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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

« Maintenant ou jamais »

entrevue avec Marlène Dubé, mairesse d’Esprit-Saint

« Maintenant ou jamais »

1 mars 2008 par 

Marlène Dubé est la seule femme, dans la MRC de Rimouski-Neigette, à être mairesse. Elle a été élue à Esprit-Saint, il y a sept ans, après avoir été conseillère municipale pendant huit ans. Sa municipalité, située dans le haut-pays à 57 kilomètres de Rimouski, compte aujourd’hui quelque 400 habitants, alors qu’il y en a déjà eu 1500... Pour contrer la dévitalisation, Marlène Dubé a mis sa municipalité en chantier. Extraits d’une entrevue avec une femme d’action, pleine d’idées et de projets.

Mouton NOIR – Pensez-vous que si plus de femmes s’investissaient en politique, on réussirait à sauver les petits villages?

Marlène Dubé – Je pense que, dans le monde rural, la survie va passer aussi par les femmes, l’implication des femmes et des gens qui y habitent. Les femmes prennent des décisions différemment. On ne veut pas nécessairement avoir le dernier mot, mais ce qu’il y a de mieux pour notre communauté... Moi, ça ne me fait rien qu’une autre idée que la mienne soit adoptée, pourvu qu’on ait discuté assez longtemps pour que la décision se rapproche un peu de mon idée.

M. N. – Que veut dire concrètement la dévitalisation en milieu rural?

M. D. – La semaine dernière, une jeune famille est venue à Esprit-Saint avec l’intention de s’acheter une maison. Mais nous n’avions pas de maison à lui offrir. Ils sont donc allés à Lac-des-Aigles, le village voisin où, parce que l’usine est fermée, il y a beaucoup de maisons à vendre.

Lorsqu’il y a des maisons à vendre et qu’un jeune veut l’acheter, c’est plus difficile d’emprunter que pour une maison à Rimouski. La valeur de revente des maisons à Esprit-Saint n’est pas élevée.

Cette année, il y a 18 enfants à l’école, mais l’année prochaine, il y en aura 11, et puis ça descend… On n’a pas de maternelle. Les enfants de la maternelle vont à Saint-Narcisse. Lorsque, par exemple, un petit jeune de 5 ans va à Saint-Narcisse, ses parents veulent envoyer sa sœur qui est en 2e année avec lui. Ils nous vident notre école. Ce n’est pas drôle pour un petit de 5 ans de voyager.

M. N. – Sentez-vous l’urgence d’agir?

M. D. – Oui, c’est urgent. On a un problème d’habitation qui est criant et, si on ne réagit pas dans les deux, trois prochaines années, notre école va être fermée, et on ne pourra plus accueillir de jeunes familles. C’est donc maintenant ou jamais.

M. N. – Comment l’idée du projet de développement des Compagnons d’Esprit-Saint vous est-elle venue?

M. D. – Avec les jeunes, que je vois souvent parce que j’ai six garçons (maintenant de 17 à 33 ans). En général, ils sont partis depuis 10 ans et reviennent chaque année au carnaval revoir les gens, se rassembler entre amis. Ils m’ont dit que, s’ils pouvaient, ils s’installeraient ici, parce que c’est ici qu’ils se sentent bien. Leurs grands-parents leur ont expliqué que, quand ils sont arrivés à Esprit-Saint, ils ont dû bûcher un petit coin, vivre dans une tente quelques mois, se construire un bâtiment, puis un autre. Esprit-Saint a été logé par corvées. C’est pour ça que la solidarité est forte dans les milieux ruraux. Les jeunes m’ont dit qu’ils aimeraient vivre ça…

Ce qu’on veut, c’est donner 12 terrains à des jeunes de 18 à 35 ans qui veulent avoir des enfants, qui n’ont pas de maison et qui veulent venir s’installer ici. Pour nous, 12 familles, c’est du monde.

Pour diminuer les coûts de construction, on veut faire des corvées en mettant à contribution les entrepreneurs locaux et les gens d’ici. Les maisons vont être écologiques. On veut prendre la matière première qu’il y a dans le milieu. On se dit que si les nouveaux travaillent ensemble pendant cinq ou six ans et qu’ils se partent une entreprise, ils vont êtres solidaires. On se connaît et on fait partie d’une famille.

Je suis certaine que, dans dix ans, ça va grouiller d’enfants. Les jeunes n’ont pas les mêmes priorités. Nous, les baby-boomers, on était très matérialistes. Mais les jeunes, ils veulent avoir des enfants, les voir vivre et grandir. Ils sont prêts à avoir un revenu moindre mais une qualité de vie plus grande. Et nous, si on est capable de répondre à ce désir-là, on est gagnant.

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