L’avenir aux médias citoyens

L’avenir aux médias citoyens

1 septembre 2009 par 

Il est parfois tentant de croire que le web avance à coups d’innovations et de saveurs qui se fanent dans le temps de le dire. Les populaires outils de réseautage Facebook et Twitter ne sont-ils que des tendances passagères? À une période clé où le web social arrive à maturité, le rôle et la répercussion des médias sociaux sont difficiles à négliger.

« Le web est social », affirme Véronique Marino, conférencière invitée lors du premier Rendez-vous des médias citoyens tenu à Montréal, le 26 août dernier. «  Il a failli appartenir seulement aux grands groupes. Aujourd’hui, on sait que non, on sait que le pôle du pouvoir s’est transporté vers l’utilisateur et non plus vers les gros lobbys financiers. En soi, c’est une très, très bonne nouvelle. »

Conviée à mettre la table lors de cette journée de réflexion sur l’avenir des médias, la directrice du programme d’étude en médias interactifs à l’INIS (l’Institut de l’Image et du Son) souligne que la clé de voûte réside dans notre appropriation de ces sites sociaux. Si le ton y verse souvent dans l’étalage du personnel, l’impact de ces outils sur notre façon d’entrer en relation demeure néanmoins crucial, témoignant de la véritable « révolution copernicienne » qui redessine le visage d’Internet depuis quelques années. Ainsi, on a vu naître des galaxies de communautés sur le cyberespace, donnant un sens fondamental à la notion d’appartenance. La toile, devenue sociale et participative, a été nommée web 2.0. Nous sommes le web 2.0.

L’univers des médias est profondément marqué par l’appropriation de la parole et le poids des masses critiques qui s’emparent des outils d’expression maintenant accessibles à tous. Cette révolution médiatique voit essentiellement le schéma de la transmission de l’information bouleversé. Alors que dans les médias traditionnels le citoyen était confiné au rôle de spectateur, celui-ci devient aujourd’hui également émetteur. Chaque internaute est potentiellement acteur de l’information par le simple geste de commenter une nouvelle, de donner son opinion sur un blogue, ou encore en semant photos, vidéos ou baladodiffusions (podcast). Pour les théoriciens des médias sociaux, l’information circule aujourd’hui à l’horizontal, dans un esprit de dialogue où chacun partage avec les membres des communautés auxquelles il participe.

Prenons comme exemple l’utilisation des médias sociaux en Iran. Lors des soulèvements suivant les récentes élections contestées, nous avons vu une guerre se mener parallèlement sur la toile. En chiffre, il s’agirait de 200 000 billets mis en ligne par heure sur Twitter, près de 100 000 vidéos téléversées sur Youtube au fil des événements, et des milliers d’autres envoyés en ligne à la BBC, une chaîne fortement écoutée au pays. Aujourd’hui, la nouvelle émerge via Twitter et les médias traditionnels se lancent à sa poursuite. La démocratisation de l’information qu’apportent ces outils est sans précédent. Bien sûr, il y a le danger de la parcellisation des regards, mais le citoyen-acteur, au coeur de cette nouvelle formule, met en place une couverture médiatique vivace (très près de l’instantané), permanente (disponible en tout temps), et multiple (dans la diversité des lieux couverts). Faire un pas en arrière aujourd’hui est difficilement concevable et les médias sociaux et traditionnels se partagent dorénavant la scène. Face à une information de grand volume, et fortement indépendante, le métier de journaliste s’adapte et se tourne par exemple davantage vers l’enquête de fond et un rôle éditorial plus approfondi. Les détracteurs du web 2.0 et de la participation aux médias citoyens craignent l’amateurisme de l’information et le manque d’éthique professionnelle. « Des dérapages, rétorque Véronique Marino, il en a toujours eu des deux côtés », citant la fois où CNN diffusa une vidéo provenant de l’intérieur d’un Airbus écrasé en plein océan. Il s’avéra par la suite que les images résultaient d’un astucieux montage d’extraits de la populaire série télévisée Lost. Rue89 est un site Internet français qui illustre de quelle manière les murs tombent entre médias de masse et médias citoyens. Fondé par des journalistes ayant quitté le journal Libération, le site d’information indépendant et participatif résulte aujourd’hui d’une collaboration à trois voix entre experts, journalistes et citoyens.

Pourtant, le défi d’exister demeure toujours la préoccupation première des médias citoyens qui doivent se développer dans la culture de la gratuité qui règne à l’heure actuelle sur Internet. David Beers est directeur fondateur de The Tyee, un média citoyen couvrant l’actualité de la Colombie-Britannique. N’ayant jamais craint d’emprunter des voies innovatrices, The Tyee tente de dresser une idée nouvelle du journalisme. « Nos lecteurs sont-ils engagés? », se questionne pourtant Beers au RDV des médias citoyens. Si l’accès au contenu en ligne est gratuit, les donations du public demeure toujours importantes, signe pour lui d’un investissement de ses lecteurs. Plusieurs séries de journalisme citoyen sont ainsi financées des poches des lecteurs. Pendant la dernière campagne électorale, The Tyee a convié ses lecteurs à voter pour l’enjeu qu’ils voulaient voir traiter par le journal... à coup de dollars! Pour Véronique Marino, nous sommes à une période charnière où la prise de position et la créativité sont essentielles. « Le média citoyen doit accepter de sortir d’une certaine misère romantique pour pouvoir durer. Le défi est là, c’est d’accepter aussi qu’on doive faire prendre en charge sa propre existence. » Ces nouvelles façons de faire rappellent l’importance fondamentale des relations aux communautés. Par-dessus tout, le média citoyen montre que son impact se joue sur un plan très local et communautaire, mais aussi sur la toile mondiale en nourrissant l’idée des conversations planétaires.

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