Les dangers de la centrale nucléaire Gentilly-2

URANIUM

Les dangers de la centrale nucléaire Gentilly-2

11 mars 2010 par 

Plusieurs années après Tchernobyl, le lobby nucléaire a recommencé à s’activer, répétant partout que le nucléaire est une bonne source d’énergie dans un contexte de réchauffement climatique, car elle n’émet pas de gaz à effet de serre. Mais cette affirmation est fausse quand on considère le cycle complet de cette industrie (extraction minière et traitement de l’uranium, transport, construction en béton et en acier de réacteurs, de piscines et d’entrepôts temporaires pour les déchets radioactifs, etc.)

Affirmer que le nucléaire est une énergie propre et une énergie d’avenir constitue également une aberration. Bien sûr, creuser des mines d’uranium et construire des réacteurs génèrent des emplois. Mais combien d’emplois et surtout, à quel prix pour l’ensemble de la société, l’environnement et les générations futures ? Ce qui est le plus durable dans l’industrie nucléaire, c’est l’incroyable longévité de la nocivité des produits radioactifs qu’elle crée de toutes pièces (césium-137, strontium-90, plutonium-239, etc.), des produits toxiques qui n’existaient pas sur Terre auparavant. Quand on parle du problème des déchets nucléaires, c’est de cela qu’il est question. Aucun matériau n’est assez résistant pour contenir ces déchets jusqu’à ce que leur radioactivité ait suffisamment décru pour ne plus être dangereuse.

Et si on parlait des problèmes d’ingénierie et des coûts ? Saviez-vous qu’aucun réacteur CANDU, la technologie nucléaire canadienne, n’a fonctionné durant les 30 ans prévus ? Ils ont tous eu des ennuis techniques. En moyenne, chaque CANDU a produit de l’électricité pendant moins de 20 ans et le record sera atteint par Gentilly-2 en 2011, avec 28 années de service truffées d’arrêts pour problèmes techniques. Les réacteurs rénovés ont duré moins longtemps encore, ce qui se répercute inévitablement sur leur production d’énergie et leur rentabilité. Le réacteur Pickering-4, en Ontario, n’a fonctionné que trois ans malgré des dizaines de millions de $ d’investissement en rénovations.

Compte tenu de ces faits, la décision d’Hydro-Québec et du gouvernement Charest de rénover Gentilly-2 est insensée. On parle ici d’un projet de 1,9 milliard de $ qui risque de coûter bien davantage à la fin de sa reconstruction. Et c’est sans considérer les énormes frais de gestion des déchets hautement radioactifs déjà accumulés à Bécancour (2,5 milliards de $ pour 2500 tonnes), des frais qui doubleront si on y ajoute le coeur du vieux réacteur découpé en morceaux et les futurs combustibles usés que la prolongation de la durée de vie de Gentilly-2 produira inévitablement. Quand on pense qu’Hydro-Québec compte en plus acquérir un second réacteur CANDU via l’achat d’Énergie Nouveau-Brunswick, le réacteur de Pointe Lepreau actuellement en rénovation…

Ces travaux de rénovation de Pointe Lepreau connaissent de nombreux ratés. Les experts d’Énergie atomique du Canada, les spécialistes des CANDU, avaient certifié qu’ils savaient ce qu’ils faisaient dans ce dossier et que tout irait bien, ce qui n’a pas été le cas. Le coeur du réacteur de Pointe Lepreau dégage un niveau de radioactivité mortel. Les travaux se font donc à distance avec 45 appareils différents, dont plusieurs comportent des défauts de conception et de fabrication. La rénovation de Pointe Lepreau qui devait durer 18 mois en nécessite finalement le double, ce qui coûte très cher aux contribuables de cette province.

De plus, bien qu’ils travaillent dans un endroit protégé, les ouvriers qui procèdent à son démantèlement portent sur eux des appareils de mesure (dosimètres) qui transmettent le niveau de radioactivité ambiant aux quatre secondes. Cela témoigne du danger bien réel de cette technologie.

