Paul, le héros de la vie ordinaire

Paul, le héros de la vie ordinaire

1 juillet 2009 par 

Paul, le personnage de BD de Michel Rabagliati, est tout à fait représentatif de notre réalité québécoise actuelle. Chacun de nous peut se reconnaître facilement dans les aventures de Paul qui tracent un authentique portrait de la vie ordinaire du citoyen québécois moyen. Le succès du personnage en librairie démontre que notre imaginaire est de plus en plus sensible à cette dimension de l’existence qu’est la primauté de la vie tranquille.

Il y a dix ans déjà, paraissait Paul à la campagne qui avait mérité à son auteur le Prix de l’espoir québécois du Festival de la BD francophone de Québec, ainsi que le prix Bédélys-Québec 2000 et un Harvey Award dans la catégorie Best new Talent. Depuis, la popularité de Paul, dont le graphisme emprunte à celui d’Onézime du Bulletin des Agriculteurs, n’a jamais cessé de s’accroître, tout comme sa renommée1.

Ce succès tient à une publication soutenue et ininterrompue d’histoires dans lesquelles les personnages sont attachants et les anecdotes spontanées de la vie courante renferment une belle sensibilité.

Paul témoigne de l’identité québécoise. Il la décline par une juste et fine mise en scène des valeurs qui sont les exigences mêmes de notre dignité : l’amour et l’amitié, la famille et le travail. La vie tranquille et ordinaire est mise de l’avant : Paul et sa compagne, parents d’une petite fille et heureux en ménage, sont présents aux charmes du quotidien et tout aussi bien à ce qui peut le troubler. Grâce à Paul, le lecteur se plaît à retrouver des situations qu’il a un jour vécues.

Qui n’a pas occupé un emploi d’été dans un camp de vacances ou encore dans une manufacture? Qui ne se rappelle pas ses études au cégep, son premier appartement avec sa blonde? Paul en Appartement y fait écho avec le souci documentaire et didactique propre à Michel Rabagliati. C’était bien avant que le couple n’acquière une maison qui va assurément nécessiter des rénovations imprévues au budget.

Le nouveau titre Paul à Québec est, dans l’esprit de la série, fidèle à la réalité et à l’actualité. Cependant, déception en regard de Québec qui ne réside pas où on l’attend d’ordinaire, sinon dans les brèves séquences évoquant l’enfance du beau-père de Paul. Ce dernier, atteint d’un grave cancer, devient le personnage central de l’histoire. Il vivra une descente aux enfers, des premiers symptômes de la maladie jusqu’à la phase terminale. Rien ne nous est épargné et c’est là que le récit est difficile, même s’il est truffé de moments plus légers pour ventiler une narration touchante et vibrante de sensibilité et d’authenticité.

Cette légèreté est davantage présente alors même que se mettent en place les pièces du drame familial. Paul, graphiste de son métier, doit composer avec les bouleversements de l’informatique : son ordinateur est incapable de gérer un nouveau programme, de sorte qu’il doit s’en doter d’un plus puissant qui rend ses vieux périphériques inopérants. Ces pages sont hilarantes à souhait. Puis, lors de retrouvailles familiales à Saint-Nicolas (sur la rive-sud, près de Québec), avant même la détérioration de l’état de santé du beau-père, une conversation entre beaux-frères – sur le parvis de l’église face au cimetière qui borde le fleuve – pose un diagnostic sur la défaite référendaire  : « Des fois j’ai l’impression qu’on a raté le bateau. » L’image même vient renforcer le tableau. Ce moment de sentiment national marque bien ce trait marquant de notre identité qui n’a pas échappé à l’auteur.

À l’époque de la Révolution tranquille, la BD faisait son succès avec les héros d’aventures. Elle venait rassurer le lecteur pris dans la frénésie d’une grande époque de changement et de questionnement sur fond quelque peu virtuel de tension internationale de Guerre froide. Je me rappelle de Tintin et surtout de Mortimer – ce dernier désamorçait l’apocalypse. Aujourd’hui, ce qui frappe davantage notre imaginaire est de l’ordre de périls bien plus ordinaires. Les menaces sont ce qui mine la vie tranquille. Mais enfin, bien au-delà de la grande fatalité de la mort et des petites de la vie de tous les jours, la résilience opère. La préservation de l’identité et de la nationalité, l’attachement à la culture requièrent de l’entêtement. Cela me fait penser aux irréductibles Gaulois d’une BD bien connue.

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Notes:

1. Les aventures de Paul sont maintenant traduites en anglais, en italien, en espagnol, etc. Paul est en train de devenir un  phénomène, preuve en est-il de l’existence de nombreux produits dérivés : t-shirt, chocolat, sans oublier le sac durable pour les emplettes. De plus, le sixième album qui vient de paraître, Paul à Québec, est la toute première BD de notre histoire à prendre la tête du palmarès des meilleurs vendeurs tous titres confondus.

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