Pour une vision de l’égalité

Pour une vision de l’égalité

1 mars 2008 par 

L’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondamentale au Québec. C’est, du moins, ce que révélait avec insistance la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. Pourtant, nous sommes encore très éloignés de la parité aux postes de pouvoir. L’ONU établit à 30 % le pourcentage minimum de femmes requis pour qu’un gouvernement puisse convenablement exprimer les préoccupations des femmes1. Avec 26,5% de femmes à l’Assemblée nationale, non seulement le Québec demeure-t-il toujours loin d’un partage égalitaire du pouvoir, mais il ne peut répondre adéquatement aux besoins de la moitié de sa population. Et la situation pourrait s’aggraver encore plus si l’ADQ prenait le pouvoir. En effet, ce parti est celui qui a présenté le moins de candidates aux dernières élections, soit 21 %. Quant aux élues municipales, le Bas-Saint-Laurent comme l’ensemble du Québec a subi un recul lors des élections de 2005, passant de 28 % à 26 %. La sous-représentation systématique des femmes en politique active demeurera une entorse à la vie démocratique pour bien des années encore si rien n’est fait pour atteindre l’égalité.

Pourtant, les groupes de femmes de la région ont travaillé d’arrache-pied pour encourager et inciter les femmes à présenter leur candidature aux élections municipales de 2005. Face au peu d’intérêt manifesté pour la politique municipale, nous avons d’abord cherché à savoir pourquoi les femmes sont si peu présentes en politique active. Nous avons réalisé qu’en général les femmes ne carburent pas au pouvoir. L’ambition n’est pas leur moteur principal. Pour elles, les stratégies politiques ont souvent une connotation négative. Nous avons alors tenté par des colloques, des formations et des bulletins d’information de réhabiliter le pouvoir, d’en développer une vision plus positive.

Parallèlement, nos sondages révélaient que les femmes manquent de confiance en elles et doutent de leurs compétences. Nous avons alors élaboré toutes sortes d’outils, de formations, d’ateliers pour améliorer leur confiance. De plus, ces sondages démontraient qu’à cause des multiples tâches qu’elles assument, les femmes n’ont pas de disponibilités pour la politique active. Nous avons donc mis sur pied un réseau d’élues municipales et des comités consultatifs en condition féminine, nous publions un bulletin d’information, etc. pour soutenir le travail des élues. Malgré ces efforts, le nombre de femmes en politique municipale demeure désespérément en dessous de nos attentes.

Qu’est-ce qui fait courir les femmes?

Plutôt que de chercher la cause de cette faible présence des femmes en politique, tentons de comprendre ce qui les attire en politique. Où les retrouve-t-on? On constate que c’est le Parti Québec solidaire qui en recrute le plus, soit 53% de candidates aux dernières élections, nettement plus que les autres partis. En deuxième place viennent le PLQ (35%) et le PQ (33%). L’ADQ (21%) et le Parti conservateur du Canada font assez piètre figure. Quant à la politique municipale, elle attire très peu les femmes, contrairement à ce qu’on pourrait attendre, compte tenu de la proximité des enjeux.

Photo : Lisandre Saint-Cyr Lamothe

Selon nous, il y a deux façons d’intéresser les femmes à la politique et de les amener à se porter candidates. Premièrement, si on se fie à l’engagement des femmes dans Québec Solidaire, on peut présumer que les femmes ont besoin d’un idéal, d’une vision, d’une mission qui les interpelle. Elles aiment penser la société, défendre un monde plus juste et plus humain, renouant ainsi avec le vrai sens du politique. D’ailleurs, les femmes sont très engagées socialement. Elles forment tout un gouvernement parallèle avec le réseau des groupes de femmes, les groupes communautaires (où elles sont présentes à près de 70 %), ainsi que dans le travail bénévole et citoyen. Comme dénominateur commun de ces différents groupes, on retrouve un idéal de justice sociale. Cela nous amène à penser que les femmes ont su développer, à leur manière, le sens du politique, c’est-à-dire du vivre ensemble.

Pas étonnant qu’elles s’engagent peu dans les partis qui n’ont que la croissance économique à proposer comme vision du monde. Le municipal apparaît encore plus rébarbatif car il produit peu de vision, peu de rêve, peu d’utopie. Il a du mal à se définir autrement qu’en gestionnaire de l’eau potable, des égouts et des biens publics.

Les femmes sont-elles responsables de leur échec?

L’autre raison qui peut amener les femmes en politique concerne les structures politiques elles-mêmes. Les pays qui ont réussi à changer la donne ont adopté des lois ou des mesures pour modifier la structure ou le mode de scrutin. En France, par exemple, la loi sur la parité a permis de doubler le nombre de femmes au municipal après une seule élection (de 21 % à 42 %). Il en est de même pour les pays scandinaves qui ont le plus haut taux de femmes dans leur parlement. On le doit à des objectifs ou à des quotas de candidatures féminines dans un système électoral proportionnel et à l’engagement des partis politiques en faveur de l’égalité. Cela démontre que les obstacles à la venue des femmes en politique ne sont pas à chercher du côté des femmes elles-mêmes. Les structures des institutions politiques génèrent de la discrimination. Elles sont incapables d’intégrer dans leurs rangs les groupes marginalisés, que ce soit les femmes ou les personnes provenant des groupes minoritaires.

C’est sans doute pourquoi Québec solidaire, avec ses deux porte-parole (un homme, une femme), sa structure résolument participative et son identification ouvertement féministe attire autant de femmes. Quant au Parti libéral, le premier ministre s’est montré particulièrement efficace pour aller chercher des femmes et les présenter dans des comtés où elles pouvaient gagner. De plus, il a nommé un conseil des ministres paritaire. Sans cette volonté politique d’établir l’équité, il n’aurait pu obtenir les mêmes résultats, car les structures elles-mêmes reproduisent l’exclusion des groupes marginalisés.

Il faut donc comprendre par cette réflexion que ce qui mobilise surtout les femmes, c’est leur soif d’un monde meilleur, le rêve d’un monde plus juste et plus humain. Le municipal doit donc se doter d’une vision et en faire la promotion, tout en modifiant ses structures pour intégrer non seulement les femmes, mais tous les groupes marginalisés – les jeunes, les personnes âgées, les personnes provenant des groupes culturels minoritaires, etc. La dévalorisation actuelle du politique, le cynisme ambiant n’a rien pour inspirer les femmes, ni les hommes d’ailleurs. Il faut donc réapprendre à rêver, « c’est la seule chose sensée qu’on puisse faire dans un monde hypothéqué jusque dans ses désirs. C’est fort le rêve. Ça fait des amours, des enfants, des œuvres d’art, des pays et un tas d’autres choses » (extrait tiré de la carte postale de l’Opération Porte-voix, lors du référendum de 1995).

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Notes:

1. Voir le site de l’Observatoire sur le développement régional et l’analyse différenciée selon les sexes (ORÉGAND) : www.oregand.ca.

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