Cervelles d’oiseaux

Veni Vidi Vézina

Cervelles d’oiseaux

1 juillet 2009 par 

Dans mon roman La machine à orgueil, DJipi s’extasie, le printemps venu, de la valse changeante des oiseaux. Des geais bleus aux chardonnerets jaunes, des bruants des neiges aux quiscales bronzés, les voliers vont et viennent, de saison en saison. Des familles s’organisent, les petits attirent des prédateurs; l’histoire se répète. Tout comme celle des marches, d’ailleurs, qui reprennent du service dès les beaux jours venus.

 

Il y a quelques semaines était organisée à Montréal une marche pour l’indépendance. Elle était présentée comme étant non partisane, et Pierre Curzi a dit qu’il trouvait regrettable qu’elle ne le soit pas. Il avait bien raison, parce qu’encadrée par un parti, certaines exagérations auraient probablement trouvé leurs ornières.

 

D’abord, vous dire que je n’y étais pas. Comme, d’ailleurs, la plupart des Montréalais.

 

Population du grand Montréal : autour de 3 millions de personnes. Pourcentage du vote montréalais en faveur du Oui au référendum de 1995 : grosso merdo 40 %, c’est-à-dire, potentiellement 1 200 000 personnes. Mais allez, soyons bon joueur, tenons compte du taux de participation. Si ma mémoire est bonne, ça tournait autour de 85 %. On parle donc d’environ 1 020 000 souverainistes potentiels. Ah et puis oui, j’oubliais : il faut avoir 18 ans pour voter, ce qui élimine, disons, un quart de la population. Ça nous laisse environ 765 000 personnes qui ont voté Oui au dernier référendum dans la seule région de Montréal. Combien se sont présentés à la marche?

 

Un beau gros 500 personnes?

 

Aïe… Ayoye!

 

Même les romanciers dépriment lorsqu’ils vendent si peu d’exemplaires…

 

Je le répète, je n’y étais pas. Non pas que je ne sois pas souverainiste, non : je l’ai toujours été et le demeure. Sauf que je savais que la teneur de certains discours me taperait sur les nerfs. Particulièrement ceux qui porteraient sur la race (et sa pureté), ou ceux qui casseraient du sucre sur le dos des « méchants Anglais » (surtout s’ils allaient avoir le génie de citer l’imbécile heureux de Michel Brulé).

 

Je n’y étais pas, mais j’y avais mes informateurs, dont un, pourtant aussi séparatiste et indépendantiste que moi, qui n’en est pas revenu d’entendre l’insanité des insanités : « La haine, c’est rassembleur! », a-t-on beuglé! Et l’autre sénile patenté, môssieur le nouveau héraut de Quebecor, empire conservateur et fédéraliste par excellence, toutes baguettes en l’air, qui approuvait en s’égosillant de sa pauvre voix malade…

 

Ah!, que j’étais content de ne pas y être…

 

Nous vivons dans un pays qui n’a peur de rien. « La haine, c’est rassembleur! », crisse. J’imagine une telle monstruosité lancée dans certains pays du monde où j’ai des amis libertaires : ils auraient pété leurs coches pour moins.

 

Les idées, c’est comme les oiseaux : faut savoir les protéger. Et en lançant n’importe quoi dans les airs, c’est de la merde qui finit par retomber.

 

La semaine dernière, j’ai vu des quiscales chasser un corbeau qui venait de s’attaquer à leurs nids. Elles l’ont chargé et l’ont piqué, elles l’ont chassé et l’ont effrayé. Dans le monde des oiseaux, le corbeau pense certainement aux piqûres de ces becs effilés avant de croasser sa méchanceté et son imbécilité.

 

Autres crétins, tiens

 

Je roulais l’autre jour dans la région de Québec et, en zappant, je suis tombé (c’est le cas de le dire, difficile de faire plus bas) sur une manière de RadioX. L’animateur, un analphabète de la famille des phacochères en rut, racontait que, dans sa jeunesse, il y avait deux « sorciers » près de son village qui avaient des vaches dans un champ tellement en pente que les ruminants avaient les pattes d’en-avant plus courtes que celles de derrière (sic). En s’y promenant, il y a quelques jours, le phacochère a constaté que le champ de son enfance n’existait plus, et qu’on y voyait maintenant pousser de jolis sapins.

 

Commentaire du crétin : « Heille, les environnementeurs, heille Richard Desjardins, les arbres, ça repousse! Arrêtez de raconter n’importe quoi! »

 

Comment entendre ça et ne pas avoir envie de faire saigner des dents.

 

Ah et puis tiens, tant qu’à parler de conneries : Richard Martineau s’insurgeait, l’autre semaine, contre la volonté du gouvernement de subventionner un organisme de clowns qui rend visite aux vieux dans les foyers… Encore la sacro-sainte recette du traitement médico-assisté comme seule manière de rendre le passage de la vie à la mort moins douloureux.

 

Moi, quand je serai vieux, je refuse qu’on m’attache dans mon lit avec des médicaments en intraveineuse. Je veux qu’on me drogue, oui, bien sûr, mais qu’on me refile le meilleur stock au monde, puis qu’on fasse venir tous mes amis clowns pour qu’ensemble, on rigole un bon coup!

 

Tellement, que la rate finirait par me dilater et qu’elle me ferait exploser les côtes jusqu’à en crever.

 

Mais ces jours-ci, notre monde est loin d’être drôle… Il est souvent con comme un balai.

 

En vous souhaitant un bon été pas trop épais!

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe