Le Stylo Sauvage

Le Stylo Sauvage

1 septembre 2009 par 

Urbanisme, terrorisme et orientation

Aïe! Ouille! J’ai mal au centre! Enfin, c’est manière de dire : je n’en suis pas encore au point de ressentir au fond de mes entrailles le mal de ma ville, un mal qui la ferait hurler, si elle pouvait s’exprimer.

En juillet dernier — je salue au passage ces gens qui ont pris leurs vacances en ce mois et qui sont entrés au boulot avec les orteils palmés — je revenais de Gaspésie et, prenant la sortie de l’autoroute 20 donnant sur la Montée industrielle et commerciale — je salue ici l’imagination des gens qui ont donné ce si poétique nom à cette artère — je vis, tout juste avant d’amorcer la descente de la Montée (!), un panneau routier indiquant CENTRE-VILLE. Derrière ce panneau, une vue imprenable sur les Wal-Mart, Réno-Dépôt, Bureau en gros et autres Winners…

« Ciel! », m’écriai-je, en constatant qu’on avait profité de ma courte absence pour déménager le centre-ville de Rimouski au cœur de ce qu’on appelle, tout aussi poétiquement, la Cité des achats. Je m’imaginai alors des touristes entrant dans la ville par cette sortie (!) de la 20. « Enfin, on y est! Ç’a la l’air que c’est ben ben beau! Regarde… (long silence). Ouin, c’est pas comme je pensais… Bon ben, qu’est-ce qu’on fait? On revire de bord ou ben on continue, pis on va ailleurs? Okay, mon gros pitou, mais tant qu’à passer, on va arrêter chu Wal-Mart, on pourra au moins dire qu’on a sauver queq’ cennes noires à Rimouski! »

Il y a, à Rimouski, un centre-ville qui n’est pas là où l’indique ce panneau bleu du ministère des Transports. Ce centre-ville a subi, dans les années 60, les assauts des commerçants qui administraient alors Rimouski. On lui a enlevé sa plage et sa baie en les remblayant de milliers de tonnes de roches pour construire un boulevard à voies séparées avec vue sur les derrières d’édifices et un centre d’achats brun sans fenêtres. Bien des années plus tard, on affubla l’un des coins de ses deux voies principales, la rue Saint-Germain et l’avenue de la Cathédrale, d’une verrue de béton portant ombrage à la dite cathédrale. On appelle toujours cette verrue « Le Trust », du nom de son principal premier occupant. Et la cathédrale, elle, porte toujours son nom, malgré le viol collectif dont elle a été victime en cette même époque où on s’affairait à dégueulasser Rimouski pour qu’elle soit plus fonctionnelle et proprette. Aux orties, les grands vitraux! Et posez-moi du gyproc sur ces grands murs de lambrissés de bois! Allez, vite, ça presse, on est une ville moderne!

Oui, on lui en fait des affronts à cette ville! Que dis-je, des affronts; des attaques terroristes de commerçants sans scrupules et sans vision, mais surtout sans goût ou sens de la beauté. Mais, après tout cela, son centre-ville a quand même réussi à se requinquer, surtout au cours des dix dernières années. À un point tout juste suffisant pour qu’il soit aujourd’hui agréable de s’y promener.

Et on voudrait aujourd’hui faire croire que le centre-ville de Rimouski est la Cité des achats, ce ramassis de commerces à grande surface, paradis de la carte de crédule et des points boni de tout acabit?

À moins qu’un illuminé du ministère se promène avec ses panneaux bleus sous le bras et qu’il les pose là où ça lui chante, le panneau CENTRE-VILLE a été posé dans le haut de la Montée qui descend avec l’accord du conseil municipal de Rimouski. Non? Mais alors…

Wo ho ho ho

Enfin, le Festi-Jazz de Rimouski est terminé! On va pouvoir se sortir de la caboche l’insignifiante et ultra-médiocre chansonnette Ça fait rire les oiseaux… Wo ho ho!

Même à la pause pipi, entre les excellents spectacles de Beast et d’Amon Tobin, on se faisait asséner, à la Zone Musique Telus, une version karaoké de consistance aussi chimique que le fond des toilettes d’où l’on revenait, chantée par des ti-cousins sur le party. Festi-Jazz et Festival d’automne, même combat? Dur, quand on sort de spectacles magistraux comme ceux d’Érik Truffaz ou de Yaron Herman! Ils peuvent bien rire, les oiseaux!

Faut-il descendre aussi creux dans les bas-fonds pour amener les gens « fêter » le jazz? NON.

Ça sera quoi après? Normand L’Amour? Wo wo wo!

Monuments (sculpture et égo)

Le sculpteur Roger Langevin se plaint que la Ville de Rimouski néglige son Trimural du millénaire. « C’est comme si les Parisiens ignoraient le Tour Eiffel », dit-il.

Contacté à ce sujet, le maire de Rimouski a refusé de nous dire où en sont les négociations avec Paris sur l’échange du Trimural contre la Tour Eiffel. Il semble que le jeu se corse, car New-York renchérit en offrant la Statue de la Liberté, Pise propose sa tour, pour laquelle le maire rimouskois aurait un certain penchant, et l’Inde serait entrée dans la course, en offrant le Taj Mahal pour ce Langevin.

À la session d’automne, l’UQAR offrira aux étudiants en arts plastiques le cours Humilité 101. On est toujours à la recherche d’un professeur.

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