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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Pour un bac en Arts à l'UQAR!

Pour un bac en Arts à l'UQAR!

19 mars 2010 par 

Depuis quelques années, l’Est du Québec connaît un étonnant foisonnement au niveau culturel. Comme toujours lorsqu’on a goûté à la diversité, on aurait tendance à en redemander – plus de troupes de théâtre, de compagnies de production. Cependant, une attitude prudente soulignerait la nécessité de consolider les acquis (infrastructures adéquates, rétention des artistes dans la région, éducation des publics, etc.) – et ainsi assurer une relève à tout ce beau monde. Qui pense relève pense éducation, puisque c’est souvent là que tout débute… On ne peut donc s’empêcher de penser que l’une des façons de professionnaliser et de retenir les artistes en région – et idéalement d’attirer de nouveaux venus désirant s’établir ici – serait une formation postcollégiale dans l’Est du Québec, à un bac en Arts à l’UQAR.

C’est un peu dans cette perspective de développement de la relève que le Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent a publié, en 2008, un recensement des artistes d’ici – leur niveau de scolarité et besoins en terme de formation postsecondaire. On y apprend entre autres que 94 % d’entre eux (53 % des artistes professionnels) ont une formation universitaire reliée à leur domaine – effectuée à l’extérieur de la région – et qu’ils souhaiteraient poursuivre leurs études à un niveau supérieur si celles-ci étaient disponibles localement.

Ces résultats ont été présentés à l’UQAR, qui aurait bien reçu l’étude en question... Les professeurs du département de Lettres se seraient même fait talonner par la direction afi n de travailler à la mise sur pied d’un programme en Arts – ce qu’ils auraient refusé faute de ressources compétentes. En bref, on voulait un programme et une clientèle avant d’engager des ressources humaines en Arts… Le Conseil de la culture s’est donc vu mandaté afin de mobiliser les intervenants locaux : la demande devait venir du milieu, d’un comité qui devra définir la pertinence d’un programme artistique et faire la démonstration d’une clientèle qui assurera son financement.

Il faut rappeler que l’UQAR a tenté, dans les années 90, d’offrir un certificat en Arts. Un seul des trois profs est toujours en poste – Roger Langevin, sculpteur bien connu dont on a inauguré, il y a quelque temps, l’École de sculpture monumentale. Langevin, avec la générosité qu’on lui connaît, y donne une nouvelle formation de premier cycle en sculpture monumentale en plus des cours d’arts plastiques aux étudiants du bac en enseignement. Force est de constater que l’UQAR n’a plus les ressources d’une équipe élargie pour travailler à la création d’un nouveau programme de bac en Arts, un processus d’une durée de deux ans qui mobilise, habituellement, les énergies de plusieurs personnes…

C’est ainsi qu’un comité composé de dirigeants d’OBNL et du Conseil de la culture a rencontré la haute direction de l’UQAR, en 2008. Le comité est sans nouvelles depuis, l’Université attestant divers mouvements de personnel ayant retardé l’avancement des travaux. Même si le projet de bac en Arts ne fait sans doute pas partie des priorités de l’institution, le milieu culturel espère une réelle écoute de ses besoins.

« On dirait qu’au plan de la formation, il y a peu de reconnaissance des retombées économiques des arts dans la communauté », souligne Sarah Landry, agente de développement du Conseil de la culture. « On manque de travailleurs culturels dans la région, la plupart des nouveaux postes sont comblés par des jeunes venant de l’extérieur ».

Même son de cloche pour Virginie Chrétien, directrice du centre Caravansérail : « Rimouski ne génère pas son lot de professionnels de la culture pour se dynamiser. Ça fait des trous quand quelqu’un part. »

« Le bac en Arts, pluridisciplinaire sans doute – comme celui de l’UQAC (Chicoutimi), c’est le chaînon manquant, ici », renchérit Claude Fortin, directeur de Paraloeil et président de la coopérative Paradis. « Ça viendrait faire le pont entre l’art et le métier d’artiste, mais aussi fournir au milieu son lot de travailleurs culturels, d’enseignants en art au cégep… Par contre, il faut souligner la création récente de l’attestation d’études collégiales en techniques de réalisation documentaire, au Cégep de Rivière-du-Loup. Mais c’est sûr qu’un A.E.C. a ses limites. De toute façon, un bac et même une maîtrise, c’est une nécessité aujourd’hui. »

Pour Virginie Chrétien, elle-même issue de l’université saguenéenne, région où elle a habité six ans, « le Saguenay ne serait pas ce qu’il est sans le bac en Arts, avec ses cinq centres d’artistes, ses nombreux artistes professionnels et ses créateurs qui s’y rendent en résidence de création ».

Faut-il donc prendre pour modèle le bac multidisciplinaire de l’UQAC, opter pour un bac en Arts médiatiques, puisqu’il s’agit déjà d’une force vive du milieu ? Virginie Chrétien estime que « l’UQAR pourrait créer un programme où l’art croise d’autres champs de recherches spécifiques à la région, par exemple un bac en Arts avec mineure en biologie ». Originaire de la Gaspésie, la jeune artiste a choisi d’étudier à l’UQAC puisqu’il s’agissait d’une université en milieu rural, l’un des points forts de ses recherches personnelles. « Mais je serais venue à Rimouski si le programme avait existé à l’UQAR. »

Les bases sont là, dans le milieu culturel de même que dans les cégeps. Car même si au niveau collégial les départements d’arts ont tendance à fusionner avec d’autres programmes (au Cégep de Gaspé, entre autres), les profs des cégeps régionaux accueillent favorablement un tel projet : « Il faut penser en terme de développement régional, dans une perspective globale, ancrée dans la réalité », explique Denise Lizotte, enseignante en arts plastiques à La Pocatière. « Ce serait formidable qu’il existe un bac en Arts à l’UQAR – on pourrait faire des liens avec les arts médiatiques – et ça viendrait boucler la boucle avec le Conservatoire et le bac en Lettres, à Rimouski. »

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