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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Le culte de l’invisible ou la culture du country

Le culte de l’invisible ou la culture du country

1 juillet 2009 par 

Si la politique est la tête dirigeante d’une société, la culture est son cœur, et c’est le cœur qui s’attache à une terre. La terre, dans ce cas-ci, c’est un entre-deux, figure négligée et fascinante, c’est La Mitis.

Elle est fascinante par son paysage vallonné qui semble toujours cacher un détour inexploré, une nouvelle fresque à peindre. Si Mont-Joli est son point de référence, La Mitis défie tout centrisme culturel et prête une grande liberté à ses citoyens par sa géographie.

Elle est négligée, car les 3M – La Mitis, La Matapédia et Matane – ont subi les contrecoups de la dissolution en 1987 de la région administrative Bas-Saint-Laurent-Gaspésie en deux régions distinctes. Selon Liz Fortin, membre de la Commission culturelle de La Mitis et militante culturelle mitissienne dans l’âme, les 3M ont accusé un retard lorqu’elles se sont retrouvées dans une zone grise administrative, aucune région ne voulant leur accorder de financement pour structurer la culture.

« Pour une question de survie, des bâtisseurs culturels se sont levés pour créer une société dans laquelle les jeunes voudraient participer et revenir », affirme Liz Fortin. Mais, pour de nombreuses raisons, La Mitis fait aujourd’hui face à une participation citoyenne latente dans le domaine de la culture. Stéphanie Ruest, de la Ville de Mont-Joli, rejoint Liz Fortin dans ses propos : « Quoique stable, le bénévolat tend à diminuer. Ce sont les citoyens qui doivent se prendre en main. Par exemple, sur les huit quartiers de Mont-Joli, il y en a un seul qui organise une fête de quartier. » Elle déplore le fait que plusieurs jeunes refusent de participer à des activités s’ils ne sont pas rémunérés. Pour sa part, Julie Boivin, directrice générale du Carrefour de la littérature, des arts et de la culture (CLAC), note que le bénévolat est en vogue lorsqu’il y a un événement ponctuel tel le Salon du livre de Rimouski.

Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis, voit également un lien entre la durée d’un événement et la participation citoyenne. « Dans La Mitis, on a le défi d’impliquer davantage les citoyens de tout âge dans notre organisme. Il y a une longue tradition d’implication autour des églises, des clubs sociaux, des clubs sportifs, mais étant donné que les organismes culturels n’ont pas le même âge, on a le devoir d’aller les chercher et d’offrir des avantages aux bénévoles. »

Le culte de l’invisible

Daniel Ménard, de la radio CKMN et de la télévision communautaire TVM, croit qu’il y aurait une amélioration à apporter quant à la coopération entre les organismes culturels de La Mitis et un rapprochement à faire entre la culture dite populaire et la culture....

Élitiste? Snob? Marginale? La culture tout court? Comme toujours, il y a un petit malaise à définir cette culture qui ne rassemble pas les foules, qui ne fait pas l’unanimité et qui n’est pas présente sur les grandes chaînes. Cette culture vivote au Québec alors qu’un livre y est considéré comme un best-seller lorsqu’il se vend à... deux milles copies!

Cette dualité dans les formes d’expression culturelle s’exprime par les champs d’intervention que les organismes de la région privilégient. Le CLAC et le Festival Country Western de Saint-Gabriel en sont de bons exemples.

« Le CLAC est un organisme dont la mission est justement de rendre accessible la littérature en organisant une tournée d’auteurs et d’artistes qui sillonnent les écoles sur le territoire des 3M, permettant à des milliers de jeunes de découvrir et de s’ouvrir à un monde invisible », explique Julie Boivin.

Le CLAC se voue au culte de la fiction. La fiction nous permet d’expliquer concrètement notre réalité, d’avoir un recul vis-à-vis le « réel » et d’exploiter nos émotions. Elle participe à faire reculer le racisme, accroît l’intelligence émotive, crée des liens entre les citoyens.

Afin de mettre cette idée en action, l’organisme a récemment célébré le centenaire d’un village fictif, Saint-Mathias-de-la-Poudrerie, qui racontait les mythes et légendes de La Mitis. D’autres événements, tels que les Veillées de contes ou le projet d’écriture écologique L’écorce fabuleuse, ont réussi à attirer un bon nombre de bénévoles et de participants. Selon Julie Boivin, « ces événements ont un pouvoir d’attraction, car ils rejoignent l’imaginaire et les préoccupations des citoyens; autant les jeunes que les adultes se sentent interpellés. » Liz Fortin rappelle l’importance de stimuler le sentiment d’appartenance culturelle chez les jeunes en leur fournissant des espaces de création, un élément essentiel pour les retenir dans la région.

La Mitis est country

Josianne Vouillon, coordonnatrice du Festival Country Western de Saint-Gabriel qui accueillera quelques 30 000 visiteurs cet été, ne croit pas qu’il soit constructif d’opposer un type de culture à un autre. Rafraîchissante dans sa façon d’aborder le sujet, elle rejoint la plupart des intervenants culturels en admettant que tout le monde doit travailler dans le même sens pour le développement culturel de La Mitis.

« La participation citoyenne est extrêmement élevée lors du festival, soit 200 bénévoles. En fait, c’est tout le village qui est impliqué et toutes les maisons qui sont décorées. À l’intérieur de cette participation, il y a un sentiment d’appartenance à notre village, une fierté de bâtir cet événement, de bâtir quelque chose de grandiose. Nous créons un milieu de vie où les gens apprennent à se connaître. Le festival réussit à augmenter la population du village; il y a un véritable côté humain à cette aventure. »

Alors, quel est le secret du succès du festival lorsque vient le temps de recruter une armée de bénévoles? « Quand on donne, en général on reçoit. La paie, c’est la reconnaissance. »

Si les difficultés d’engager les citoyens dans La Mitis semblent multiples, les solutions, elles, sont vieilles comme le monde. Tout simplement, la participation citoyenne dépend de la confiance des citoyens envers les organismes. Si les citoyens se sentent écoutés et appréciés, s’ils ont une appartenance au lieu, ils le feront fleurir.

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