C’est dans les vieux chaudrons qu’on trouve les meilleurs ragoûts

C’est dans les vieux chaudrons qu’on trouve les meilleurs ragoûts

1 septembre 2009 par 

« Y a plus d’jeunesse, y a plus d’saison […]/

Plus d’savoir-faire/

Plus d’tradition/

Plus qu’des affaires »

Tout fout l’camp, Mouloudji, chansonnier français,

Allons-nous nous décider à quitter ce monde « des affaires »? Nous pouvons devenir de véritables « explorateurs culturels ». À l’aube de ce nouveau siècle, j’aimais dire qu’après économique et social, le monde serait culturel. Voyez les principaux enjeux actuels : les religions, l’écologie, les migrations, les langues parlées, la tolérance… des questions auxquelles on pourrait facilement trouver des solutions si, au lieu d’en faire de seuls sujets économiques, on parlait d’abord de culture.

Et là nos histoires peuvent permettre d’ouvrir de nouveaux horizons et nous devons les partager avec les générations suivantes. Comment? L’an passé, j’allais dans une école une fois par semaine pour réaliser un journal scolaire… et je connais des grands-mamans et des grands-papas qui vont régulièrement lire et raconter de belles histoires aux enfants. Ils pourraient aussi témoigner de l’histoire du village ou du quartier, du pays et de leur itinéraire humain. Mais il y a tellement peu de place pour cette approche dans les programmes d’enseignement! Une approche qui devrait pourtant être priorisée pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

C’est peut-être pour empêcher un vaste mouvement de perte et d’appauvrissement culturel que l’UNESCO, en 2003, ressent le besoin de définir le Patrimoine Culturel Immatériel (PCI). Cette notion se manifeste, entre autres, dans les domaines suivants : « les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel; les arts du spectacle (comme la musique, la danse et le théâtre traditionnels); les pratiques sociales, rituels et événements festifs; les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers. »

La définition indique également que le PCI qui doit être protégé par la Convention « est transmis de génération en génération; est recréé en permanence par les communautés et les groupes, en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire; procure aux communautés et aux groupes un sentiment d’identité et de continuité; contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine; est conforme aux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme; est conforme aux exigences de respect mutuel entre les communautés et de développement durable. »

Les générations aînées doivent se sentir investies d’un rôle de passeur et de l’obligation de léguer leur patrimoine culturel. C’est un lieu commun de dire que les vieilles personnes possèdent de nombreuses richesses qu’elles doivent transmettre; je parle souvent de Cavernes d’Ali Baba!  Oh! Nous ne les avons pas volées. Ces richesses, nous les avons engrangées au fil de nos joies et de nos peines, au fil de nos activités professionnelles, familiales, culturelles... Transmettre? Nous sommes assez vite d’accord, mais comment? Comment partager avec les enfants, les jeunes, ce patrimoine qui constitue encore plus que les vieilles pierres le fondement de la société dans laquelle nous vivons?

Il y a quelque temps, je posais cette question dans un de mes ouvrages, Demain la gérontologie. Après la pédagogie, l’andragogie, pourquoi ne parlerions-nous pas de gérongogie? Ce serait la science du partage et de la transmission. J’imagine de nouvelles universités, de nouveaux espaces éducatifs dans lesquels nous n’allons pas apprendre pour nous – ce qui reste méritoire –, mais où nous partageons nos connaissances et nos émotions. J’ai le sentiment que, dans ce domaine, tout reste à construire. J’aimerais ce travail, car j’ai le sentiment d’avoir tant de choses à transmettre. Bien sûr, j’ai des idées qui traînent, j’ai des rêves… Tenez, voilà une petite histoire pour mieux me faire comprendre.

La bourse ou la vie!

Ils sont cinq retraités à faire ce qu’ils appellent « l’aide aux devoirs » : trois fois par semaine, ils vont à l’école aider les enfants à ânonner des leçons, faire des opérations, des dictées…

– Vous n’y connaissez rien à la pédagogie et vous prétendez réussir là où les enseignants ont échoué? Avec des enfants qui auraient justement besoin d’une pédagogie encore mieux adaptée!

– Tu es bien malin, toi qui ne fais rien! Dis-nous au moins ce que nous pourrions faire pour aider ces enfants.

Je n’ai pas pu me défiler et, dans le fond, ça me faisait plaisir! J’ai d’abord demandé à mes amis de dresser la liste de tout ce qu’ils savent faire et celle de ce qu’ils aimeraient savoir. Les listes étaient longues et riches. Du côté des savoirs : le jardin potager, la culture des roses, la fabrication de pâtes de fruits, la comptabilité d’une association, l’entretien d’un vélo, la confection de certains vêtements, la recherche généalogique, etc. Du côté des attentes, la liste n’était pas moins longue.

– Nous allons poser les mêmes questions aux enfants, ce qu’ils aimeraient savoir et surtout ce qu’ils sont prêts à partager.

C’est ainsi que nous avons créé la « bourse des savoirs » où chacun, petit ou grand, peut échanger ses valeurs et partager ses connaissances, qu’elles soient théoriques ou pratiques. Il faut voir aujourd’hui comme tout le monde s’affaire, telles des abeilles dans leur ruche : on lit, on parle, on calcule, on mesure, on peint, on écrit.

Une petite fiction qui ne demande pas grand-chose pour devenir une réalité!

La somme de nos expériences, les leçons de nos échecs et de nos réussites nous donnent d’innombrables possibilités de comparer, d’associer, de mettre en contradiction ou en synergie les multiples éléments complexes de la vie. Bref, de pouvoir être créatifs! C’est au moyen de situations, de projets à innover ensemble, c’est au moyen de techniques nouvelles de transmission et de partage que les aînés pourront se faire d’excellents passeurs culturels.

Un beau projet de vie pour nous, les aînés, que ce soit en ville ou dans le monde rural, à condition de contourner les institutions qui, toutes, sont jalousement protégées : les écoles par les syndicats d’enseignants et les commissions scolaires, les villages par les municipalités et, si cela ne suffit pas, par la hiérarchie politique, les MRC, puis les CRÉ, puis...

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