Chronique contemporaine de morsures à vif (janvier-février 2010)

Chronique contemporaine de morsures à vif (janvier-février 2010)

19 décembre 2009 par 

Géographie

Un roi nègre est une personne, généralement docile et peu portée à l’analyse, que le colonisateur met en place pour gagner la confiance du peuple, pour ensuite le soumettre à ses désirs de conquérant, d’envahisseur. Des rois-nègres ont été « intronisés » par les colonisateurs britanniques quand ils ont envahi certaines régions de l’Afrique – celles qui, par le plus grand des hasards, regorgeaient de diamants et/ou d’autres ressources enrichissantes. Mais l’expression roi-nègre n’a que peu à voir avec la couleur de la peau. Au Viêt Nam, les roi-nègres des Américains avaient la peau plus jaune que noire et quand ils s’avisaient de réfléchir à la situation, il leur arrivait vite quelque chose de fâcheux. Une mine est si vite échappée et un occident, si vite arrivé.

Et s’il y a des rois-nègres, qu’on peut aussi appeler des hommes de paille, il y a aussi, mais plus rarement, des femmes de paille ou reines-négresses.

Culture et colonisation

La Gaspésie a maintenant sa reine-négresse en la personne de madame Nicole Appleby, maire de New Richmond. Qui plus est, celle-ci n’a pas attendu que le colonisateur la mette en place, elle est elle-même allée le quérir à Québec. Après avoir cavalièrement mis aux orties la corporation de diffusion de spectacles de la Baie-des-Chaleurs et réduit drastiquement les activités de diffusion de la salle de spectacles régionale, voici que la madame est allée demander au maire Régis Labeaume et à son grand manipule-tout du Festival d’été et des Fêtes du 400e, Daniel Gélinas, de venir étendre leurs activités à New Richmond durant quatre jours, en pleine fin juillet. La madame a fait cela sans consulter qui que ce soit parmi les gens qui s’échinent, depuis des années, dans des conditions, disons, culturelles, à programmer des activités d’animation et de diffusion de spectacles en Gaspésie. La madame, connue comme étant aussi subtile qu’une débrousailleuse, n’en est pas à ses premières frasques, ayant été, des années durant, l’attachée politique du député de Bonaventure, Gérard D. Lévesque – notez ici les vertus éducatives de cette chronique, qui apprend soudain à ses jeunes lecteurs de quel personnage s’inspire le nom de Gérard D. Laflaque.

Vous pensez bien que Supermayor Labeaume, tenant à bout de bras son Daniel Gélinas, s’est précipité sur le tapis rouge que lui déroule le maire Appleby. « Nous sommes solidaires, ici à Québec, avec les régions. Nous sommes très heureux de partager notre savoir-faire et nous espérons contribuer au rayonnement national et peut-être même international de cette région », ont fredonné en chœur Labeaume et Gélinas, sous l’œil humide d’Appleby.

On a annoncé en grandes pompes que l’événement, qui « en mettra plein la vue » aux Gaspésiens, disposerait d’un budget d’un million de dollars. On applaudit; la Gaspésie peut compter sur la vision et la magnanimité du maire de Québec et sur la servilité du maire de New Richmond pour assurer son développement culturel. Bien sûr, il est plus facile de jouer au roi lançant des écus aux paysans quand les écus viennent d’une autre poche, plus haut placée. Le million en question viendrait, nous a-t-on dit, d’un programme de Développement économique Canada (DEC), dont les objectifs visent à allonger la saison touristique. Ou bien le DEC se fait rouler dans la farine et passer à la casserole – ce qui ne serait pas une première – ou bien le triumvirat Appleby-Labeaume-Gélinas a développé un nouveau concept : l’allongement par l’intérieur, puisque le Festival d’été de Québec à New Richmond se tiendra en pleine saison touristique, pendant les vacances de la construction, en même temps qu’un festival à Bonaventure et quelques jours avant le Maximum Blues, à Carleton. Déjà, la ville de Gaspé a dû déplacer son spectacle annuel qui souligne le passage de Jacques Cartier – qui est allé, ensuite, à Québec! – pour laisser la place au festival de New Richmond. Vous avez dit concertation?

Quelques questions : qui recevra l’argent pour ces quatre jours d’événements – pour qui le Festival d’été de Québec dit n’être qu’un sous-traitant – et où sera-t-il dépensé? Dans des bureaux et des grosses entreprises de location d’équipement technique de Québec? Qui récoltera les recettes de billetterie? En somme, qui bénéficiera vraiment de cet événement?

Les gratteux de fonds de poubelle des radios charognes de Québec s’en donnent déjà à cœur joie contre les Gaspésiens qui osent, horreur, se plaindre du comportement de bulldozer des Appleby, Labeaume et Gélinas. « Ils voient petit et nous voyons grand! », a même persiflé Daniel Gélinas.

Personne ne se plaint qu’un festival culturel d’envergure s’installe en Gaspésie et tout le monde reconnaît la qualité et l’expertise des gens du Festival d’été de Québec. Cette association peut être fructueuse. Tout est dans la manière. L’implantation d'un événement doit se faire dans le respect des acteurs en place et des initiatives déjà existantes dans le milieu. Mais pour cela, il faut au moins savoir que la Gaspésie n’est pas un désert.

Il y a quelques semaines, le maire Labeaume était en furie contre les maestro ès festivals de Montréal, les sieurs Simard et Ménard, qui avaient osé déplacer leurs Francofolies en juin, avant son Festival d’été. Quand on leur fait remarquer qu’ils empiètent un peu de la même manière sur les plates-bandes des diffuseurs artistiques gaspésiens avec leurs gros sabots, les gens de Québec répondent : « C’est pas pareil! ».

Bien sûr, ce n’est jamais pareil quand on est les fautifs.

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