-2 au bénéfice d’un projet de déclassement. Dans ce nouveau contexte, la ministre Normandeau se doit d’exiger dès maintenant une réévaluation indépendante des impacts économiques et technologiques associés tant à la réfection de G-2 que de Pointe Lepreau, ainsi qu’à leur déclassement respectif, inévitable. Cet exercice de mise à jour des évaluations économiques antérieures devra également intégrer la sécurisation complète des sites de G-2 et de Pointe Lepreau. Pour les nucléomanes, beaucoup de travail à l’horizon et pour des décennies. Pour les citoyens, une facture intergénérationnelle salée. Monsieur Charest, vite, reprenez le volant des affaires de l’État. Tout bon conducteur sait utiliser les freins lorsque nécessaire. Par mesure de sûreté et de sécurité, il est temps de confirmer la fin de l’utilisation de la filière nucléaire au Québec et au Nouveau-Brunswick, et d’en promouvoir la sortie progressive dans le reste du Canada et dans le monde.
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