L’auteur de Pierre-Luc à Isaac à Jos

Entrevue avec Cédric Landry

L’auteur de Pierre-Luc à Isaac à Jos

7 novembre 2009 par 

Montage_CedricLandry

Pour ses « 20 ans d’amours publics », le Théâtre du Bic propose en novembre Pierre-Luc à Isaac à Jos, une pièce de Cédric Landry qui a reçu, à l’été 2008, un accueil fort chaleureux. Pour l’occasion, Le Mouton Noir a rencontré l’auteur de la pièce, cet homme de théâtre autodidacte originaire des Îles-de-la-Madeleine. Dramaturge, comédien, metteur en scène et cofondateur du Théâtre l'Exil, Cédric Landry a reçu en 2006 le Prix de la relève artistique du Bas-Saint-Laurent. Passionné de son métier, il nous amène ici au cœur de l'écriture de Pierre-Luc à Isaac à Jos.

Mouton NOIR – Quel a été le moteur de départ de l'écriture de cette pièce?

Cédric Landry – Ça faisait longtemps que j'avais le goût d'écrire une pièce qui se passe chez nous, aux Îles. Le fait que je sois parti des Îles il y a 12 ans m'a permis d'avoir un regard extérieur et m'a amené à raconter une histoire père-fils. Même si je ne suis pas un artiste peintre, comme le personnage principal de la pièce, il y a un petit peu de moi là-dedans. Je suis un artiste qui a décidé de partir. Je savais qu'en restant aux Îles, ce serait impossible pour moi de faire carrière en théâtre. À part l'été, il y a peu de possibilités.

L'autre point de départ, c'était l'idée du naufrage. Un des mes oncles, Frédéric Landry, qui a fondé le Musée de la mer aux Îles, a écrit Capitaines des hauts-fonds et Pièges de sable dans lesquels il fait l'historique des naufrages qui se sont passés aux Îles-de-la-Madeleine. Il en a répertorié plus de 300. Ça m'a inspiré. Aussi, quand j'étais jeune, je trouvais souvent des bouts de bateaux sur la plage et je me demandais ce qui s'était passé avec ces bateaux-là, avec les gens qui étaient dessus. En partant, je savais donc que le naufrage allait être un thème central.

M. N. – Qu'est-ce que ton regard sur les Îles a de particulier?

C. L. – Je voulais pas juste tomber dans « c'est beau, c'est magnifique les Îles ». Non, moi, il y avait un côté qui ne me plaisait pas quand je vivais là, il y avait de petits irritants. Au fil des rencontres, des soupers avec des amis, l'idée de la pièce a commencé à germer : « Comment ça va aux Îles? ». Je parle des Américains qui achètent des terres parce que j'en entends parler, mais je ne me suis jamais posé de grandes questions sociologiques. L'important, c'était l'histoire de l'artiste qui s'affirme et celle du père qui est ce qu'il est depuis qu'il est tout jeune : il est pêcheur et ne se pose pas de questions là-dessus. À la base, la pièce, c'est la relation entre le père et le fils, inspirée un peu de moi et de mon père, quoique mon père m'ait toujours encouragé à faire du théâtre. La pièce parle des Îles de la façon dont je les vois, maintenant que j'en suis sorti. Je vais probablement utiliser encore le lieu. En fait, ce que je voudrais faire, c'est une trilogie.

M. N. – Est-ce que ta pièce a été jouée aux Îles?

C. L. – Pas pour le moment, aucune salle ne peut recevoir le décor, mais on voudrait y aller. Par contre, le texte a été publié chez Dramaturges Éditeurs et j'ai fait le lancement aux Îles. Quand j'ai vu la réaction des gens, j'ai compris pourquoi je faisais du théâtre. Les gens en avaient entendu parler, ils savaient que ma pièce parlait des Îles. Ils étaient fiers. Un gars m'a dit : « Mon frère fait de la musique, il est parti. Mon père est pêcheur, il aurait aimé ça qu'il prenne le bateau. J'aurais aimé ça donner le livre à mon père pour qu'il le lise, pour qu'il comprenne. » Ça me dépasse. J'ai eu énormément de commentaires. Souvent, au début, on veut écrire des choses pour le monde entier, mais c'est quand on écrit les choses les plus locales, les plus intimes, qu'elles deviennent, à la limite, les plus universelles.

M. N. – On découvre une grande solidarité père-fils dans ta pièce…

C. L. Il y est aussi question du suicide. Pierre-Luc, avec son style de vie, avec ses crises d'angoisse, aurait déjà pu penser au suicide. Tandis que son père, jamais de la vie il aurait pensé à ça. Mais à la fin, c'est la seule façon qu'il trouve pour mourir noblement. Son plan est préparé : il part avec son bateau cette journée-là en ne pensant pas que son fils y sera. Ça s'inverse. En filigrane, il y a le suicide. On ne le voit peut-être pas à la première lecture.

M. N. – Comment s'est passé le travail avec Eudore Belzile à la mise en scène?

C. L. Eudore est très respectueux du travail de l'auteur. Il a toujours été mon conseiller à l'écriture. Des productions comme Pierre-Luc, c'est ma plus grande école. Il faut que les compagnies établies donnent la chance à de jeunes compagnies en créant certains partenariats. Quand on parle de transmission, c'est super important. Par exemple, le Théâtre les gens d'en bas accueille pendant trois ans le Théâtre l'Exil pour une production par année. La pièce Recherchés, c'était une coproduction. On l'a jouée au Bic, aux Îles, et Benoit Vaillancourt nous a décroché un contrat pour aller à Caraquet. Ça nous a fait une belle petite tournée.

Le mot « professionnel » dans « théâtre professionnel », ça veut juste dire gagner sa vie de son métier. Mais en région, c'est souvent plus difficile de se « professionnaliser », on a moins de possibilités de contrats. La seule raison pour laquelle je peux gagner ma vie, c'est parce que j'écris, je joue et je fais de la mise en scène. Pour moi, c'est ça le théâtre.

M. N. – Pourquoi faire une adaptation cinématographique?

C. L. Cette histoire se prête bien à une adaptation cinématographique, c'est une histoire hyperréaliste. Il me reste à la transposer dans un format plus cinéma, mais il y a beaucoup de travail d'écriture parce qu'au théâtre, beaucoup de scènes sont évoquées sans qu'on les voie : par exemple, toutes les scènes avec la mère ou à Paris. Mais parce que l'histoire est bonne, on l'a éprouvée au théâtre, je pars plus rassuré. L'histoire, elle se peut, il me reste à faire un bon travail.

Pierre-Luc à Isaac à Jos, une production du Théâtre les gens d'en bas, sera présentée au Théâtre du Bic les 17 et 18 novembre, puis s’arrêtera, entre autres, à Moncton, à Caraquet, à Sudbury, à Québec et à Montréal. Les Productions Par'ici ont obtenu un financement de Téléfilm Canada pour en faire une adaptation cinématographique.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe