Pour une mémoire de l’action et de la parole

Pour une mémoire de l’action et de la parole

1 juillet 2009 par 

On ne peut tout simplement pas parler de participation citoyenne sans se référer aux luttes populaires et aux multiples initiatives communautaires qui ont façonné l’Est du Québec depuis les années 1960. Les Opérations Dignités I, II et III, ainsi que le JAL, véritable prise en charge du milieu en réponse à la fermeture des villages de l’arrière-pays enclenchée par le gouvernement québécois au tournant des année 1970, ont joué un rôle de premier ordre dans la revitalisation de la ruralité et dans le développement de l’entreprenariat collectif sur le territoire. L’ouverture du Centre de mise en valeur des Opérations Dignités (COD) à Esprit-Saint appelle à revisiter notre histoire pour en faire une mémoire vivante et tournée vers l’action.

La petite histoire des OD

Commençons par un petit rappel historique. Dans les années 1960, à l’heure des grands rêves de modernisation du Québec, le gouvernement québécois entamait sa toute première expérience de développement régional planifié dans le cadre du programme fédéral de l’ARDA. Le territoire privilégié de ce projet-pilote : l’Est du Québec. Dès 1963, de nombreux animateurs et experts des sciences sociales du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) sillonnent la région afin de dresser un portrait de la situation socioéconomique, d’animer les communautés et de proposer des pistes de développement.

Si cette expérience de consultation, d’animation et de planification à grande échelle suscite de l’enthousiasme, le rapport déposé en 1966 reçoit un accueil mitigé. On retiendra dans les mesures proposées la délocalisation de 96 paroisses dites « marginales », représentant 64 400 personnes, dont plusieurs sont issues de la colonisation des années 30, et ont à peine 40 ans.

Si le changement de gouvernement met une bonne part des recommandations du BAEQ sur les tablettes, la mise en branle du projet de délocaliser la population des territoires marginaux débute dès la fin des années 1960. La grogne s’organise à la suite de la fermeture des premiers villages. Saint-Nil, Saint-Octave-de-l’Avenir et Saint-Paulin-Dalibaire, sont au nombre de la quinzaine de paroisses qui verront leur population déplacée.

Appuyée par le clergé, la population s’organise et clame très haut son désir de rester et de prendre en main son avenir et son développement. Dès 1970 naissent les Opérations Dignité I dans la municipalité de Sainte-Paule. Suivront ensuite les Opérations Dignités II (Esprit-Saint) en 1971, les Opérations Dignité III (Les Méchins) en 1972, ainsi que le JAL (Lejeune, Auclair, Saint-Juste-du-Lac), issu des OD II. En tout, 65 villages viennent rejoindre les rangs de la contestation organisée pour défendre une vision avant-gardiste d’un développement durable et inclusif des territoires.

Le mouvement qui s’enclenche au début des années 1970 verra ses fruits perdurés. En plus de permettre l’affirmation d’une appartenance renouvelée au territoire et aux collectivités, il est à l’origine du développement d’une identité économique régionale caractérisée par l’entreprenariat collectif. C’est à cette période que se mettent en place les groupements forestiers, ainsi que plusieurs entreprises tels le moulin à bois d’Esprit-Saint, spécialisé en bardeau de cèdre, et le chantier maritime des Méchins.

Le Centre de mise en valeur des Opération dignités

La création du Centre de mise en valeur des Opérations Dignités (COD) est un véritable pas vers la mémoire, mais une mémoire dynamique, tournée vers l’avenir, un appel à se réapproprier les leviers de notre développement afin de garantir une ruralité toujours bien vivante; un appel à agir.

Situé dans la Maison de la Culture Jean-Marc-Gendron, nommée en l’honneur de l’ex-curé d’Esprit-Saint et leader des OD II, qui accueille aussi la bibliothèque municipale d’Esprit-Saint, le Centre comporte trois volets, soit le Centre d’archives et de recherche sur la ruralité Gilles-Roy développé en partenariat avec l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), le Centre d’interprétation sur les Opérations Dignité, et le Centre d’interventions en pouvoir populaire.

Au deuxième étage, le volet d’interprétation des OD présente un spectacle multimédia retraçant l’histoire du haut pays, de la colonisation aux OD, dans lequel les visiteurs sont invités à s’immerger et à prendre part aux déroulements d’évènements marquants. On retrouve aussi une salle d’exposition thématique qui fait, cette année, une place particulière au JAL. Le volet d’interventions en pouvoir populaire comporte un système de vidéoconférence qui permettra, entre autres, d’échanger avec des communautés d’à travers le monde qui prennent position sur l’occupation du territoire.

« Un des objectifs du Centre est de travailler à la complémentarité entre ville et campagne, de tracer des liens. Les centres de décision sont généralement en milieu urbain. Quand on parle d’aménagement du territoire, d’aménagement de la forêt, de préservation des ressources, de développement durable, ça demeure des concepts théoriques. Alors qu’ici, on sait ce que c’est qu’une coupe totale », explique Richard Lemay.

« Il est nécessaire que le monde rural prenne la parole sur les questions d’occupation du territoire et d’exploitation des ressources. Le Centre existe pour donner une tribune à l’expression populaire. »

La Journée de la résistance

C’est d’ailleurs dans cette optique que le Centre de mise en valeur des Opérations Dignités participe depuis 2006 à l’organisation de la Journée de la résistance, le 24 mai, afin de célébrer la fierté de vivre en milieu rural et d’appartenir à des communautés qui se sont prises en main. Esprit-Saint, La Rédemption et Sainte-Paule ont tour à tour été consacrées « municipalité de la résistance » en 2006, 2007 et 2008. Pour cette 4e édition, le prix a été décerné aux trois municipalités du JAL afin de souligner leur vitalité.

En prévision de l’automne qui s’annonce mouvementé, entre autres dans le domaine de l’agriculture avec la Coalition S.O.S Pronovost et le suivi du rapport Ouimet, il est temps de prendre la route de l’arrière-pays et de redécouvrir une période charnière de l’histoire de du Bas-du-Fleuve, et de façon plus générale, de la mobilisation citoyenne au Québec.

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