Y a-t-il un impact sur les agressions sexuelles?

Quand la culture pornographique envahit l’espace public

Y a-t-il un impact sur les agressions sexuelles?

1 mars 2008 par 

Vous ouvrez votre téléviseur et êtes inondés de publicités. Des femmes aux poitrines généreuses et à la moue aguichante vous offrent bière et pizza. Une publicité de lunetterie sur le Web vous présente une femme qui, croyant faire une fellation à un homme dans une auto, s’active sur le bras de vitesse, ce qui révèle ses problèmes de vision. La poupée que votre nièce de quatre ans a reçue la semaine dernière porte un string permanent. Votre produit coiffant vous promet de refléter « la minette sexy que vous êtes vraiment ». Vous entendez un reportage à la radio faisant l’éloge des cours de danse poteau. Une revue féminine vous suggère des trucs coquins pour exciter votre homme ou encore une soirée de démonstration d’objets dits érotiques. Votre compagnie de téléphone vous offre des fonds d’écran pornographiques pour votre cellulaire. À cela s’ajoutent la téléréalité, les vidéoclips, les sites Web pornographiques, etc.

Les messages et les images qui renvoient au sexe font partie intégrante de notre quotidien. Nous qualifions ce courant des dernières années d’« hypersexualisation ». En posant un regard attentif sur notre vie de tous les jours, force nous est de constater que les représentations sexuelles, autrefois réservées à la pornographie, ont envahi nos écrans de télévision et de cinéma, nos magazines et nos rapports sociaux. Nous parlons alors de « pornographisation » de l’espace public.

Mais quels sont les valeurs et les messages véhiculés dans les médias? On y présente des femmes et des filles disponibles sexuellement, des séductrices qui sont prêtes à tout pour obtenir les faveurs d’un homme. Des femmes fatales et tentatrices, en somme. Le sexe nous est suggéré comme outil ou moyen pour obtenir autre chose que le sexe (par exemple, le travail, la sécurité économique, la reconnaissance). La sexualité devient la courroie de transmission de nos désirs, de nos aspirations et de notre accomplissement comme femmes. Être sexy, être hot, développer leur pouvoir de séduction; voilà ce qu’on propose aux femmes.

Ces attitudes valorisées dans les publicités, les films ou les vidéoclips ont pour effet de nourrir les préjugés entourant les femmes et, par extension, ceux qu’on entretient face aux victimes d’agressions sexuelles. Les femmes aiment provoquer, elles disent non quand, au fond, elles veulent dire oui. Une femme qui se conduit bien ne sera pas agressée, tandis qu’une femme facile court après. Ces préjugés ont pour effet de rendre les femmes responsables des agressions qu’elles subissent et par conséquent de déresponsabiliser les agresseurs.

N’est-il pas paradoxal que les messages publicitaires et les valeurs véhiculées dans les médias nous présentent les « mauvaises » attitudes à adopter, celles qui sont censées « provoquer » les agressions sexuelles, comme étant les attitudes et les comportements à valoriser et à privilégier par les femmes? Nous sommes aux prises avec un double message. Dans sa recherche réalisée pour le CALACS1 de Rimouski en 2007, Pierrette Bouchard écrit que « le contexte social imprégné de culture pornographique se prête à fabriquer le consentement des jeunes filles2 ». Et nous pourrions ajouter celui des femmes. Les messages sociaux renvoyant au sexe sont si constants qu’il devient difficile de savoir à quoi nous consentons. La pression est si intense qu’elle nous pousse à aller à l’encontre de nos propres sentiments et à nous conformer aux messages sociaux, à ce matraquage de messages sexuels. Il n’est pas étonnant qu’une jeune fille de 12 ans croie que « faire une pipe », il n’y a rien là. Cette même jeune fille nous dit qu’elle n’est pas prête à faire l’amour. Faire une pipe, oui, mais faire l’amour, non! La culture pornographique brouille notre jugement, que l’on soit jeune ou adulte. Trop d’adolescentes et de femmes adultes croient qu’il est normal d’avoir des pratiques sexuelles qui les rendent mal à l’aise et qu’elles ne désirent pas. Dès lors, comment définir le consentement à des activités sexuelles? Comment arrive-t-on à brouiller nos perceptions et à nous conditionner au point de nous faire tolérer l’intolérable?

Au cours des dernières années, nous avons discuté de la sexualisation précoce des jeunes filles. Mais comment agir sur le phénomène de la sexualisation précoce dans un contexte d’hypersexualisation de l’ensemble de la société? À l’heure actuelle, on se contente de dire aux jeunes filles d’attendre. On dit qu’elles s’habillent sexy, alors qu’elles n’ont pas la maturité sexuelle pour ce faire ou qu’elles n’ont pas conscience de ce qu’elles peuvent provoquer chez les hommes! On s’insurge contre les concours de fellation chez les jeunes, mais cela serait-il plus acceptable dans un party de bureau? Vouloir contraindre en établissant des codes vestimentaires, par exemple, ne règlera pas le problème. Nous devons nous questionner sur les valeurs que nous proposons aux jeunes en interrogeant nos valeurs de société.

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Notes:

1. Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Rimouski.

2. Pierrette Bouchard, Consentantes? Hypersexualisation et violences sexuelles, CALACS de Rimouski, 2007.

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