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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Ah, si j’avais un char!

Se défaire de notre dépendance à l’automobile : une petite révolution

Ah, si j’avais un char!

1 novembre 2008 par 

La Journée sans voiture du 22 septembre 2008 a été soulignée à Rimouski par une marche symbolique à travers les rues du centre-ville et par une soirée de discussion sur le transport qui a rassemblé au moins 70 personnes au Grand Salon du Cégep de Rimouski. La discussion, au cours de laquelle les citoyens ont pu échanger avec des intervenants dans le dossier du transport, a permis de mieux cerner la problématique du transport en commun à Rimouski. Les intervenants se sont rapidement entendus sur le fait que le service Taxibus (transport en commun par voitures-taxis avec réservation) répond aux besoins de certains utilisateurs, mais ne peut satisfaire l’ensemble des besoins de la population. Aussi, la soirée a-t-elle été riche en pistes de solution.

Un transport collectif, oui, mais pour qui?

En service depuis 15 ans à Rimouski, Taxibus effectue 90 000 déplacements par année (environ 250 par jour). Pour bon nombre de travailleurs et d’étudiants, le système de réservation est un irritant majeur à l’utilisation de Taxibus sur une base régulière. Raymond Coulombe du Centre de santé et de services sociaux de Rimouski-Neigette, qui doit gérer quotidiennement des problèmes de stationnement1, a clairement expliqué comment il peut être difficile pour la grande majorité de ses employés de prévoir avec précision leur horaire de travail et de déplacements. De plus, plusieurs commentaires du public ont attiré l’attention sur le fait qu’il est impossible de transporter poussette, sacs d’épicerie, etc., à bord d’un véhicule Taxibus.

Le transport public doit être considéré « comme un service essentiel favorisant la qualité de vie de toute la collectivité2 » sans égard à la condition socio-économique. Pourtant, lors de la discussion, Marc Saint-Laurent, conseiller municipal, a rappelé un phénomène navrant : le règne de la voiture solo. Comme il est plus rapide d’accéder au centre-ville en voiture que via un service de transport collectif, plusieurs automobilistes ne voient pas l’intérêt d’utiliser un système de transport en commun. Pour mettre sur pied ce système de transport, Rimouski devra lutter contre l’« auto-addiction3 », phénomène qui est en train de gagner la planète, et utiliser des arguments environnementaux, économiques et sociaux. On devrait aussi, comme le propose Yvan Bujold de la Fondation Centre Ville, augmenter le prix des stationnements, une mesure souvent impopulaire, mais qui peut agir comme incitatif au transport en commun.

La question des coûts est aussi importante, car les sociétés de transport des agglomérations moyennes, comme l’est Rimouski, n’ont pas accès à des subventions aussi substantielles que les neuf plus grandes villes du Québec. Rimouski : une ville étudiante? Si Rimouski veut augmenter sa capacité d’attirer les étudiants, comme l’ont souligné Daniel Bénéteau, vice-recteur à l’UQAR, et Jean-Pierre Villeneuve, directeur général du Cégep de Rimouski, elle doit être capable d’offrir des logements abordables et un service de transport collectif efficace. Même si ce n’est pas le mandat des institutions d’enseignement de mettre sur pied ce genre de services, toute une éducation reste à faire. En ce sens, le cas de l’Université de Sherbrooke, qui a rendu gratuit le transport en commun pour les étudiants, est exemplaire. Le milieu sherbrookois croit au rôle éducatif que les institutions d’enseignement peuvent jouer en matière de transport face aux jeunes adultes : « C’est souvent à cet âge que les jeunes achètent leur première auto, s’ils ont été bien desservis avec le transport en commun, ils vont peut-être faire des choix en matière d’habitation afin de continuer à utiliser le transport en commun4. » Comme les parents commencent souvent très tôt à servir de taxi aux enfants, de moins en moins de jeunes sont sensibilisés au transport actif et à l’idée du bien collectif qu’est le transport en commun. « Deux déplacements quotidiens sur trois se font aujourd’hui en voiture et 60 % des déplacements des 5-10 ans sont assurés par l’automobile, contre 25 % dans les années 19705. » Si Rimouski veut mériter son statut de ville étudiante, elle devra à la fois offrir un transport collectif efficace pour les étudiants et les encourager à l’utiliser. Les solutions En plus d’une solution incontournable qui consiste à se défaire de la dépendance à l’automobile, plusieurs citoyens présents le 22 septembre ont proposé des pistes de travail pour améliorer le transport à Rimouski : 1) le développement rapide d’un service de transport par autobus sur les axes est-ouest, nord-sud; 2) la participation des institutions scolaires et des entreprises au financement du transport collectif; 3) l’utilisation de l’argent recueilli dans les parcomètres pour financer le transport collectif; 4) l’augmentation du prix des stationnements; 5) la réduction du temps de réservation du service Taxibus (présentement 1 heure, 24 heures en 1993); 6) la valorisation du transport actif et du « Cocktail transport6 »; 7) l’installation d’abribus; 8) la formation d’une coopérative de transport en commun; 9) le transport équitable sur l’ensemble du territoire rimouskois; 10) des tarifs préférentiels variables en fonction de l’utilisation du service de transport. En plus de rappeler l’importance d’évaluer avec rigueur les besoins en matière de transport collectif, VROOM Québec a recommandé à la Ville de Rimouski de s’adjoindre des experts et de se donner des objectifs en matière de nombre de passages. VROOM a d’ailleurs révélé un chiffre étonnant : en 1979, le nombre de passages annuels par autobus aurait été de 900 0007, soit 10 fois plus que Taxibus. Il faut rappeler que Rimouski a été desservie par un service de transport par autobus de 1944 jusqu’au milieu des années 1980. Conclusion Le comité organisateur (le Comité d’action et de concertation en environnement du Cégep de Rimouski en collaboration avec un comité de citoyens) est satisfait de l’événement qui a permis à des citoyens de tout âge de s’informer sur la question du transport et d’apporter de multiples pistes de solution. Marc Saint-Laurent a d’ailleurs annoncé la formation d’un comité permanent sur le transport. Dans un contexte où les gains environnementaux sont plus que jamais souhaités par la population, espérons que ce comité saura allier contraintes budgétaires et modes de transport qui favoriseront la réduction de notre impact sur l’environnement et un enrichissement véritablement collectif. ___________ Notes: 1. Faute d’espaces de stationnement, 18 000 clients ont dû être refusés à la guérite de l’hôpital l’année dernière. 2. Blouin, Favreau et Pineau, Étude de faisabilité sur le développement du transport en commun dans la MRC de Rimouski-Neigette, 1984, p. 8. 3. « [Bien] que la plupart des automobilistes soient désormais conscients de l’impact négatif de la voiture sur l’environnement, [on] a du mal à imaginer la vie sans elle. » Christine Coste, « Entretien avec Gabriel Dupuy », Le Monde, 3 octobre 2008. 4. Dany Lachance, présidente de la Société de transport de Sherbrooke, dans un reportage de La vie en vert à Télé-Québec en novembre 2006. 5. Christine Coste, « Entretien avec Gabriel Dupuy », Le Monde, 3 octobre 2008. 6. « Le Cocktail transport consiste en une combinaison intelligente de modes de transport individuels (vélo, marche, patin, voiture) et collectifs (train, autobus, métro, taxi) » [www.equiterre.org]. 7. Blouin, Favreau et Pineau, op. cit., p. 60.
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