Comment croire que la rénovation de Gentilly-2 se fera sans anicroches avec le précédent de Pointe Lepreau ? Surtout quand on sait que les dépassements de coûts constituent la norme dans cette industrie. Maints projets nucléaires ont coûté le double ou le triple des estimés de départ dans plusieurs pays (Finlande, Canada, États-Unis, Japon).

On omet aussi de nous dire que les réacteurs CANDU comportent des défauts techniques pouvant gravement compromettre notre santé. Leur fonctionnement contrevient aux normes de sécurité les plus récentes de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), l’organisme chargé d’assurer notre sécurité en matière d'énergie nucléaire. Les réacteurs CANDU sont sujets à l’emballement si un de leurs 380 tubes de force éclate. Cette situation peut dégénérer en explosion de vapeur et en fusion du coeur du réacteur comme lors de l’accident de Three Mile Island, le 28 mars 1979. La CCSN a reconnu ce problème dans un rapport de 268 pages en août 2009. Or, l’accident de Three Mile Island a nécessité l’évacuation rapide de 250 000 personnes, en plus de coûter 5 milliards de $ aux Américains.

Ce n’est pas pour rien que plusieurs opposants à la rénovation de Gentilly-2 se sont présentés à l’Assemblée nationale, le 26 novembre dernier, afin d’alerter l’opinion publique des dangers du nucléaire au Québec. Certains d’entre eux vivent à proximité de cette centrale, ce qui en ferait les premières victimes en cas d’explosion. Ces gens sont également exposés aux rejets de tritium considérables des réacteurs CANDU.

Le tritium, c’est de l’hydrogène devenu radioactif. Il prend la place de l’hydrogène (H) dans l’eau (H2O) et peut ainsi pénétrer notre corps, de même que celui de tous les êtres vivants dont on se nourrit (céréales, fruits, légumes, vaches laitières, etc.) Le tritium est une substance cancérigène et mutagène. Au cours d’une séance d’information publique à Bécancour, le 28 janvier 2009, une représentante de la CCSN a affirmé que Gentilly-2 émet dans l’environnement 1,5 curie de radioactivité par année, un niveau jugé sécuritaire par l’industrie nucléaire canadienne. Mais des mesures effectuées de 1994 à 2003 ont révélé que la centrale de Bécancour relâchait beaucoup plus de tritium que cela. En moyenne, Gentilly-2 a émis chaque jour 14,7 curies dans l’atmosphère sous forme de vapeur d’eau « enrichie » en tritium et 21 curies dans le Saint-Laurent sous forme liquide. Cela représente 8600 fois plus de tritium radioactif que les chiffres officiels ! Comment faire confiance à cette technologie avec de tels rejets ? Surtout que nous ne pouvons pas nous en protéger, les particules radioactives étant minuscules, inodores et invisibles.

Rappelons enfin que les experts n’ont toujours pas trouvé la solution miracle pour gérer les déchets hautement radioactifs accumulés jusqu’ici. Leur toxicité est telle qu’ils doivent être confinés dans des réservoirs étanches durant des milliers d’années pour ne pas compromettre la santé de nos enfants et des générations suivantes. Imaginez les difficultés techniques et la facture à long terme de cette décision de rénover Gentilly-2. Barack Obama vient d’abandonner un projet d’entrepôt de ce type de déchets dans son pays, malgré 30 ans d’études et des investissements de 10 milliards de $ (le projet Yucca Mountain). Transporter ces déchets à travers les États-Unis comporte trop de risques.

Hydro-Québec et le gouvernement Charest doivent changer de cap. À l’heure des changements climatiques et du développement durable, choisir la voie du nucléaire constitue une grave erreur. Une erreur qui laissera un héritage durablement toxique pour de nombreuses générations.

* Auteure de Avez-vous peur du nucléaire ?, Éditions MultiMondes, 2009.

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